02 juin 2012

homélie du 17 mai 2012-les vertus d'en-haut et les vertus d'en bas

Homélie du jour de l'Ascension 2012 - Année B


Il y a les vertus « d’en-bas » et les vertus « d’en-haut » … autrement dit les vertus « humaines » et les vertus théologales (Foi, Espérance et Charité). La vertu reine de l’ascension, c’est l’Espérance, c’est celle que nous cultivons particulièrement aujourd’hui.

A force de poser des actes bons, on finit par acquérir une vertu ; une vertu est quelque chose que l’on acquière, on ne naît pas vertueux : c’est bien pour cela qu’il faut éduquer les enfants, afin qu’ils deviennent vertueux.

Le code de la route est un exemple classique : au tout début, un enfant ne le respecte pas du tout, puis il le respecte sans le comprendre, puis il le respecte en l’apprenant comme une règle absolue et sans nuance, et parvenu à l’âge adulte, il s’arrête au feu en pensant à ceux qui vont dans l’autre sens et qu’il faut respecter tout autant qu’on veut l’être soi-même.

Les vertus « d’en-bas », les vertus humaines, ont quatre reines :  Prudence, Justice, Force Tempérance. Elles sont fondamentales et structurantes, et c’est pourquoi on les appelle « cardinales », comme les quatre points cardinaux, elles nous permettent de nous repérer dans le monde des vertus.

Exemple : la vertu de religion (qui est une vertu humaine !) est en fait une application à Dieu de la vertu de Justice, laquelle consiste à donner à chacun ce à quoi il a droit.

La religion cherche Dieu … mais ne trouve celui-ci que si Dieu se révèle et donne ses vertus « d’en-haut » !

Les vertus théologales ont pour fonction de nous adapter à Dieu, elles nous permettent de toucher Dieu. La Foi est un lien filial avec Dieu (et non seulement des convictions intellectuelle). L’Espérance consiste à habiter au ciel avec le cœur et l’intelligence, en attendant d’y être tout à fait. La Charité consiste à faire descendre l’amour de Dieu, la charité divine sur la terre (ne regardez pas au Ciel, disent les anges aux apôtres le jour de l’Ascension, la Charité a été répandu sur la terre, elle n’est pas restée au Ciel !)

La Foi est à la religion ce qu’est la monture aux verres dans une paire de lunettes : le plus important est la Foi (les verres), mais sans monture (sans la religion), les verres ne tiennent pas !

Lorsque nous disons notre chapelet (aujourd’hui, ce serait bien !!!), nous demandons en méditant sur Pâques (premier mystère joyeux) une augmentation de Foi, en méditant sur l’Ascension une plus grande Espérance, en méditant sur la Pentecôte une plus haute Charité.

Quant à l’Espérance, faisons-lui la part belle en citant Péguy :

Au commencement était l'espérance...
L'espérance est une toute petite fille.
La foi est celle qui tient bon dans les siècles des siècles.
La charité est celle qui se donne dans les siècles des siècles.

Mais ma petite espérance est celle
qui se lève tous les matins...
qui tous les matins nous donne le bonjour,
qui dit bonjour au pauvre et à l'orphelin...

La foi est un grand arbre et sous les ailes de cet arbre,
la charité abrite toutes les détresses du monde.

Et ma petite espérance n'est rien
que cette promesse de bourgeon,
qui s'annonce au fin commencement d'avril...
C'est lui qui a l'air de se nourrir de l'arbre...
et pourtant c'est de lui que tout vient au contraire.
Sans un bourgeon qui est une fois venu, l'arbre ne serait pas...

La foi ça ne m'étonne pas.
Ça n'est pas étonnant :
j'éclate tellement dans ma création
que pour ne pas me voir il faudrait
que ces pauvres gens fussent aveugles.

Mais l'espérance dit Dieu,
voilà ce qui m'étonne
Moi-même.
Ça c'est étonnant
Quelle ne faut-il pas que soit ma grâce
et la force de ma grâce pour que cette petite espérance,
vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents ,
anxieuse au moindre souffle, soit aussi invariable,
se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure.

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
Et je n'en reviens pas.
Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu
Les trois vertus mes créatures
Mes filles mes enfants
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.

Amen

 P. Emmanuel d'Andigné

Homélies du 13 mai 2012-ceci est mon corps livré pour vous !


Homélies du 6ème dimanche du Temps ordinaire- Année B

Homélie pour les premiers communiants ( 11h)

Mes amis, vous avez un cœur, un corps et une intelligence … Jésus a dit « ceci est mon corps livré pour vous » ; il n’a pas dit « ceci est mon cœur livré pour vous » ou alors « ceci est mon intelligence livrée pour vous » ; cela signifie que c’est important de déplacer son corps à la messe, et non simplement son cœur ! Bien entendu, si vous êtes présents dans toutes vos dimensions, c’est l’idéal, et c’est ce que je vous souhaite !

Que veut dire "donnez du fruit et que votre fruit demeure" ?
Regardez ces graines dans le pot : elles sont une promesse de fleurs ; regardez maintenant ce bouquet splendide (merci à celles qui se cassent le dos chaque semaine pour fleurir l’église !) : il est la réalisation de cette promesse. Dans vos cœurs, aussi, trois graines ont été semées : la Foi, l’Espérance et la Charité : eh bien, le « bouquet magnifique », c’est l’Eglise, composée de fleurs épanouies, et qui sont rassemblées en plusieurs bouquets (les paroisses !). Vous êtes mille fois plus beaux et précieux que ces fleurs qui sont devant vous.

Pourquoi Jésus dit-il "qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" ?

Jésus n’a pas seulement dit cela … il l’a fait ! La croix, c’est la plus belle preuve d’amour de Jésus. La messe, vous le savez, est un sacrifice (« Ceci est mon corps livré pour vous » est une phrase qui indique clairement un  sacrifice). Le plus important est de comprendre qu’il nous aime. Une seule question : est-ce que nous nous l’aimons, nous ?

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Homélie des messes de 9h30 et 11h

Comment aimer quelqu’un qu’on n’a jamais vu ???

C’est une question légitime pour un non-croyant … mais une question qui peut s’avérer difficile pour nous ! De toutes façons, il est délicat et difficile de parler de soi et d’amour, n’est-ce pas …

La question est posée de façon irrévérencieuse dans le psaume 41 : « où est-il ton Dieu ? » disent les impies avec ironie. Mais la même question est posée de manière déférente dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés. » Et pareillement, Jn 15 : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. »

Il est donc normal que nous n’éprouvions pas à priori une attirance amoureuse pour Dieu, semblable à celle que nous avons pu connaître dans l’amitié ou dans l’amour conjugal. Ce que Dieu nous dit aujourd’hui, c’est qu’il nous aime :
-          Nous le savons parce qu’il nous a créés (lui qui n’avait nul besoin de nous)
-          Nous le savons parce qu’il est mort pour nous sur la croix (il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis)

Le chemin qui nous sépare de l’amour profond et joyeux pour Dieu connaît plusieurs étapes :
-          L’étape de la reconnaissance (nous célébrons « l’Eucharistie », comme on dit, c’est-à-dire l’action de grâce »).
-          L’étape de la fidélité (demeurez dans mon amour, dit Jésus) ; il s’agit de l’observance des commandements.
-          L’étape de la joie ; là, il s’agit essentiellement de la prière, mais aussi de la formation (lisez le texte de Benoît XVI sur le blog, il est splendide et résume tout l’enseignement du saint-Père sur ce sujet depuis cinq ans) ; en voici un extrait :

« Chers amis, pour terminer, je voudrais vous exhorter à être missionnaires de la joie. On ne peut pas être heureux si les autres ne le sont pas: la joie doit donc être partagée. Allez dire aux autres jeunes votre joie d’avoir trouvé ce trésor qui est Jésus lui-même. Nous ne pouvons pas garder pour nous la joie de la foi : pour qu’elle puisse demeurer en nous, nous devons la transmettre. »

P. Emmanuel d'Andigné

26 mai 2012

Homélie du 06 mai 2012-une théorie qui a mauvais Genre


Homélie du 5ème dimanche de Pâques - Année B

On m’a posé une bonne question la semaine dernière : celui qui participera à la Formation à l’Evangélisation devra-t-il s’engager à alpha ?

Deux réponses :
1)      Non, bien sûr, pas forcément (il y aura des personnes qui sont en dehors de la paroisse à cette formation)
2)      Vous connaissez sans doute l’histoire qui est arrivée à Moïse, avec Eldad et Medad, qui prophétisaient en dehors du groupe officiel institué par le Guide des Hébreux : ils sont dénoncés au maître et celui-ci répond : « Ah, si tous les fils de mon peuple pouvaient être des prophètes ! »

Ah, si tous les paroissiens de sainte-Bernadette pouvaient être des apôtres, des évangélisateurs !!! … Le but de cette formation est de réveiller l’apôtre qui sommeille en chacun de vous

« mettez un tigre dans votre moteur » … disait la pub ; mettez un Agneau dans votre moteur : l’Agneau de Dieu !

Dans un film vu récemment au cinéma (Lock out), l’héroïne s’adresse au héros en luis demandant pour la troisième fois « mais pourquoi s’adresse-t-on toujours à vous par votre nom de famille et jamais votre prénom ??? » L’homme lui avoue qu’il a un prénom féminin, qu’il en un peu honte … ce à quoi elle lui rétorque « mais c’est bien, cela révèle ta part de féminité ! »
« tout homme a une part de féminité » est la première étape de la vulgarisation de l’idéologie du Genre  …

Avec l’EAP, nous avons réfléchi à la manière dont la paroisse pourrait participer à la lutte contre le « Gender » : conférence, petit topo papier, homélie …

Dans une homélie, il me semble largement suffisant de s’en tenir à l’aspect spirituel du danger que représente la « théorie du Genre », comme on l’appelle … mais peut-être faut-il commencer par expliquer ce que c’est !

L’idée, c’est que lorsque vous naissez, certes, vous êtes homme ou femme, biologiquement, mais si vous le voulez vraiment, vous pouvez changer de genre, passer du genre biologique masculin au genre social féminin ou inversement.

Il y a aurait donc deux sortes de genre : les deux genres biologiques (masculin et féminin) et les multiples genres sociaux (je préfère ne pas prononcer toutes les combinaisons et déviances qui ont été imaginées par les tenants de cette idéologie, par respect pour les enfants).

Ça doit vous paraître ahurissant et bizarre, non ? Et pourtant …

J’ai entendu souvent : « tout homme a une part de féminité … » ; « tout femme a une part de masculinité ». Vous n’avez jamais entendu ça ? Moi, tout le temps !

Ça a les allures d’une grande maxime de sagesse : « tout homme … ». Je me suis regardé … j’ai réfléchi … et je me suis dit : si j’ai une part de féminité … elle est bien cachée !!!

Cette « maxime » a été formalisée pour la première fois par  Jung, disciple de Freud et elle fut rendue célèbre par une certaine Judith Butler, homosexuelle notoire, qui est devenue depuis (elle est toujours vivante) le « saint Thomas d’Aquin » de l’idéologie du Genre

1ère étape du raisonnement : il y a du féminin et du masculin en tout personne
2ème étape : je peux donc choisir de quel côté je vais « pencher », ceux du sexe opposé ou du mien
3ème étape : ça n’a aucune importance d’être homosexuel ou d’être attiré par le sexe opposé, les deux attitudes sont également normales
4ème étape : tous ceux qui s’opposent à cette pensée sont des affreux homophobes, des intolérants, des ayatollah ..

La 1ère étape est déjà franchie … la seconde a été franchie dans les manuels scolaires de 1ère en SVT, dans les films, dans certaines lois qui ont été votées ici ou là en Europe … la 4ème est déjà bien en route, bientôt, pour les propos que je suis en train de tenir, j’irai en prison … j’espère que vous m’apporterez des oranges !

Enfin j’espère surtout que vous n’allez pas rester les bras croisés, en attendant de voir que l’inimaginable va se produire

En quoi le gender est-il un défi pour la foi ? Eh bien, parce que cette idéologie repose sur deux principes
1)      Dieu n’existe pas
2)      L’homme a donc tout pouvoir pour se créer lui-même …
Dans l’idéologie du genre (car c’est une idéologie), il s’agit pour l’homme de recréer l’humanité, de la façonner à sa guise, sans Dieu, naturellement.

Les origines philosophiques de Judith Butler sont Nietzsche, Marx, Jung, et Sartre … tous ces « philosophes » ont une chose en commun : l’athéisme !

Mais dans l’analyse spirituelle du Gender, on peut aller plus loin : en effet, on entend d’avantage parler de la part de féminité chez l’homme que de la part de masculinité chez la femme, pourquoi ?

Eh bien parce que, en bonne marxiste, Judith considère qu’entre les hommes et les femmes, il doit y avoir une lutte, comme la lutte des classes, afin de détrôner l’homme, de renverser son pouvoir, qui naturellement opprime partout la femme.

Dans cette lutte, il faut « tuer le père », comme la psychanalyse freudienne l’a dit très ouvertement. « Tuer le père », c’est aussi tuer Dieu dans le père : un père terrestre est essentiellement une image de Dieu le Père et ces deux pères sont des obstacles sur la route de ceux qui veulent refonder l’humanité.

Comme on s’en doute, le genre aura toujours sur sa route trois ennemis : Dieu, bien sûr, puisqu’il a créé l’humanité homme et femme ; l’Eglise, puisqu’il s’y trouve des gens qui réfléchissent et qui luttent avec la force que Dieu leur donne ; et enfin la famille, qui est une résistance naturelle, même en dehors de la religion, à toutes les déviances de l’amour

Et c’est surtout le lobby homosexuel qui s’attaque violemment à ces trois réalités : tout le monde comprend très bien que ce milieu a besoin de brouiller les cartes, afin de se sentir normal, dans une « normalité » qu’ils ont eux-mêmes fabriqué de toutes pièces … ajoutons qu’il faut bien différencier ce lobby et bon nombre de personnes homosexuelles qui tâchent de vivre aussi bien que possible avec cette tendance, et nous devons toujours entourer ces personnes d’une affection toute fraternelle.

Il faut terminer, je pense, en prononçant deux mots : espérance et lutte.

Il faut espérer, sereinement, parce que Dieu est à l’origine de la réalité, et je crois au triomphe final de la réalité sur l’idéologie, tôt ou tard.

Mais il faut lutter aussi, car les plus âgés d’entre nous ne souffriront guère de cette invasion culturelle qui est en train de produire, mais qu’en sera-t-il des enfants et des adolescents d’aujourd’hui ? Ils voudraient bien avoir à leurs côtés des adultes courageux.

Apocalypse 13 nous dit ceci : « 1 Alors, j'ai vu monter de la mer une Bête ayant dix cornes et sept têtes, avec sur les cornes dix diadèmes et sur les têtes des noms blasphématoires. 2 Et la Bête que j'ai vue ressemblait à une panthère ; ses pattes étaient comme celles d'un ours, et sa gueule comme celle d'un lion. Le Dragon lui donna sa puissance et son trône, et un grand pouvoir. 3 Elle avait une de ses têtes comme blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie. La terre entière, prise d'admiration, marcha derrière la Bête, 4 et l'on se prosterna devant le Dragon parce qu'il avait donné le pouvoir à la Bête, et l'on se prosterna devant la Bête en disant :« Qui est semblable à la Bête, et qui peut lui faire la guerre ? »

Il me semble que le Genre peut être comparé à cette bête, qui séduira non seulement des personnes, mais aussi des nations, et en particulier, dans ces nations, les plus jeunes d’entre nous : tâchons de faire en sorte que la séduction échoue.

Puisque c’est le jour, lisez les programmes des candidats, pour commencer, afin de faire votre choix ; et à chaque fois qu’il le faudra, faites entendre votre voix, donnez des repères à la jeunesse.

J’ai un cadeau  pour vous : vous trouverez dans le fond de l’église un petit livret remarquable de la fondation Jérôme Le jeune sur la question du Genre !

P. Emmanuel d'Andigné

25 mai 2012

Homélie du 22 avril 2012-la paix du Christ et les autres paix


Homélie du 3ème dimanche de Pâques - Année B

Saint Jean, aujourd’hui, vient de nous dire « celui qui dit ’Je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n'est pas en lui. »

C’est un texte assez dur, mais ça nous fait du bien qu’on nous remette un peu en place … le temps pascal ne risque-t-il pas de devenir le temps du relâchement après le carême ?

Je disais le soir de Pâques aux néophytes : votre mort et votre résurrection commencent dès maintenant, elles ne commencent pas le jour de votre mort physique (c’est dans ce sens que saint Paul disait [Col 3,1] « si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu » ).

Si saint Jean se montre clair et net et un peu sec, c’est parce qu’il a fait la rencontre de Jésus ressuscité (celui qui n’aurait pas fait cette rencontre se voit obligé de faire une lecture morale, moralisante, de ce texte, et ne peut que le trouver insupportable)

Saint Jean a fait la rencontre de Jésus ressuscité, et il l’a entendu dire : « la paix soit avec vous » ! Il est fort d’une rencontre vivante avec un être aimant, et l’exigence, alors, se fait naturelle.

J’ai donc une proposition à vous faire pour cette semaine : prenez un temps de prière et demandez à Jésus qu’il vous redise « la paix soit avec vous », afin que vous puissiez faire une rencontre personnelle avec lui, du type de celle des apôtres.

Et pour éclairer cet « exercice » que je vous propose de faire, pour le nourrir, je voudrais reprendre une suggestion de Clive Staples Lewis, dans un livre remarquable, dont le titre est un peu terrible (Tactique du Diable) et qui propose de se représenter l’âme humaine comme trois cercles concentriques, et ce schéma –qui n’est qu’un schéma- permet de comprendre ce que signifie plus précisément « la paix soit avec vous ».

Le cercle le plus large est celui de l’imagination (auquel il faut ajouter « l’écorce » des sens qui nourrit l’imagination). Ensuite, le cercle de l’intelligence, instance qui analyse les données de l’imagination et enfin la volonté, qui est le « fond » de nous-même, ce qui nous tient le plus à cœur, ce qui fait que c’est nous et pas un autre (Dieu est encore plus au centre).

Maintenant, appliquons ce schéma à la phrase de Jésus, « la paix soit avec vous ».

Imagination :
Le ton de Jésus, son attitude, sa voix … devaient comporter une « couleur » paisible, apaisante, rassurante, mais bien sûr cela ne suffit pas.

Intelligence :
En rencontrant le ressuscité et en l’entendant dire « c’est bien moi ! », les apôtres ont fini par se souvenir de cette parole du prophète Michée (5,03) : « Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre,  et lui-même, il sera la paix ! »

« La paix soit avec vous » ou « c’est moi » sont deux phrases en réalité identiques !!! 

Dans la liturgie romaine, l’Evêque se réserve la formule « La paix soit avec vous » car la présence du Christ en lui est très particulière.  Le prêtre et le diacre disent « le Seigneur soit avec vous », mais ces deux phrases, on le voit sont identiques !

Pourquoi Jésus est-il en lui-même et lui-même la paix ?

Voici ce que Saint Paul dit dans l’épître aux Colossiens (Col 1, 19) : « Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. »

Cela veut dire que la paix entre l’humanité et la divinité s’est parfaitement réalisée en Jésus, au moment où il a versé son sang sur la croix, voilà la paix véritable, voilà la source de toutes les paix !

« C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne », dit Jésus (Jn 14,27) « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » … cela signifie que toutes les paix ont quelque chose de superficiel, tandis que la paix du Christ, « sa » paix innerve toutes les « couches » de l’âme humaine, jusqu’à la plus profonde.

C’est par la prière, je le crois, que nous parvenons à « descendre » en nous-mêmes et ainsi présenter tout notre être intérieur à la paix de Jésus qui se répand alors. Au fur et à mesure que nous durons un peu dans la prière, la parole de Dieu imprègne tout notre être.

Il faut commencer par les sens (un certain « confort », une certaine ambiance, un certain décor nous aideront beaucoup), afin de nourrir l’imagination (former en nous l’image du Christ, imaginer une scène de sa vie, comme on le fait dans les exercices spirituels de St Ignace), puis réfléchir, afin que l’intelligence se nourrisse de Dieu ; et puis aimer, se laisser aimer … jusqu’à ce que l’on découvre qu’en réalité, Dieu n’est pas à l’extérieur de nous, mais à l’intérieur, et c’est donc de l’intérieur qu’il illumine tout l’être !

La paix, alors, sera avec nous.

Demain, il y aura forcément un peu de fébrilité à l’annonce des résultats pour les présidentielles, mais le fond de notre être sera dans la paix.

Conflits, dissensions, épreuves, agressions … ou au contraire déclarations d’amour, délicates attentions ne sont pas forcément des bons conseillers : le « merveilleux conseiller », c’est l’Esprit Saint, qui susurre à notre cœur « la paix soit avec vous ! »

P. Emmanuel d'Andigné 

14 mai 2012

Homélie du 15 avril 2012-la miséricorde ou "les" miséricordes ?


Homélie du 2ème dimanche de Pâques, dimanche dit "de la miséricorde" - Année B

Le Dimanche des Rameaux, je vous suggérais de convertir les oppositions au Christ ou l’indifférence au Christ.  Dans cette œuvre de conversion, qui est caractéristique du carême, on pourrait avoir l’impression que c’est la nature de l’homme qui obtient la conversion.

Le Dimanche de Pâques, on est bien obligés de constater que c’est l’œuvre de la grâce et non celle de la nature, car Jésus, étant mort, connaît le degré le plus fort de l’impuissance et de la faiblesse

Eh bien, cette rencontre entre nature et grâce, on pourrait la qualifier de « miséricordieuse ». La miséricorde, c’est la rencontre tendre et puissante entre la nature et la grâce.

Le mot miséricorde est un mot d’origine chrétienne, comme le mot charité, par exemple, bien que la réalité de la miséricorde ait été bien connue des juifs, mais sous la forme plurielle, le plus souvent (les miséricordes)

Rahamim, hasde (mots hébreux pour désigner la miséricorde) désignent au départ les entrailles de la mère, car rien n’est plus tendre et de plus puissant que les entrailles d’une mère pour un juif.

Le pluriel utilisé par les hébreux indique deux choses, il me semble : d’abord la profusion, l’inépuisabilité (je présente mes excuses à l’académie française) de l’amour divin, mais aussi -et c’est sans doute ce qui est le plus important- le fait que la miséricorde agit à tous les niveaux de l’histoire des hommes ou de l’histoire d’une personne.

Je m’explique : aujourd’hui, dans notre vocabulaire, le mot « miséricorde » désigne presque uniquement le pardon des péchés ; mais, il faut dire que la miséricorde agit avant, pendant et après le péché !

Après, ce n’est pas la peine d’insister beaucoup : la mentalité catholique l’a plutôt bien intégré ; ajoutons simplement que la miséricorde, la tendresse divine se dépose aussi bien sur la souffrance que sur la blessure spirituelle que nous nous infligeons à nous-mêmes par le péché. Cela veut donc dire que, lorsque le péché ou la souffrance (ou les deux) se déclarent, la miséricorde agit …

Mais elle agit aussi pendant ! Il est vrai que c’est plus difficilement perceptible …

Il s’agit de l’attente de Dieu, telle qu’elle resplendit dans la parabole du Fils prodigue : « son Père l’aperçut de loin », dit la parabole ; cela signifie donc clairement que le père chaque jour guettait son fils tandis qu’il péchait loin de son père. Dieu attend que celui qui s’égare loin de lui revienne à lui (s’égarer, d’ailleurs, ne signifie pas forcément pécher, mais aussi simplement s’éloigner de Dieu, ainsi que j’en ai eu la preuve en rencontrant une ancienne religieuse qui avait tout « plaqué » en 1947 et qui en 2002 est venue me voir, au crépuscule de sa vie, pour se réconcilier avec Dieu !

La miséricorde agit après, elle agit pendant, mais elle agit en fait aussi avant la souffrance ou avant le péché

En ce qui concerne ce que Dieu fait avant le péché –ou la miséricorde « prévenante », il faut se tourner vers Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, voici ce qu’elle dit :

« Je n’ai aucun mérite à ne pas m’être livré à l’amour des créatures, puisque je n’en ai été préservée que par la grande  miséricorde du bon Dieu ! Je reconnais que sans lui, j’aurai pu tomber aussi bas que sainte Madeleine … mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber…
Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d'un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d'aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s'empresse d'aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l'aimera moins que s'il eût été guéri par lui... mais s'il vient à connaître le danger auquel il vient d'échapper, ne l'aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c'est moi qui suis cette enfant, objet de l'amour prévoyant d'un Père qui n'a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. " (NHA 417) (Mt 9,13) Il veut que je l'aime parce qu'il m'a remis, non pas beaucoup, mais TOUT. (Lc 7,47)

Je reconnais que sans lui, j’aurai pu tomber aussi bas que sainte Madeleine … mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber… »

La création est déjà une œuvre de la miséricorde divine, l’éducation d’Israël est une œuvre de miséricorde, notre vie spirituelle est toute entière une œuvre de miséricorde, et pas seulement quand nous recevons le pardon. Le ministère des prêtres est un œuvre de miséricorde, et c’est ce qui rend cette vocation si belle

Voici ce qu’écrivait le Bienheureux Jean-Paul II, Le 17 août 2002, à Cracovie :
« Il faut faire résonner le message de l'amour Miséricordieux avec une nouvelle vigueur. Le monde a besoin de cet amour. L'heure est arrivée où le message de la Divine Miséricorde déverse dans les cœurs l'espérance, et celle-ci devient l’étincelle d'une nouvelle civilisation, de la civilisation de l'amour (…). Soyez témoin de la miséricorde. »

P. Emmanuel d’Andigné


Homélie du jour de Pâques-nous sommes des pauvres, n'st-ce pas ?


Homélie du dimanche 08 avril 2012, au matin

Souvenez-vous, dimanche dernier : nous écoutions la Passion du Christ. Nous y avons « contemplé » tous ces personnages, très hostiles au Christ ou au contraire enthousiastes à son endroit, avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel entre les deux ; et nous constations que tous ces personnages sont peu ou prou présents en nous, avec un profond appel à la conversion.

Mais la conversion est-elle seulement une œuvre de notre nature ? En tous les cas, il est clair que la résurrection, que nous fêtons aujourd’hui, est une œuvre de grâce, de pure grâce. Il faudra sans doute trouver l’équilibre entre nature et grâce dans l’œuvre de notre conversion !

A titre d’exemple, dans la liturgie du baptême, il y a un rite d’exorcisme –où Dieu chasse le mal du baptisé- et un rite de « renonciation à Satan », qui lui est pratiqué par les parents, le parrain et la marraine, car la lutte contre le mal est une victoire remportée conjointement par la nature et par la grâce …

En fait, nous sommes des pauvres, nous avons absolument besoin de la grâce, et c’est ce que nous rappelle la fête de Pâques.

La pauvreté est bien sûr celle du cœur (« heureux les pauvres de cœur »), car on peut être riche et avoir un cœur de pauvre (je pense à Louis de Marillac, puisque nous baptisons une petite Louise), ou être pauvre et avoir un cœur de riche –les pourvoyeurs de crédits le savent bien … toutes les combinaisons de ce problème sont possibles !

Voici ce qu’écrivait Madeleine Delbrêl : « Être pauvre ce n’est pas intéressant : tous les pauvres sont bien de cet avis. Ce qui est intéressant c’est de posséder le Royaume des Cieux, mais seuls les pauvres le possèdent.

Aussi ne pensez pas que notre joie soit de passer nos jours à vider nos mains, nos têtes, nos cœurs. Notre joie est de passer nos jours à creuser la place dans nos mains, nos têtes, nos cœurs, pour le royaume des Cieux qui passe. Car il est inouï de le savoir si proche, de savoir Dieu si près de nous, il est prodigieux de savoir son amour possible tellement en nous et sur nous. Et de ne pas lui ouvrir cette porte, unique et simple, de la pauvreté d’esprit... »

Aussi ai-je une recommandation pour les parents de Louise et pour tous les parents : enseignez la pauvreté à vos enfants. Pas celle du compte en banque, car je leur souhaite d’avoir de quoi vivre dignement, mais celle du cœur qui sait que tout bienfait vient de Dieu et en particulier la vie, vie terrestre et vie éternelle.

Les béatitudes, par conséquent, sont comme une charte éducative, elles sont comme une « boussole » qui vous permettra d’orienter efficacement votre rôle si difficile –et la première béatitude est celle de la pauvreté !

En pratique, je vous recommande aujourd’hui de pratiquer le bénédicité, peut-être de cette manière-là : « Seigneur, si vous n’aviez pas tout créé, nous n’aurions pas de nourriture et nous ‘aurions pas inventé la cuisine, merci, bénissez ce repas et ceux qui l’ont préparé, donnez du pain et de la joie  à ceux qui en manquent, amen, alleluia ! »

P. Emmanuel d’Andigné