3ème DIMANCHE DE L’AVENT – ANNEE
12 DECEMBRE 2010
Le psaume 89 pose la question : « Quel est le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts, peut-être ? Leur plus grand nombre n’est que peine et misère. »
Il est vrai que, si l’on écoute la conversation des gens, il sera beaucoup question de maladies, de chômage, d’accidents, de verglas, de divorces et de deuils, beaucoup plus que de nouvelles heureuses, comme les naissances ou les succès aux examens.
Or la première lecture, du Livre d’Isaïe, ne nous parle que de bonheur et de joie.
« Que le pays aride exulte et fleurisse ! Qu’il crie de joie ! On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » Les yeux des aveugles verront, les oreilles des sourds entendront. Douleur et plainte s’enfuiront.
N’est-ce pas vivre dans le rêve et se laisser bercer dans de douces illusions ? La Parole du Seigneur, il est vrai, nous place sur un autre plan que celui de nos préoccupations journalières et de nos activités concrètes de toutes sortes.
Quand Saint Paul écrit aux Philippiens : « Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, » il ajoute : « Le seigneur est proche. » L’Apôtre ne néglige aucunement les souffrances des personnes auxquelles il s’adresse. Il sait, par son expérience personnelle, combien la vie peut être éprouvante, dramatique parfois. Mais il faut découvrir le sens de ces épreuves sous l’éclairage de la foi.
Les versets du psaume cité tout à l’heure, de tonalité très sombre, sont suivis d’autres remplis d’espérance et de confiance : « Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. »
Les lectures de ce troisième dimanche de l’Avent nous invitent à préparer nos cœurs à la venue du Sauveur. Il ne s’agit pas d’une attente passive et paresseuse. Le Seigneur est proche, il vient… encore faut-il que nous le laissions entrer, que nous lui demandions sincèrement d’enlever, de nous faire enlever, les pierres qui sur nos chemins risquent de nous faire tomber.
Nous nous désolons souvent de voir des proches, des amis, dévier de la bonne route. Que faisons-nous par l’exemple et la prière pour les aider à rectifier ce qui est faussé ?
Saint Jacques nous conseille en ce domaine la patience et la persévérance. « En attendant la venue du Seigneur, écrit-il, ayez de la patience. » Regardez le cultivateur. « Ayez de la patience vous aussi, et soyez ferme, car la venue du Seigneur est proche. »
Comme modèle d’endurance et de patience, l’Evangile nous présente la grande figure de Jean-Baptiste, prophète du Très-Haut.
Il est celui qui reconnaît en Jésus le Messie. Les signes qui lui sont donnés sont indubitables : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »
Quoi de commun entre la façon de vivre de Jean-Baptiste et la nôtre ? A peu près rien, pour ce qui est de l’extérieur, du visible.
Mais, comme nous, il a dû se préparer à accueillir le Sauveur. Il a su rendre témoignage à la Lumière. Il était en prison, nous précise le début de l’Evangile, quand il apprit ce que faisait le Christ. Il n’avait pas manqué de dire la vérité au roi Hérode, ce qui lui valut d’être enfermé, puis décapité. Mais il est entré ainsi dans le Royaume des Cieux.
« Si vous observez mes commandements, dira Jésus, vous demeurerez dans mon amour… Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »
Que la Vierge Marie, dont nous avons fêté l’Immaculée Conception mercredi, nous guide vers la joie de Noël.
Amen.
Père Jean Rouillard
21 décembre 2010
08 décembre 2010
Homélie du 05 décembre 2010-le curé nous raconte des salades !!!
Homélie du premier dimanche de l'Avent- Année A
Cela fait un bon moment que je voulais vous raconter l’histoire de la salade … mais oui ! Un jour, un jeune homme vient voir un Père du désert et lui dit : « Père, j’ai un bon souvenir de notre conversation d’hier, mais je dois vous avouer que j’ai tout oublié de ce que vous m’avez dit, c’est grave ? –pas du tout, lui répond le vieil homme, ton cœur est comme une salade ; imagine qu’elle est sale et qu’il faille la laver ; tu la plonges dans l’eau et tu l’en ressort ; eh bien, même lorsque l’eau est complètement partie, la salade est propre ; ton cœur est purifié par la Parole de Dieu, ça n’est pas grave si l’eau s’en va, autrement dit si tu oublies, puisque l’enseignement t’a purifié !!
Dieu façonne nos cœurs par sa parole : Parole écrite (la Bible ), Parole transmise dans l’homélie (la Tradition ) … soyez attentifs à ce que Dieu pourrait vous apporter dans sa parole, plutôt que de vous focaliser sur le personnage qui fait la lecture ou celui qui donne l’homélie ; invoquez l’Esprit Saint au début de la Liturgie de la parole et recommencez au moment de l’homélie !
Car en effet, ceux qui portent la parole de Dieu ne peuvent pas avoir tous les charismes :
Isaïe : a le charisme de la Consolation et de l’intuition du Messie :
Consolation d’Israël (qui connaîtra l’exil et d’autres souffrances), consolation de tous ceux qui souffrent (nous aussi, recourons à cette consolation), consolation du messie dont il pressent les souffrance, ce qui ne manque pas de nous faire penser à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui voulait par ses mortifications et ses sacrifices (les pétales de rose) adoucir la Passion et la croix ; et puis il y a cette incroyable intuition (700 ans avant JC) qui lui fait anticiper la figure de Jésus avec une précision redoutable.
David : lui, a le charisme de la confiance inébranlable en Dieu ; c’est cette confiance qui guide notre réponse à la première lecture (on l’appelle d’ailleurs psaume « responsorial »), les psaumes sont une véritable école de prière (et d’ailleurs, les antiennes de la forme ordinaire du rite romain ou les graduels de la forme extraordinaire sont pratiquement toujours tirées des psaumes)
St Paul : , de son côté, a un charisme bien connu d’enseignement, mais aussi de paternité spirituelle ; il a fondé nombre des communautés chrétiennes du bassin méditerranéen, il les « entretient » dans la foi et les fait grandir encore grâce aux magnifiques lettres qu’il nous a laissées.
Jean-Baptiste : , de son côté, a un beau mais difficile charisme, celui de la conversion ! Nous avons tellement tendance à nous endormir spirituellement il nous faut des Jean-Baptiste !!!
Certes, l’Avent a une tonalité moins pénitentielle que le carême, mais tout de même : il comporte une nuance de conversion, un appel à la conversion pour se préparer à l’Avent de Jésus, à l’Adventum de Jésus, à l’avènement de Jésus (ce sont des synonymes !) : il est très profitable et très nécessaire
de se confesser avant Noël. Bonne nouvelle ! Le 15 décembre prochain , journée continue de confession à sainte-Bernadette, de 10h à 22h, sans interruption …
il nous faut des Jean-Baptiste !!! Il nous faut aussi des David, des Paul, des Isaïe … personne ne cumule tous les charismes, hormis, bien entendu, Dieu lui-même, Dieu le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.
C’est un peu comme si chacun de nous était une tesselle, qui compose avec des centaines d’autres les mosaïques. Une tesselle est généralement un petit cube de pierre, de marbre, d’émail, de verre, un galet, d’un centimètre de côté.
Ne demandez pas à une personne seule d’avoir tous les charismes, ne demandez pas à une tesselle d’être la mosaïque a elle toute seulet ne vous affligez pas, réjouissez-vous, de ce que vous n’êtes pas à vous tout seul
la mosaïque. Réjouissez-vous de faire partie d’une communauté !
Je suis de ma génération, je suis allé voir sur Internet ce qui concerne les mosaïques : on peut lire sur les sites spécialisés dans ce sujet que les tesselles peuvent être également « des assiettes cassées, des petits cailloux, des coquillages, de l’ardoise, un miroir cassé, du bois. »
Cela signifie, pour nous, que même si nous sommes blessés, imparfaits, fissurés, pas impeccables … nous pouvons entrer dans la mosaïque et cette mosaïque représente le Christ (j’ai connu un animateur de l’Arche qui disait : « Heureux les fêlés, ils laisseront passer la lumière »)
Je termine en évoquant un fait historique des plus intéressants : à l’époque de Jean-Baptiste, c’est-à-dire à l’époque du Christ, puisqu’ils avaient six mois de différence, il s’est produit en Israël un phénomène comparable à ce qui se passe un peu avant Noël dans une effervescence et une fébrilité annonciatrice du grand moment. En effet, vous avez entendu parler de Qumran, la communauté des Esséniens, qui pressentaient que le Messie allait bientôt venir ; mais avez-vous entendu parler aussi des zélotes, ces juifs qui ont investi la forteresse de Massada, dans une lutte armée contre les romains, précisément parce qu’ils sentaient que les temps messianiques arrivaient et que seule une solution militaire déroulerait le tapis rouge au Messie …
Ainsi donc, que cela soit de façon mystique, « monastique » si on peut dire ou de façon politique et militaire, le judaïsme a senti que son Sauveur venait !
Je prie pour qu’un tel enthousiasme, une telle joie de la venue du Christ à la fin des temps gagne nos cœurs et nos esprits, dans une suite profonde et réelle du Christ.
Homélie du 28 novembre 2010-le pape a-t-il changé d'avis ?
Homélie du premier dimanche de l'Avent - Année A
Lorsqu’une information parvient à vos oreilles sur France info’ dans la voiture ou au journal télévisé, sachez qu’elle provient généralement d’une dépêche de l’AFP (Agence France Presse) ; on note, dans cette agence, des qualités et des défauts ; parmi les qualités (on peut en prendre de la graine !), on notera l’efficacité, le sens de la pédagogie … et puis on peut noter trois défauts :
- la rapidité (qui est aussi une qualité, mais), qui comporte un risque d’erreur important … c’est le défaut du siècle …
- l’anticléricalisme (qui n’est pas mort à la fin du XIXème siècle !!!)
- et surtout une très grande ignorance religieuse, de sorte qu’ils ignorent ce que vous n’ignorez pas, à savoir que lorsque le Pape s’exprime, il peut le faire solennellement (c’est alors un acte dit de « Magistère », donc d’enseignement officiel, au nom du Seigneur) ou alors confidentiellement, comme il l’a fait dans son dernier livre « Lumière du monde ».
Dans le Magistère, Dieu se révèle à l’homme, il révèle l’homme à lui-même, et ce qu’il veut pour l’homme. Dieu se révèle également dans l’Ecriture Sainte (la Bible ) et la Tradition (dont l’homélie, en principe, est une manifestation).
Or, que nous révèle Dieu aujourd’hui ? Vous l’avez entendu : Jour / nuit ; lumière / ténèbre … quelle simplicité ! On a même envie de dire « quel simplisme !!! » ; comme si c’était si simple dans la vie ! Dieu nous révèle par là que en matière de morale, il n’y a que deux réalités, fixes : le bien ou le mal (Xavier Lacroix a été un peu rapide en écrivant l’autre jour qu’il existait un principe « classique » du moindre mal … classique dans son discours, peut-être, mais pas dans celui de l’Eglise). Ainsi, Dieu nous donne des repères clairs, et l’Eglise ne fait rien d’autre que de s’en faire l’écho.
En revanche, lorsqu’un Pape publie un livre d’entretiens, il dévoile son cœur de Père, de Pasteur (ne l’appelle-t-on pas le « Saint-Père » ?) et il mesure le chemin que quelqu’un doit parcourir pour s’éloigner du mal et choisir le bien
Autrement dit : le Pape n’a pas fait de « revirement » sur la question qu’on sait, il n’a pas « changé d’avis », il nous apprend simplement à distinguer le principe (qui est intangible …) et la compréhension de la complexité des situations, qui fait que, bien que le cap ne change pas d’une virgule, le Pasteur d’âme accompagne les chrétiens sur le « chemin de la perfection » (comme disait sainte Thérèse d’Avila), chemin sur lequel il se trouve lui aussi …
Beaucoup de journalistes se sont focalisés sur 5 lignes du livre d’entretien, moi j’attends le 03 décembre prochain avec impatience pour nourrir mon cœur et mon intelligence grâce aux 270 pages de « Lumière du Monde ».
P. Emmanuel d'Andigné
Homélie du 21 novembre 2010-Un roi couronné d'épines ?
Homélie du 34ème dimanche du temps de l’Église, C (Christ Roi)
2 S 5, 1-3 / Ps 121 / Col 1, 12-20 / Lc 23, 35-43
Il peut paraître surprenant que l’Église ait choisi cet extrait de l’évangile écrit par saint Luc pour nous parler de la royauté de Jésus.
Nous sommes à la fin d’un combat entre Jésus et les dirigeants de son peuple : les hauts dignitaires du peuple juif et les romains qui administraient le pays.
En d’autres lieux, en d’autres temps, lorsqu’un roi, un président ou un responsable politique termine sa vie, à la suite d’une révolution ou d’un coup d’état, en prison ou sur l’échafaud, dans une ambiance de violence, on parle de fin de règne.
Or pour Jésus, c’est tout le contraire : son règne se poursuit ! Alors de quoi parle-t-on ?
Il se passe un évènement terrible : Jésus est en train de mourir sur la croix et il ne dit rien. « … et le peuple restait là à regarder. » Il s’agit du peuple juif, des juifs qui ont suivi Jésus jusqu’au bout, et non de la foule qui a sauvé Barabas. Mais, aucune réaction. Ils ne disent rien. Ils ne comprennent pas. Ils attendaient qu’on les délivre des romains. Sont-ils interloqués, simplement curieux ou dépassés par ce qui se passe ? On ne sait pas.
Les chefs, eux, se moquent de lui. Il est vrai qu’ils triomphent sans aucun mal vu la situation. Les soldats approuvent et font de même. Si vraiment il était roi, il pourrait se sauver lui-même sans problème.
Et l’un des malfaiteurs y va aussi de son couplet méprisant : « N’es-tu pas le Messie ? [Et bien,] Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Jésus est toujours silencieux. Il pourrait se sauver, il ne le fait pas. Il pourrait montrer sa force et son pouvoir, il ne le fait pas.
S’il est roi, ce n’est pas pour dominer, ce n’est pas pour délivrer Israël comme le pensaient encore les disciples sur la route d’Emmaüs, ce n’est pas pour lui-même, ce n’est pas pour en tirer un avantage personnel.
Il ne se défend même pas et ne cherche pas à s’abriter derrière une immunité liée à son rang.
Mais de quelle royauté nous parle-t-il ?
C’est alors que le second malfaiteur prend la défense de Jésus en lui demandant de ne pas l’oublier et de l’accueillir dans son royaume.
Il n’en connaît rien, mais dans un dernier sursaut avant de mourir, il s’offre à Jésus. Il est au bout du bout. Il ne demande même pas pardon. Il sait très bien qu’il a mal agit. Mais peut-il vraiment analyser sa situation, mais peut-il encore discerner … ? De toute façon, il est trop tard, il va mourir. Il s’abandonne totalement et fait confiance à Jésus qui le reçoit. Il a osé franchir le pas, et le peuple, lui, ne dit toujours rien …
Et là, Jésus prononce enfin quelques mots : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
On n’en sait guère plus sur le Royaume, si ce n’est qu’aujourd’hui le brigand y sera avec Jésus. Il a ce pouvoir d’accueillir auprès de lui le dernier des derniers, celui qui s’abandonne à lui totalement.
Sa royauté est vraiment mystérieuse.
Elle ne domine pas les hommes, elle ne leur impose rien, elle les laisse libres. Elle ne répond pas aux attaques, aux coups, aux blessures. Elle donne une raison d’être, une raison de vivre à ceux qui vont passer la mort.
Saint Paul nous en dit un peu plus dans sa lettre aux Colossiens.
Si Jésus est roi, c’est parce que, avec son Père et l’Esprit qui les anime, il est à l’origine de tout ce qui a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui.
Il est ce roi qui s’est fait chair pour vivre notre condition, pour nous sauver et nous accueillir dans son Paradis, dans son Royaume.
Seigneur, au terme de cette année liturgique, aide-moi à mieux te connaître, et de ce fait à mieux me connaître et à mieux comprendre à quelle vie tu m’appelles auprès de toi. Seigneur, aide-moi à m’abandonner à toi, à vivre avec toi en toute confiance, dès aujourd’hui, sans attendre le terme de ma vie. Ainsi soit-il.
23 novembre 2010
Homélies
33ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – ANNEE C
14 NOVEMBRE 2010
Cette page d’Evangile ne semble pas réjouissante… « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom !... » Pénible perspective ! Et pourtant nous avons chanté au début de la messe, « Jubilez, criez de joie ! Acclamez le Dieu trois fois saint ! »
Pourquoi ces lectures aujourd’hui ? Quelles sont les raisons de leur choix ?
Nous approchons de la fin de l’année liturgique, qui nous fait revivre tous les ans l’histoire du salut du monde, depuis l’attente du Messie, dans l’Ancien Testament, la venue de Jésus sauveur, crucifié et ressuscité, vingt siècles de la vie de l’Eglise, notre temps actuel, et l’attente du retour du Christ glorieux à la fin des temps.
Dimanche prochain, la fête de Jésus Christ Roi de l’Univers nous fera anticiper le règne final du Seigneur. Et dans quinze jours commencera la nouvelle année liturgique, avec le premier dimanche de l’Avent, nous orientant vers la fête de Noël.
La lecture du Livre du Prophète Malachie nous ramène plus de quatre siècles avant notre ère. « Le Jour du Seigneur », que l’auteur inspiré voit venir, se présente tout à la fois comme redoutable et désirable. Il sera « brûlant comme une fournaise », détruisant les arrogants, les orgueilleux et les impies, purifiant tout jusqu’à la racine.
Mais pour ceux qui craignent le Seigneur, pour les fidèles, il sera « le Soleil de justice », c’est le Messie tant attendu.
Jésus prépare ses Apôtres à des épreuves dramatiques et déconcertantes. Il ne leur cache rien de la réalité. Le Temple de Jérusalem, si magnifique, sera détruit. Il y aura des bouleversements et des persécutions, qui pourront même venir de parents, de frères et d’amis ; persécutions qui aboutiront à la mort de certains.
En plus des guerres, la nature elle-même participera au désastre par de grands tremblements de terre, des épidémies et des famines, le tout accompagné de signes terrifiants dans le ciel. Mais, malgré ces annonces épouvantables, ceux qui font confiance à Jésus ne doivent pas se décourager. « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu – leur dit-il – c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »
Vous vous dites peut-être : tout cela est bien lointain et ne nous concerne pas…
Détrompons-nous ! Cette histoire du monde se transpose dans la vie personnelle de chacun d’entre nous. « Le Jour du Seigneur », c’est déjà le jour de notre baptême, qui nous fait entrer dans la communauté des disciples du Christ. L’éducation chrétienne nous apprend à accueillir le Soleil de justice qui va bruler comme de la paille ce qu’il y a d’orgueil et d’égoïsme en nous, pour que nous rayonnions de la lumière du Seigneur. « C’est un bonheur durable et profond – disions-nous dans la première prière – de servir constamment le créateur de tout bien. »
Toute vie humaine comporte ou rencontre de multiples épreuves, deuils, maladies, souffrances, échecs, parfois même des catastrophes. Les moyens modernes de communication nous renseignent aussitôt sur tous les évènements mondiaux, le plus souvent pénibles, et ils nous rappellent ceux du passé, de la Grande guerre jusqu’aux tueries de Bagdad et d’ailleurs, en passant par l’assassinat des moines de Tibhirine, sans oublier les inondations et famines.
Et il y a des drames personnels ou familiaux, plus discrets et intimes, mais non moins douloureux. C’est le Jour du Seigneur chaque fois que nous nous tournons vers Lui pour lui présenter notre pauvreté et lui demander sa lumière et sa force.
C’est ce à quoi nous invite l’apôtre Saint Paul
Lui qui a parcouru des distances énormes et affronté des mers par tous les temps, aujourd’hui s’adressant aux Thessaloniciens, il leur conseille de « travailler dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné. »
Il appartient à chacun d’accomplir humblement son devoir. « Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre – chantait le psaume 97 – pour gouverner le monde avec justice, et les peuples avec droiture. »
Que le Seigneur gouverne notre cœur pour qu’il nous prépare à son Jour, celui de notre rencontre avec Lui, lorsque notre route sur cette terre sera arrivée à son terme.
Par l’exhortation apostolique que le Pape vient de publier, sur « la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise », Benoît XVI invite fortement les catholiques à témoigner d’une Parole vivante et actuelle, « surtout dans les pays où l’Evangile a été oublié ou souffre de l’indifférence. »
Ne restons pas sourds à cet appel, qui a pour but le bonheur de l’humanité.
Amen.
Père Jean Rouillard
12 novembre 2010
homélie du 07 novembre 2010-se marie-t-on au Ciel ?
Homélie du 32ème dimanche du Temps ordinaire- Année C
S’il y a bien un enseignement du Christ qui pose problème, c’est bien celui-là !!! A vrai dire, il y a deux problèmes : y a-t-il résurrection ou non ? Le mariage a-t-il de la valeur ?
Jésus, vous le voyez, fait remonter à Moïse la foi en la résurrection. Des scientifiques, spécialistes de la Bible , ont creusé la question et ce sont aperçu que, bien entendu, la chose était vraie, mais que, manifestement, Moïse a prêché alors dans le désert (des psaumes, bien des années après, dénotent une absence totale de foi en la résurrection). A l’époque d’Ezéchiel, entre 600 et 500 ans avant Jésus-Christ, la foi en la résurrection est à nouveau annoncée clairement à Israël (on pense au fameux chapitre 37), mais est bien souvent comprise comme une résurrection nationale, en raison du contexte de l’exil. A l’époque des Martyrs d’Israël (qu’on appelle aussi « macchabées », dont la première lecture d’aujourd’hui est un extrait), on a le témoignage très clair que de l’idée de résurrection collective on est passé à une résurrection personnelle ; nous sommes alors entre 200 et 100 années avant Jésus-Christ. La « dernière étape » avant le Christ est mentionnée par Saint Jean, dans l’épisode ou Marthe (Jn 11) affirme sa foi en la résurrection de son frère, bien avant celle de Jésus.
Quant au mariage, lorsque l’on écoute cet Evangile, on se demande vraiment si Jésus lui confère une quelconque valeur … on me pose souvent douloureusement cette question de savoir si l’on va retrouver son conjoint au ciel, et comment ?
Commençons par réaffirmer une évidence : Dieu tient le mariage en haute estime, et nous en avons une preuve surprenante et très belle dans le Cantique des cantiques … en effet, dans ce livre, le mot « Dieu » n’est jamais prononcé, et pourtant, il a toujours été très clair tant pour le juifs que pour les chrétiens que ce livre est réellement inspiré. Or il se trouve que les huit chapitres qui le composent ne racontent qu’une seule chose : l’amour entre un homme et une femme ! Dieu se manifeste certainement dans l’amour des époux et même –pourrait-on dire- se « retranche » devant cet amour, au point qu’il devient inutile de prononcer son nom. Par ailleurs, c’est en toute logique (tel Père, tel Fils !) que Jésus déclare « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ».
Revenons au discours de Jésus : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir »
Soyons honnêtes, on a l’impression que Jésus méprise le mariage, et met la vie consacrée sur un piédestal. Et pourtant, il est bien clair qu’une telle chose serait absurde …
Regardez bien le texte : « les enfants de ce monde se marient ». Observons, voulez-vous, le principe des Pères d’expliquer « l’Ecriture par l’Ecriture », et donc interrogeons le Christ sur ce que signifie « de ce monde ». Jean 17, 15: « Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. »
« Les enfants de ce monde se marient » signifie donc ceux qui ne renaissent pas d’en-haut, ceux qui s’accrochent uniquement à ce monde, et pour qui la mort est un mur, une fin froide et définitive, pour qui l’au-delà est une hypothèse pieuse d’un petit nombre. Le mariage, dans cette perspective, est une recherche de bien-être, de confort et de jouissance, en attendant le mur. C’est ce que décrit Saint Paul aux Corinthiens (1 Cor 15,32) : « S'il n'y avait eu que de l'humain dans mon combat contre les bêtes à Éphèse, à quoi cela m'aurait-il servi ? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. »
« Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir »
Lorsque Jésus parle ainsi, il parle de notre condition au Ciel !!! Une fois au Ciel, nous avons « part au monde à venir et à la résurrection des morts », et dès lors « nous ne nous marions plus » … notre passage sur la terre est une belle chose, mais ce n’est pas grand’ chose à côté de ce qui attend les époux dans le Ciel (Saint Paul aux Romains, 8, 18 « J'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu »).
Il faut l’admettre, Jésus enseigne qu’il n’y a plus ni mari ni femme dans le Ciel … et vous allez voir comme c’est beau, finalement et en particulier pour les époux !
Qu’est-ce que cela veut dire ? Je voudrais répondre en trois temps :
1) Vous en conviendrez avec moi, toutes nos affections ici-bas, mari, femme, père, mère, frère, enfant, … sont marqués par le péché. Il ne faudrait pas subitement idéaliser le mariage, sous prétexte que Jésus nous oblige à regarder un peu au-delà de notre expérience sensible …
2) et donc, l’entrée dans le Ciel purifie l’homme des traces du péchés, parfois immédiatement (c’est le cas des saints), parfois avec souffrance (c’est le purgatoire), de sorte que, finalement, ce que Jésus enseigne c’est que, au Ciel, les époux s’aimeront l’un l’autre, ils continueront à s’aimer, mais d’une manière infiniment plus parfaite que tout ce qu’ils auront pu réussir ici-bas.
Et j’ajoute que ceux qui, sur la terre, auront connu souffrance, séparation injuste, blessures ou même plus simplement des égratignures retrouveront cette paix qui procède de la justice, et qui habite le cœur de Dieu.
3) Le cœur de Dieu, voilà la troisième étape du raisonnement : au ciel, la charité de Dieu nous envahira complètement, de sorte que nous serons capables d’aimer toute personne, même parfaitement inconnue, à la manière des Anges, à la manière de Dieu et cet amour purifié du péché, nous serons capables de l’accorder ainsi à toute personne, comme Dieu le fait à chaque instant.
Cela dit, je vous propose de redescendre sur terre, bien que vous soyez là aussi pour faire un voyage dans le ciel, redescendre sur terre riches de cet enseignement. Donnons une nouvelle fois la parole à Saint Paul (première aux Corinthiens, chapitre 7) : « Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme, 30 ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien »
Cela veut dire vivre la terre, pleinement, mais, comme un strapontin du ciel, une préparation de cet amour parfait dont nous serons alors capables
Pour les époux, cela veut dire : « aimez-vous d’une manière bien plus parfaite qu’aujourd’hui, purifiez l’amour que vous avez l’un pour l’autre » ; pour nous tous, cela signifie « purifiez l’amour que vous avez les uns pour les autres » ; pour une paroisse, cela veut dire « ne soyons pas gentils mais charitables, entraînons-nous à nous aimer les uns les autres comme les Anges, comme Dieu, plutôt qu’à aimer seulement ceux qu’il est facile d’aimer ». Je serai toujours heureux d’entendre quelqu’un me dire « vous savez, mon Père j’ai été bien accueilli dans cette paroisse » … mais ce qui fera surtout mon bonheur de prêtre, c’est que cet accueil soit une anticipation du Ciel, un accueil surnaturel, et non pas simplement naturel, qui consiste à reconnaître la présence de Dieu en toute personne, que l’on ait ou non une attirance pour elle.
Nous avons mille exemples de sainteté, exemples de ceux qui ont ainsi fait de la vie sur la terre l’apéritif du festin du Ciel, « le festin des noces de l’Agneau », il nous suffit de les imiter …. Ainsi soit-il !
P. Emmanuel d'Andigné
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