13 décembre 2007

homélies

09 décembre 2007 / catéchèse sur la messe - deuxième partie : la "liturgie de la parole"
la Messe est un trésor, notre plus grand trésor … Le Père Jean Grelon a expliqué la semaine dernière comment s’ouvre le coffre, il m’incombe aujourd’hui, de décrire une partie du contenu de ce trésor : la Liturgie de la Parole.

Dans mon coffre, il y a 7 éléments : la 1ère lecture, le psaume, la 2ème lecture, l’Evangile, l’homélie, le Credo et la Prière Universelle . Pour comprendre comment ces éléments fonctionnent, il faut, me semble-t-il, les regrouper en 2 familles : « DIEU NOUS PARLE » & « NOUS PARLONS A DIEU ». « DIEU NOUS PARLE » dans la 1ère lecture, la 2ème lecture et l’Evangile. « NOUS PARLONS A DIEU » dans le psaume, le Credo et la Prière Universelle.

La liturgie de la parole est en fait une conversation amoureuse entre Dieu et l’humanité

1ère famille : Dieu nous parle
Quelle merveille ! Dieu n’est pas seulement une cause de l’univers, il nous parle, c’est une personne qui nous parle … en effet, tous ces textes que nous entendons à la messe sont tirés de la Bible. « Parole du Seigneur », « Acclamons la Parole de Dieu », sont autant de signes liturgiques qui nous rappellent que c’est bien Dieu qui nous parle à travers ces textes.

Concrètement, je vous invite à faire deux actes de foi
1) Avant d’écouter les textes, vous dire : « Il va me parler … » ; et lorsque que se termine cette liturgie, cette messe, vous dire « Dieu m’a parlé ! »
2) Le deuxième effort est plus difficile … il s’agit de se dire : « Même pendant l’homélie, Dieu continue à me parler ! »

Rassurez-vous, les prêtres ne se prennent pas pour Dieu … mais ils sont les portes-parole de Dieu, comme Jean le Baptiste. Celui-ci nous rappelle deux choses qui sont bien utiles pour comprendre le mécanisme de la prédication : premièrement qu’il faut se convertir (et d’ailleurs merci aux enfants du caté qui nous proposent chaque semaine un effort, un point d’attention pour bien se préparer à Noël, au dos de la feuille paroissiale), et deuxièmement qu’il n’est pas le messie, qu’il annonce quelqu’un de plus grand que lui … n’est-ce pas précisément le cas des prédicateurs ?

La conversion peut-elle être produite par une prédication ? Je connais à ce sujet une histoire vraie qui est arrivée à un jeune prêtre du diocèse d’Autun : il avait préparé une homélie en deux parties ; il était assez content de ce qu’il avait fait … il commence à parler et s’aperçoit au milieu du discours qu’il a oublié une chose très importante, à savoir la transition entre ces deux parties ; panique à bord … il se demande comment s’en sortir … jusqu’au moment où, à court d’idées, il se lance : « j’ai terminé la première partie de mon homélie, je vais donc commencer la deuxième » … et furieux contre lui-même, rougissant, il continue et termine son homélie ; à la fin de la messe, une personne vient le voir : « merci mon Père, pour votre homélie ! » ; il esquisse un sourire, persuadé qu’il va se faire moquer de lui ; « oui, merci, mon Père, parce que, à un moment donné, vous avez parlé de première et deuxième partie, et à ce moment-là, j’ai compris que je devais mettre fin à une première partie de ma vie, me convertir et en commencer une deuxième ! »

L’Esprit Saint est donc la clé de toute la Liturgie de la parole, c’est lui qui a inspiré les Ecritures, c’est lui qui travaille dans le cœur des fidèles, c’est lui qui parle à travers le prêtre. Priez l’Esprit-Saint !!! c’est une troisième recommandation que je vous fait. Il vous aidera à avoir un
regard de foi sur le prêtre, ainsi que sur le voisin de gauche ou de droite, il ouvrira votre cœur et si le cœur de votre voisin n’est pas ouvert, à votre prière il l’ouvrira pour que la parole de Dieu fasse son chemin dans tous les cœurs.

2ème famille : nous parlons à Dieu
Emerveillement, là encore ! Nous pouvons parler au Créateur … il n’est pas trop grand, ou plutôt, si, il l’est, mais il veut bien qu’on lui parle et je crois même pouvoir dire qu’il aime qu’on lui parle.

Comment lui parlons- nous ? Evidemment par le Credo (qui est autant une déclaration d’amour qu’une déclaration de doctrine), évidemment par la Prière Universelle, mais aussi, d’une certaine manière par le psaume, et je voudrais m’attarder un peu plus sur lui … Son nom complet est « psaume responsorial », ce qui signifie qu’il est fait pour répondre à Dieu (qui vient de parler dans la première lecture). Mais alors, pourquoi un psaume, toujours après la première lecture ? Pourquoi pas un bau poème contemporain, un chant d’aujourd’hui ? Je vois deux raisons fondamentales à cela : la première est liée à la structure de la liturgie, la seconde dépend de la prière du Christ.
Il y a, en effet, pendant la liturgie de la Parole, ce que j’appellerais une « cascade de réponses à Dieu ». On entend d’abord une réponse inspirée certainement par Dieu, puisqu’elle se trouve dans la Bible, dans le « livre des psaumes » ; ensuite, c’est la réponse des Apôtres, le je crois en Dieu, l’héritage de foi que nous avons reçu d’eux et qui dépend, évidemment, de la première réponse ; enfin, c’est à notre tour, avec nos mots d’aujourd’hui, que nous donnons réponde à Dieu, dans la prière universelle. On peut dire, donc, que les psaumes sont bien « parole de Dieu », mais tels qu’ils apparaissent dans la liturgie, ils sont plutôt de l’ordre de la réponse à Dieu, inspirée par Dieu lui-même.

Cependant, quelles que soient les raisons liturgiques proprement dites, les psaumes sont surtout et par excellence la prière de Jésus !!! Il connaissait par cœur les psaumes, les récitait tous les jours : l’Eglise met un point d’honneur à prier comme lui, à l’imiter au plus près en tout, et en particulier dans l’art de la prière …

Je reviens à l’Esprit Saint et je termine avec lui : L’Esprit Saint est l’amour qui unit le Père au Fils et il est aussi celui qui unit Dieu à l’homme, il est l’amour entre l’homme et Dieu, il est le grand artisan de la Liturgie de la parole … demandons-lui, maintenant, dans le silence, de nous éclairer sur toutes choses et d’entretenir en nous l’amour de Dieu et du voisin.

P. Emmanuel d'Andigné

Homélies

Attention ! chaque dimanche de l'Avent, la prédication consiste en une catéchèse sur l'une des quatre étapes de la célébration d'une messe
02 décembre 2007 /1er Dimanche de l'Avent : L'ouverture de la célébration
En entrant dans l'église, peut-être avez-vous remarqué un changement dans le sanctuaire. Regardons bien ! L'autel qui se trouve devant vous est recouvert d'une grande nappe qui redescend par devant. Sur cette nappe ont été disposés plusieurs objets : une croix, un livre qui est le livre de la parole de Dieu, une patène et un calice avec le pain et le vin et enfin un quatrième objet que je laisse à votre imagination. Ce peut être un personnage qui le doigt pointé vous dit: "Allez maintenant annoncer ce que vous avez reçu", ou encore l'image de deux pieds rappelant cette parole de l'Écriture:
"Bienheureux les pieds de ceux qui partent porter la bonne nouvelle du Seigneur".
La présence de ces objets a pour but de. conduire notre réflexion pendant tout ce temps de l'Avent jusqu'à Noël. Ces objets sont des signes. L'équipe d'animation paroissiale a voulu, à travers la présence de ces objets, nous faire redécouvir ou découvrir ce que nous célébrons chaque dimanche à la messe.

Le premier objet est la Croix. Elle est placée bien en vue aussi sur le mur face à nous. Elle est le rappel du mystère pascal, celui de la mort et de la résurrection du Christ. Le second objet est le livre de la parole de Dieu. Jésus, mort et ressuscité, va nous parler et nous nourrir de sa parole. La patène avec l'hostie et le calice avec le vin qui deviendront, à la parole du prêtre, le corps et le sang du Christ, nous rappellent que Jésus vivant se veut notre nourriture dans notre vie de chaque jour. Ainsi la table de l'autel avec sa nappe, rappelle le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Enfin le quatrième objet symbolise notre envoi en mission. "Allez annoncer au monde les merveilles que vous avez reçues à la double table de la parole et de l'Eucharistie.
Quatre objets. Quatre thèmes de prédication : l'ouverture de la célébration, la liturgie de la parole, celle de l'Eucharistie, l'envoi en mission.

Lorsqu'il m'a été demandé de me charger de la première prédication, je me suis demandé comment j'allais m'y prendre. Et puis je me suis souvenu de la première destination du bâtiment dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui et qui a été construit juste avant la guerre de 1939. Sa destinée était celle d'une salle paroissiale, une salle qui pouvait servir à des spectacles, autrement dit un théâtre. Elle fut provisoirement une chapelle, la chapelle ND. de Lourdes, puis l'église de la paroisse Sainte Bernadette. La grande église projetée à cette époque ne fut jamais construite.

Un théâtre où se joue une histoire, un drame, un opéra, c'est un lieu avec des acteurs et des spectateurs. Le spectacle commence toujours par une annonce et une ouverture. Il y a des affiches, puis une fois entrés avec un billet dans la salle, on entend les trois coups ou on écoute une ouverture s'il s'agit d'un opéra. Tout ceci a pour but de nous inviter à être à l'heure si on ne veut pas manquer le début. Un théâtre, c'est une salle avec une scène placée suffisamment haut pour que tout le monde puisse bien voir. Les participants sont de deux sortes:
- d'abord les acteurs. Ils arrivent parfois du fond de la salle, si bien qu'avant de monter sur la scène on peut deviner à leur costume ce qui va se jouer devant nous.
- ensuite les spectateurs. Ils ont lu les affiches ou ont entendu parler de ce qui va être joué. Ils ont acheté leur billet et se préparent à entrer. Il arrive parfois que le théâtre ferme ses portes pour que les spectateurs ne soient pas gênés par ceux qui arrivent en retard et dans ce cas on entre à l'entracte.

Les spectateurs ne sont pas inactifs. Ils vont vivre ce qui va se passer sur la scène et manifester leurs sentiments de différentes manières, en particulier par des applaudissements. Voilà ce que vous êtes appelés à vivre chaque dimanche en participant à la liturgie de l'Eucharistie, en participant à la messe. La sonnerie qui annonce le spectacle, c'est la cloche de l'église qui sonne suffisamment longtemps à l'avance pour que nous puissions nous préparer et venir. Le billet d'entrée, c'est notre titre de baptisés. C'est ce titre qui nous donne le droit de recevoir la nourriture de l'Eucharistie. On peut rappeler cet état de baptisé en faisant le signe de la croix avec l'eau bénite en entrant dans l'église. Les acteurs sont au bas de l'église et vont monter en procession vers le sanctuaire où va se jouer une histoire, celle du mystère pascal.
Le personnage, l'acteur principal est le Christ. Il en sera question tout au long de la cérémonie. Il est rendu présent par la personne du prêtre, collaborateur de l'évêque et relié par lui au premier prêtre, le Christ Jésus lui-même.
Arrivés près du sanctuaire, le prêtre et ses assistants saluent l'autel où se trouvent des reliques de martyrs. C'est ce que nous avons fait il y a quelques instants. Tout est désormais en place pour la célébration. Le lever de rideau, c'est le geste du signe de la croix donné par le prêtre célébrant. Il nous introduit à la cérémonie par un souhait de bienvenue qui se fait au nom de la Sainte-Trinité. "La grâce de Jésus Notre-Seigneur, l'amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient toujours avec vous". Votre réponse: "Et avec votre esprit" indique votre adhésion à ce qui va se passer. Vous êtes spectateurs et en même temps acteurs avec celui qui parle et qui va rendre présent le Christ dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Et le prêtre poursuit en annonçant ce qui est particulier à chaque dimanche: "Aujourd'hui c'est le premier dimanche de l'Avent". Ainsi dans le jeu liturgique qui se passera sous nos yeux il va y avoir à la fois:
- un rappel de l'essentiel du mystère pascal : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang livré pour vous en rémission des péchés".

- et un rappel de la longue histoire du salut de l'humanité qui commence avec la création du monde et le péché de l'homme, et s'achève avec la venue du Christ, Roi de l'Univers.
Dans chaque messe il y a ce double aspect. L'un ne va pas sans l'autre.
L'ouverture de la célébration va se poursuivre avec la liturgie de la parole. Or on ne peut recevoir quelqu'un chez soi, sans préparer la maison, la rendre propre et accueillante. On pourra ensuite se réjouir de sa présence et partager avec cette personne la parole et le pain. C'est tout le sens de cette demande de purification de notre esprit et de notre cœur : "Seigneur prends pitié de nous. Nous avons péché contre toi". C'est tout le sens de notre joie de la rencontre avec le chant de louange qui vient ensuite, le "Gloire à Dieu". Notre célébration liturgique prend alors tout son sens, celui d'une rencontre avec le Christ qui vient nous visiter. Cette ouverture, ce lever de rideau, nous font entrer dans un spectacle que nous voulons beau. Il vous est demandé de ne pas rester silencieux mais d'y participer au moins de cœur.
Que la beauté de cette maison de Dieu, que la beauté de cette liturgie de la messe, nous donnent envie de rejoindre un jour, pour le louer éternellement, ce Dieu Père qui, en son fils Jésus, a fait de nous non seulement son peuple mais aussi ses enfants.
P. Jean Grelon

08 décembre 2007

Homélies

Homélie de la fête du Christ-Roi - 25 novembre 2007
ça ne vous a pas échappé, le mois de novembre commence par le 01 nov !Je formule donc une proposition : le mois de novembre sera appelé « mois de la sainteté » à la paroisse sainte-Bernadette (merci aux membres de l’équipe « coin-prière » d’avoir suggéré que chaque semaine de novembre permette de découvrir un saint nouveau sur la feuille paroissial)

Qu’est-ce qu’un saint ? N’est-ce pas celui qui couronne Jésus dans son cœur et dans sa vie ? La fête du Christ-Roi tombe bien pour clôturer le mois de novembre … Jésus semble nous dire : « vous voyez tous les saints qui m’ont vraiment intronisé comme Roi, faites de même, et vous aurez vous aussi une place dans les jours du mois de novembre, et en tous les cas sûrement le 1er jour de novembre, puisque celui-ci est dédié à tous les saints inconnus. »

Mais évidemment, le problème est de savoir ce que signifie « introniser Jésus » dans son cœur et dans sa vie … commençons tout simplement par dire qu’un être humain, c’est un royaume, c’est un monde, et ce monde, comme tous les autres, à besoin d’un gouvernement, d’une direction, d’un roi.

Je voudrais prendre un exemple, parmi les saints que nous connaissons bien. Tout le monde sait bien que Saint Augustin est un voyou repenti, qu’il était odieux et jouisseur, et qu’il est pourtant devenu une des plus grandes intelligences du christianisme, qu’il a brusquement et totalement et définitivement « intronisé » Jésus.

Mais je vous propose de pousser l’analyse un peu plus loin : avant d’avoir Jésus pour roi, Augustin avait en lui des petits chefs, des tyrans qui se disputaient en lui-même et le forçait à faire milles chose mauvaises et contradictoires …j’en ai épinglé pour vous simplement trois : dans le livre des confessions, au tout début, il raconte l’épisode du vol des poires, il a 16 ans, on l’écoute :

9. Le larcin est condamné par votre loi divine, Seigneur, et par cette loi écrite au coeur des hommes, que leur iniquité même n'efface pas. […] Eh bien! moi, j'ai voulu voler, et j'ai volé sans nécessité, sans besoin, par dégoût de la justice, par plénitude d'iniquité; car j'ai dérobé ce que j'avais meilleur, et en abondance. Et ce n'est pas de l'objet convoité par mon larcin, mais du larcin même et du péché que je voulais jouir. Dans le voisinage de nos vignes était un poirier chargé de fruits qui n'avaient aucun attrait de saveur ou de beauté. Nous allâmes, une troupe de jeunes vauriens, secouer et dépouiller cet arbre, vers le milieu de la nuit, ayant prolongé nos jeux jusqu'à cette heure, selon notre détestable habitude, et nous en rapportâmes de grandes charges, non pour en faire régal, si toutefois nous y goûtâmes, mais ne fût-ce que pour les jeter aux pourceaux: simple plaisir de faire ce qui était défendu. Voici ce coeur, ô Dieu! ce coeur que vous avez vu en pitié au fond de l'abîme. Le voici, ce coeur; qu'il vous dise ce qu'il allait chercher là, pour être gratuitement mauvais, sans autre sujet de malice que la malice même. […]

Ce que nous comprenons, c’est que le vice du vol, le plaisir de voler, l’emporte chez le jeune homme sur le fait que le vol lui rapporte quelque chose ; il aurait pu voler parce qu’il avait faim ou parce qu’il était pauvre (ou les deux), mais il volait par plaisir, par attirance pour ce qui est interdit. Autrement dit, Augustin à 16 ans était mené par le démon du vol, un petit tyran qui lui a intimé l’ordre de faire ce vol.

Mais par ailleurs nous savons bien que ce jeune homme avait plusieurs autres tyrans en lui : par exemple, un amour désordonné pour les jeunes filles, même si, à vrai dire, le mot d’amour est sans doute trop gentil : il faudrait dire attirance physique grossière …Voilà un deuxième tyran, voilà un deuxième petit chef en lui qui lui intimait l’ordre de mépriser le trésor inviolable d’un corps et d’un cœur, et de profaner ce temple de Dieu ; mais ce deuxième tyran intérieur de Saint Augustin, tout le monde le connaît bien.

Il y en a un troisième, peut-être moins connu, a pensée manichéenne : à un moment de son existence, St Augustin était manichéen, ce qui signifie qu’il considérait qu’il y a un Dieu du mal (Satan), et un Dieu du Bien (Dieu), se disputant la primauté sur la scène du monde, raison pour laquelle on constate que dans l’homme ces deux forces se mêlent et s’entrechoquent constamment, comme dans une guerre. Cette pensée avait des apparences chrétiennes, et même un vocabulaire chrétien, mais en réalité, ce n’était qu’apparence …on l’écoute :

10. Aussi, je rencontrai des hommes, au superbe délire, charnels et parleurs; leur bouche recélait un piége diabolique, une glu composée du mélange des syllabes de votre nom, et des noms de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Paraclet notre consolateur, l'Esprit-Saint. Ces noms résidaient toujours sur leurs lèvres, mais ce n'était qu'un son vainement articulé; leur coeur était vide du vrai.

Autrement dit, St Augustin faisait un péché intellectuel (c’est possible !), il se laissait embobiner par un autre « petit chef » intérieur, qui l’impressionnait par la simplicité de son discours et son vocabulaire racoleur…

C’est dans cet état confus que ce trouvait st Augustin, tiraillé par mille chefs intérieurs, de sorte qu’il ne savait plus où il en était …

La rencontre de St Ambroise, à Milan, les larmes et les prières de sa mère, la découverte des chrétiens de son temps, ont fait qu’il a découvert que pour régner sur un royaume (son cœur), un seul Roi suffisait, et que ce Roi était aussi doux qu’il était exigeant.
Mais il découvre aussi que, et c’est cela le plus beau, obéir à ce roi fait qu’on se trouve soi-même, lui obéir, c’est redevenir soi-même, car ce roi veut vraiment notre bonheur, il ne veut pas dominer par crainte de disparaître …

Introniser Jésus comme notre roi, c’est introniser un Dieu crucifié, c’est avoir un roi dont la couronne est faite d’épines, dont le trône est une croix et dont le sceptre est une branche d’hysope. Il a la puissance des vrais rois, il « tient » sa puissance, il la « retient », et la déploie quand il le faut (à la résurrection !) …

Introniser Jésus, cela veut dire, donc, détrôner les petits tyrans qu’il y a en nous, ne pas avoir plusieurs chefs à la fois, connaître une conversion pour devenir des saints ! La fête du Roi, c’est la fête du Royaume, c’est notre fête à nous aussi, que notre royaume intérieur soit en fête aussi !
P. Emmanuel d'Andigné