23 juin 2009

Homélies

12ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – ANNEE B


21 JUIN 2009



Les météorologues nous disent que le lac de Tibériade connaît des tempêtes et des tourbillons subits, quand il est pris entre les vents venus de la Méditerranée et ceux qui soufflent du désert syrien.
Personnellement, j’ai souvenir d’une traversée par temps idéalement calme, et par contre, d’une autre où la mer était très agitée, sans toutefois nous causer une crainte comparable à celle des Apôtres.

Quand Jésus montre sa puissance sur les éléments matériels, quand il opère un miracle, il a toujours une intention symbolique. Il ne se contente pas de corriger les intempéries redoutables.
Jésus vise les tempêtes morales et spirituelles. Il est venu sauver son peuple de toutes les perturbations contraires à la paix. Il lui dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Et il indique le chemin à suivre pour obtenir cette paix et la conserver.

Les tempêtes sont de tous ordres. Il y a un siècle, personne n’aurait pensé que les activités humaines pourraient un jour modifier e climat, faire fondre les glaces de l’Arctique ou de l’Antarctique, et élever le niveau des océans.
Aujourd’hui on se pose beaucoup de questions sur les causes de l’aggravation des catastrophes climatiques, et sur les responsabilités des hommes.

Mais sans aller si loin, il y a les conflits entre nations, entre peuples, entre tribus, entre clans, entre familles. Les rancunes, les jalousies, les haines s’exacerbent et peuvent aller jusqu’à des actes très graves.
On sait qu’entre automobilistes, les réactions peuvent devenir incontrôlables.
Que de tempêtes, à l’intérieur des familles, pourraient être évitées, si l’effort de compréhension l’emportait sur l’orgueil.

L’Eglise nous a invités à célébrer vendredi le Sacré Cœur de Jésus, « Jésus doux et humble de cœur », et le lendemain nous vénérions le Cœur Immaculé de Marie, « demeure digne de l’Esprit Saint. »
Si nous tendions vers l’exemple de ces amours parfaits, toutes les tempêtes seraient apaisées.
C’est la mission du sacerdoce de guider les cœurs humains dans le sens du véritable amour.

Rappelons que le pape Benoit XVI a voulu que cette fête du sacré Cœur de Jésus soit une journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres, et qu’elle marque l’inauguration de l’année sacerdotale, se plaçant sous le patronage de saint Jean Marie Vianney, le saint Curé d’Ars.

C’est le moment de nous convier à la prière pour deux séminaristes de notre diocèse, Hubert Deprez et Julien Elie, qui vont être ordonnés diacres en vue du sacerdoce, aujourd’hui à 15 h 30 en l’église Notre Dame de Chemillé, par notre évêque Monseigneur Emmanuel Delmas.

Vendredi notre évêque célébrait à la cathédrale une messe d’action de grâce pour les prêtres jubilaires. Notons que onze d’entre eux sont arrivés à 60 ans de sacerdoce !

Sachons regarder ce qui est encourageant aujourd’hui : un faire-part d’ordination me montre que samedi prochain l’archevêque de Paris ordonnera à Notre Dame dix prêtres pour le diocèse de Paris ou pour la Communauté de l’Emmanuel. L’un d’eux est de famille angevine.

Et bien sûr, réjouissons-nous de fêter samedi prochain à 19 heures les 10 ans de sacerdoce du père Emmanuel d’Andigné et se ses deux confrères, lors de la messe présidée par Monseigneur Jean Orchampt, qui les a lui-même ordonnés.

Nos prières fraternelles les accompagnent.

Amen
Père Jean Rouillard

18 juin 2009

Homélie du 14 juin 2009

Homélie de la "fête-Dieu" (Saint-Sacrement) 2009
La belle fête d’aujourd’hui m’invite à vous faire profiter d’un "topo" que je fais souvent sous une forme théâtrale, sur ce que j’appelle « les 5 noms de la messe ». J’ai choisi, en effet, parmi les 9 noms que le catéchisme du Concile donne à la messe, les 5 principaux, les 5 les plus importants, les plus usités dans l’histoire : « Repas du Seigneur ; fraction du pain ; eucharistie ; saint-sacrifice et messe, bien sûr » …

Le mot de « messe » est celui qui s’est imposé depuis plusieurs décennies, mais il est devenu tellement passe-partout qu’on en a oublié en général le sens : « Mittere » en latin signifie « envoyer ». On désigne donc l’ensemble de la messe par la fin de celle-ci : « allez dans la paix du paix du Christ », partager le trésor que vous avez reçu, « allez, de toutes les nations faites des disciples » ! Le mot « messe » et le mot « missionnaire » sont de même origine !

On désigne le tout par la partie c’est classique … c’est une synecdoque …

Une autre partie de la messe, la prière Eucharistique, a elle aussi donné son nom à toute la messe : Eucharistie. Ce terme est très ancien, le mot grec signifie « remercier ». C’est la désignation de ces longues prières juives, qui ne demandent quelque chose que lorsqu’elles ont longuement remercié Dieu pour tous les bienfaits accordés par lui. Appeler la messe « eucharistie », cela revient à deux choses : nous faire nous souvenir de nos origines juives, et développer en nous la reconnaissance et l’action de grâce, savoir reconnaître tous les bienfaits de Dieu …

La fraction du pain, quant à elle est encore une partie de la messe, toute petite, qui désigne la liturgie toute entière : c’est à ce geste que les disciples d’Emmaüs ont reconnu la présence de Jésus, et c’est encore valable aujourd’hui ! Il faut bien reconnaître que la concomitance de ce rite et de celui de la paix a peut-être tendance à masquer ce beau geste, que je vousn invite à regarder désormais de plus près. Pendant longtemps dans l’Eglise, les premiers temps surtout, on a désigné ainsi la messe, on allait « à la fraction du pain » …

Bien entendu, ce geste nous fait penser aujourd’hui au partage des richesses avec les plus pauvres, mais tout autant au corps brisé de Jésus, « ceci est mon corps livré, brisé sur la croix », Jésus annonce par là son sacrifice …

C’est donc tout naturellement que l’on a désigné pendant la plus grande partie des 2000 ans de christianisme la messe du terme de « sacrifice » et puis très vite de « saint-sacrifice de la messe ». La messe, voilà une définition qui est bien éclairante, est le renouvellement non-sanglant du sacrifice de Jésus sur la croix, et c’est ce qui donne à la messe sa consistance spirituelle, à vrai dire : elle est une affaire de vie ou de mort, une affaire de mort qui donne la vie, Jésus a laissé crucifier sa chair afin d’obtenir le Salut, et c’est par là que le Salut arrive.

On vient de l’entendre, c’est au cours d’un repas que Jésus institua l’Eucharistie, et c’est sans doute pour cette raison, et en outre à cause d’une citation du livre de l’Apocalypse (« heureux les invités au repas du Seigneur » (Ap 19 9) que cette expression désigna aussi le mystère de la messe, plutôt dans les débuts de l’histoire …

Ces 5 noms, et les quatre autres dont je n’ai pas parlé, révèlent quelle richesse il y a dans ce grand sacrement de l’Eucharistie, auquel deux fêtes sont réservées chaque année, et c’est bien le minimum, aujourd’hui et le Jeudi saint.

Avec la richesse spirituelle, on pressent aussi l’idée de mystère : le mystère, dans la foi chrétienne, ce n’est quelque chose auquel on ne comprend rien, c’est quelque chose auquel on comprend quelque chose, tandis que la plus grande partie nous échappe …

Nous pouvons comprendre le mystère de la sainte Trinité, ou celui du saint-Sacrement, mais, c’est vrai, nous savons aussi que la plus grande partie nous échappe …

Voilà pourquoi nous avons besoin les uns des autres, car d’une personne à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une époque à l’autre, on est davantage sensible à tel ou tel aspect du même mystère, et ainsi, nous sommes comme devant une immense statue, et chacun, de son point de vue décrit bien la même statue, mais de là où il est et son point de vue éclaire les autres.

Je vous invite, par conséquent, à vous dire intérieurement : « certes, parmi ces 5 noms, l’un ou l’autre me convainc davantage, mais je dois avoir l’humilité de reconnaître que je ne peux pas tout saisir tout seul, et je décide de me laisser enseigner par l’histoire de l’Eglise et par mon frère qui est là, pour embrasser avec lui l’unique mystère »

Et le mot « communion » prend une autre tournure : il ne désigne pas seulement le fait de recevoir l’hostie (c’est le premier sens), il désigne aussi le choix réaliste de me réjouir de ce que mon frère qui est là me révèle une partie du mystère, et je dois tout faire pour construire la communion.
Que Marie, notre « mère de famille », rassemble tous ses enfants dans la confession d’un même et grand mystère !

P. Emmanuel d'Andigné

11 juin 2009

Homélie du 07 juin 2009

Homélie de la fête de la Très sainte Trinité - Année B
Mission, c’est un mot un peu magique : mission …il a quelque chose de dynamique et d’increvable, c’est un mot qui traverse les temps victorieusement, il ne vieillit pas : mission !

« Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du père et du Fils et du Saint-Esprit ». C’est un envoi en mission que Jésus nous a adressé, et ceci révèle deux choses : la première, c’est que par définition, un chrétien est missionnaire, cela fait partie de son identité, de sorte que s’il arrêtait d’être missionnaire, il porterait atteinte à son identité.

La seconde concerne la sainte Trinité, sur laquelle nous nous « arrêtons », en quelque sorte, aujourd’hui … de même que être missionnaire fait partie de l’identité du chrétien, de même la mission éclaire et manifeste la nature de Dieu, l’être de Dieu, qui Il est.

Permettez-moi, une nouvelle fois, c’est tellement important (lex orandi, lex credendi), de relire avec vous le début de la prière d’ouverture, celle que l’on appelle aussi « collecte » ; la liturgie est une source inépuisable pour savoir qui est Dieu et qui nous sommes. Ecoutez attentivement les textes de la liturgie, et pas seulement la Parole de Dieu !

« Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté, pour révéler aux hommes ton admirable mystère », dit l’oraison. Il y a deux missions qui sont en quelque sorte « parties » de Dieu : une mission visible et une mission invisible. La mission visible, celle du Fils, a pour but de donner un visage humain à Dieu, pour permettre aux hommes de pouvoir approcher de tout près le mystère de Dieu. La mission invisible, celle de l’Esprit, a quant à elle le dessein de préparer le terrain à la mission visible, de la prolonger et en multiplier les fruits, une fois que la mission visible serait terminée.

Dieu est un missionnaire : il envoie en mission et il part en mission, et ce qui le pousse à cette mission, c’est l’amour, de sorte que nous pouvons en retirer beaucoup d’enseignements, je choisis parmi eux deux aspects, deux conséquences très heureuses qui concernent la vie d’une paroisse et la vie personnelle de beaucoup d’entre nous : il s’agit d’une part de l’unité de l’Eglise
et de l’autre du sacrement de mariage.

L’unité de l’Eglise : je ne sais pas si vous aimez le football, peu importe, en tous les cas, un événement tel qu’un tournoi entre paroisses, comporte un symbole très utile pour tout le monde.

La mission, gagner le match ou la coupe, est une œuvre commune à tous ceux qui font partie de la même paroisse, or cette œuvre commune peut nous guérir d’une tentation : celle de nous regarder les uns les autres à longueur de messe, pour savoir quel quartier « il » habite, pour qui « il » va probablement voter vue sa tête, pour savoir s’il se place au même endroit que moi sur l’échiquier religieux … tous, nous voilà tournés dans une autre direction, à l’extérieur de paroisse, la même mission, remporter le match ou la coupe !

Au plan spirituel, la mission qui s’adresse aux non-chrétiens purifie beaucoup une communauté chrétienne en la tournant vers l’extérieur et en lui révélant, par une commune mission, qu’il y a un principe d’unité qui est plus fort que les facteurs de division.

Les missions divines, visible et invisible, révèlent la très profonde unité de Dieu, et nous invitent à ne pas regarder le nombril de la communauté chrétienne, mais plutôt ceux qui, à l’extérieur, ont soif d’amour, de justice, et de paix, et qui bien sûr trouveront amour, justice et paix auprès de Dieu que nous sommes chargés d’annoncer. La fête de la sainte Trinité est un puissant appel à l’unité ! Et je termine mon propos en parlant du mariage :

Le mariage, on le sait bien, est trinitaire, il n’est pas binaire ; les époux sont reliés par l’amour, et l’amour n’est pas quelque chose, il est quelqu’un, l’Esprit-Saint relie les époux l’un à l’autre comme il est l’amour du Père et du Fils, et là encore, c’est leur mission commune qui produira en eux l’unité, autant que l’attachement des cœurs, dont on connaît la beauté, certes, mais aussi la fragilité.

Les époux peuvent donc, d’un côté, puiser en Dieu la solidité de l’amour, dans une relation spéciale à l’Esprit-Saint, et de l’autre, prendre exemple sur les missions divines, et s’atteler à leur commune mission : l’éducation des enfants, bien sûr, mais aussi continuer l’œuvre de la création par le travail (c’est bien cela la définition du travail), produire les richesses qui sont nécessaires, partager avec ceux qui ont faim, servir la cité par la politique (noble tâche !),
donner un coup de main dans sa paroisse (c’est pas mal aussi) … tout ceci contribue à l’amour conjugal ! Quelqu’un n’a-t-il pas dit « qu’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction » ?

Que le Dieu trois fois saint nous fasse le don du désir de l’unité et la force d’accomplir notre commune mission : partager la connaissance et l’amour de Dieu, pour sa gloire et le salut du monde !

P. Emmanuel d'Andigné