21 mars 2009

Homélie du 22 mars 2009

homélie du 4ème dimanche de carême - année B
Pour commencer, voici une histoire vraie racontée par Mr Jacques Ricot, philosophe, qui illustre assez bien ce qui se passe ces jours-ci dans les médias :
"Il arrive pourtant qu’on veuille tirer le philosophe hors de son coin pour l’inviter, par exemple, à participer à une émission de télévision. C’est la petite mésaventure qu’il m’a été donné de vivre en 2004. Approché téléphoniquement à plusieurs reprises par l’assistante de production d’une émission-phare d’une grande chaîne de télévision, on me demandait, au plus fort de l’affaire Humbert si je pouvais faciliter l’entrée des caméras dans des services où des mourants étaient censés demander l’euthanasie. J’avais répondu, en contrôlant de mon mieux la nausée provoquée par cette démarche, que ce type de demande s’évanouissait dès lors que l’on supprimait la douleur et qu’on accompagnait la personne. Du moins, était-ce la seule expérience que je pouvais personnellement attester. Puis le dialogue suivant s’était engagé :
« Je connais, avais-je déclaré à mon interlocutrice, Madame Pavageau, tétraplégique depuis plus de vingt ans, atteinte d’un locked-in-syndrom de même nature que celui de Vincent Humbert et dont le témoignage, accompagné de celui de son mari et de sa fille, conviendrait peut-être pour illustrer votre sujet.
– Pourquoi pas ? Mais dites-moi, est-ce que cette personne demande à mourir ?
– Elle connaît des moments d’abattement, mais, bien entourée par son mari et par ses proches, elle se bat pour vivre.
– Alors non, ce n’est pas ce que nous cherchons, il nous faut quelqu’un qui demande à mourir. »
Nos contacts ont cessé, l’émission s’est passée de moi et de mon idée visiblement incongrue. Et pour traiter le sujet, les responsables de la chaîne ont offert aux téléspectateurs le témoignage ambigu mais tellement plus alléchant et troublant de la fille d’une suicidée célèbre"

Voilà comment se prépare une émission de TV et un journal télévisé aussi … comment faire confiance à des médias dont la mauvaise foi est plus qu’évidente ? Vous trouverez à la sortie de l’église et sur ce blog quelques vérités rétablies sur l’affaire du Brésil et sur l’affaire de l’Afrique.

Avant de vous faire une opinion, quelle qu’elle soit : sachez bien de quoi il s’agit, soyez sûrs de vos informations, et n’ayez qu’une confiance relative dans des informations dont tout le monde sait qu’elles sont extrêmement partisanes et plus militantes que de nature à nous informer …

Je vous propose de prendre de la distance, un peu, avec les évènements, et d’étudier l’actualité avec l’aide de l’Evangile … je pense à trois passages de l’Ecriture, le dernier étant celui que nous venons d’entendre.

Je pense d’abord à la Passion du Christ : je suis frappé par le contraste entre la haine, la méchanceté, le déchaînement des médias et la douceur du Pape ! « Insulté, sans rendre l’insulte, maltraité sans proférer de menaces, il s’en remettait à celui qui juge avec justice », disait St Pierre (I PIERRE 2, 21-24)

Quant à la lettre écrite par le Saintè-Père aux évêques, elle est une illustration moderne de ce que l’on appelle en liturgie les « impropères », sorte de complainte du Christ qui s’étonne du déchaînement de violence à son égard et qui se tourne vers son propre peuple avec comme une sorte d’étonnement douloureux, en voici un exemple : « pour me traiter ainsi, ô mon peuple, qu’avais-tu contre moi ? Pour mériter cette rigueur extrême, que t’ai-je fait à toi ? »

Je pense également à un autre passage de l’Evangile, le Bon Berger (Jn 10), je cite : « il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivront pas un étranger, mais elle le fuiront, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers »

Depuis son accession au siège de Pierre, Benoît XVI est présenté aux catholiques eux-mêmes comme quelqu’un d’étranger à eux, et le but recherché est clair : couper le lien entre les catholiques et le pape, car c’est la stratégie la plus efficace pour empêcher l’Eglise de diffuser un message qui les dérange : et c’est finalement l’Evangile d’aujourd’hui qui nous fournit l’explication de cette haine, de ce déchaînement, de cet acharnement : « Tout homme qui fait le mal déteste la lumière … » Nous en avons la preuve aujourd’hui, tandis qu’on se sert honteusement de l’Afrique pour justifier nos débats internes et nos ébats immoraux. Cette affaire est un prétexte, bien sûr, pour justifier la résistance à l’enseignement de l’Eglise.

Pour terminer, je pense nécessaire d’ajouter deux choses très simples :

La première est que, à écouter les africains eux-mêmes, à regarder les chiffres précis, les données, on s’aperçoit sans peine, quelques heures suffisent, que une fois de plus, Benoît XVI avait raison, et les bains de foule sont là pour montrer que, pendant que les occidentaux s’excitent sur un bout de phrase sorti de son contexte, l’Afrique exulte, reconnaissante, de rencontrer à nouveau le successeur de Pierre qui a eu la délicatesse de préciser, avant de monter dans l’avion, qu’il se rendait "dans la deuxième patrie du Christ", allusion à la fuite en Egypte …

De nombreuses voix africaines sont là, dans l’Eglise et hors de l’Eglise pour attester de la profondeur des analyses de Benoît XVI, et j’ai envie d’ajouter « évidemment » !!!

Nous ne sommes pas en présence d’un cas d’infaillibilité pontificale, mais avant de manifester un désaccord avec l’un des chefs d’état les mieux informés de la terre, il me paraît nécessaire de bien vérifier ses positions, et de les vérifier sur place …

la deuxième et dernière chose nous concerne nous, catholiques, peut-être troublés par cette affaire : notre problème est que nous ne sommes pas des parangons de vertu en face d’un monde pourri et anti-pape : nous sommes pécheurs, nous aussi en proie aux mêmes idées tordues qui s’affichent sans vergogne sur nos écrans, et tout ceci est un appel puissant à la conversion, pour que nous soyons toujours plus des amants de la vérité et prophètes de la charité.

Le serpent de bronze est élevé par Moïse, Jésus est élevé sur la croix tout le monde le croyait anéanti, il est ressuscité ! Que l’Esprit Saint nous conduise dans la confiance et dans la paix !

P. Emmanuel d'Andigné

20 mars 2009

Communication d'un groupe d'étudiants de l'ESA

Donnez du sens à votre assiette !

De la fourche à la fourchette, il n’y a qu’un pas à franchir…..


Nous sommes un groupe d’étudiants de l’Ecole Supérieure d’Agriculture à la recherche d’un mode de consommation plus responsable.
A quoi bon acheter du poulet roumain, du blé Américain, du poisson finlandais, des pommes de terre de Pologne, alors que notre voisin est paysan, notre copain maraîcher, qu’il y a un marché tous les 3 jours sur la place du quartier et que le gars d’en face est poissonnier…
Pour relocaliser notre alimentation, manger des produits de qualité et faire vivre nos voisins, nous souhaitons créer une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP).

Une AMAP est basée sur une relation de confiance entre les producteurs et les consommateurs. Voici les principes de ce partenariat :

- Participer à la sauvegarde d’une agriculture locale
o Préserver les fermes de proximité
o Favoriser le développement d’une agriculture durable

- Acheter au prix juste des aliments de qualité
o Prix rémunérateur garanti pour l’agriculteur
o Aliments de bonne qualité gustative, sanitaire et environnementale pour le consommateur

- Relocaliser l’économie
o Connaître l’origine des produits
o Connaître la façon dont sont produits les aliments

- renouer le lien entre producteurs et consommateurs

Cette AMAP regrouperait les gens du quartier, des étudiants et des membres du personnel de l’Ecole qui souhaitent devenir davantage acteurs de leurs modes de consommation.
Chaque consom’acteur établit un contrat avec chacun des producteurs et choisi le type de panier qu’il souhaite recevoir. Ce panier comprend des produits variés, en fonction des producteurs et des saisons : fruits et légumes, pain, produits laitiers, viande…
Le contrat est un engagement réciproque : le consom’acteur commande par avance ses produits (il effectue un planning) et le producteur est ainsi assuré du débouché de ses productions et s’engage à le fournir de façon hebdomadaire.

La distribution a lieu dans le parc de l’ESA, un soir par semaine. Les producteurs sont présents afin de faire de la distribution un lieu d’échanges.

Il est possible de s’engager à différents niveaux :
- recevoir plus d’informations et suivre l’évolution du projet
- devenir un consom’acteur en commandant un panier hebdomadaire
- devenir membre actif et participer à la mise en place du projet

Pour nous contacter :
sinequanon08@hotmail.fr
Damien : 06.73.66.60.80 Guillaume : 06.07.45.35.39 Lucie : 06.76.64.46.15
(De préférence après 18h)

17 mars 2009

Homélies

2ème DIMANCHE DE CARÊME – ANNEE B


8 MARS 2009



Même si nous avons l’impression de connaître à peu près par cœur un bon nombre de scènes de l’Evangile, il est bien certain que d’importants détails nous échappent.

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, eux seuls. Il est remarquable que Jésus ne traite pas de la même manière les douze Apôtres. Leur éducation est individualisée. Chaque personne a sa vocation propre.

Nous retrouvons Pierre, Jacques et Jean ensemble à plusieurs reprises :
Tout d’abord lorsque Jésus ressuscite la fille de Jaïre, dans la maison de ce chef de la synagogue. Jésus ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean.
Puis, quand il annonce la ruine du temple de Jérusalem, ces trois mêmes disciples, cette fois accompagnés d’André, lui demandaient : « Dis-nous, Maître, quand cela arrivera. »
Et surtout, à Gethsémani, le soir du Jeudi Saint, Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir. »
C’est donc à ces moments particulièrement marquants ou dramatiques que ces trois sont réunis.

Quelle est cette haute montagne où a lieu la Transfiguration ? On a pensé au Mont Thabor ou au Mont Sion, la montagne de Jérusalem. C’est sans doute plutôt la montagne mystique, dont parlent les prophètes, là où afflueront toutes les nations à la fin des temps.

Comment décrire Jésus transfiguré ? Bien sûr, c’est impossible. Tout comme lorsqu’on demandait à Bernadette de décrire la beauté de la Vierge Marie dans la grotte de Lourdes. « Ses vêtements deviennent resplendissants, d’une blancheur indescriptible. »

La présence d’Elie ou de Moïse a souvent été interprétée comme les symboles des prophètes et de la Loi. Des spécialistes de la Bible y voient plutôt des précurseurs et des témoins de l’Alliance. Elie devait être le précurseur du Messie et il est identifié un peu plus loin à Jean-Baptiste, mis à mort par Hérode.

La réaction de Pierre : « Dressons donc trois tentes, une pour Toi, une pour Moïse, une pour Elie, » peut nous paraître un peu naïve.
Elle exprime bien pourtant ce désir de faire durer des moments particulièrement heureux et exaltants. Il y a dans toute vie des jours de paix et de joie, que l’on voudrait éterniser, mais qui se révèlent trop courts.

Jésus ne vient pas établir ses disciples dans la quiétude et l’allégresse. Il les a avertis que pour le suivre il fallait porter sa croix. Il les prépare aujourd’hui à affronter un avenir difficile. Il se révèle comme l’envoyé de son Père, comme le Fils de Dieu. « De la nuée, une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »

Celui qui a écouté le Seigneur, c’est bien Abraham, celui dont nous parle la première lecture. Chaque fois que la voix du haut du Ciel l’appelle « Abraham ! », sa réponse est immédiate et toute simple « Me voici ! » Ce trait suffit à montrer son entière disponibilité, sa confiance absolue envers Celui qui lui était apparu et lui avait dit : « C’est moi le Dieu puissant, marche en ma présence et sois intègre. Je veux te faire don de mon alliance entre toi et moi, je rendrai ta descendance extrêmement nombreuse. »

Abraham se montre parfaitement obéissant à la volonté de Dieu, même lorsque celle-ci lui paraît incompréhensible. Sacrifier son propre fils, est-ce envisageable ?
« Dieu mit Abraham à l’épreuve », et il vit que sa fidélité était sans défaut. Cet épisode souligne que Dieu rejette tout sacrifice humain : « Ne porte pas la main sur l’enfant, dit l’Ange, ne lui fais aucun mal. »

Mais il est aussi une préfiguration du sacrifice de Jésus sur la Croix, en expiation de tous les péchés de l’humanité, de tous les temps. Jésus priait en disant : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Pourtant, non pas comme je veux, mais comme tu veux ! »

Accomplir la volonté du Seigneur, en sachant que cette volonté est en définitive pour notre plus grand bien, pour notre bonheur, même s’il faut passer par l’épreuve, accomplir cette volonté est le but du carême.

Puissions-nous le continuer avec la confiance que saint Paul exprimait aux Romains : « Dieu n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous ; comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ? »


Amen
Père Jean Rouillard

06 mars 2009

Homélie du 1er Mars 2009

Homélie du 1er dimanche de carême, année B
Lors d’une réunion de préparation pour la première communion de leurs enfants, quelques parents de la paroisse nous ont livré une belle réflexion sur les disciples d’Emmaüs (Luc 24) : en peinant à reconnaître Jésus, deux jours après l’avoir quitté (mort, il est vrai), ils nous montrent sans doute qu’ils l’ont bien mal regardé et qu’ils ne l’avaient, en fait, jamais vraiment connu, bien que fréquenté assidûment …

Voici ce que demande l’oraison de ce premier dimanche de carême : « progresser dans la connaissance de Jésus-Christ » ; « Nous ouvrir à sa lumière » ; « par une vie de plus en plus fidèle »

Les disciples d’Emmaüs ont fait la connaissance de Jésus depuis quelques semaines ou quelques mois, ils ont été attirés par sa réputation et ils l’ont vu, de leurs yeux vus !!! Et pourtant, ils s’aperçoivent qu’ils ont à peine rencontré … et nous, évidemment, nous nous apercevons sans peine que nous le connaissons très mal, bien que connaissant par cœur certaines de ses histoires …

Voilà pourquoi je vous propose deux choses pour progresser dans sa connaissance : d’abord, le lui demander dans la prière ! La religion est un mouvement double, ce n’est pas un pur mouvement de l’homme vers Dieu, il faut que Dieu me donne de me tourner vers lui (« Accorde-nous », dit l’oraison). Demander dans la prière, en disant par exemple « fais-moi progresser, ô Père, dans la connaissance de Jésus-Christ ton Fils ». Simplement cela !

Et la deuxième chose que je vous suggère, c’est une décision pratique, en respaectant la règle des 3 P : Petit, Pratique, Possible ! 7 minutes par jour ou 30 minutes par semaine, je décide d’ouvrir l’évangile pour approfondir ma connaissance de Jésus, vraiment.

« Nous ouvrir à sa lumière », poursuit l’oraison. « je suis agité(e) quand je prie … ça ne sert à rien, il vaut mieux que je fasse des choses ! », me dit-on souvent.

J’ai peut-être une solution à ce problème : lors de la procession de communion, la semaine dernière, j’ai pu noter que quelques personnes avaient le teint hâlé, ils sortaient visiblement des sports d’hiver … croyez-vous qu’ils aient passer tout leur temps dans un transat’ à attendre de bronzer ? Bien sûr que non ! Ils ont skié, marché, etc … et le soleil a fait son œuvre sans même qu’ils ne s’en rendent compte. Même quand on s’agite sous le soleil, on bronze ! De la même façon, quand on s’expose au soleil de Dieu, dans la prière, on « bronze » spirituellement. N’ayez pas peur de vous exposer à ce soleil-là, souvent, longtemps, et restez en prière, même si vous vous agitez parfois un peu intérieurement. Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus utilise quant à lui une autre image, celle du linge qui est agité par le vent, mais qui continue à sécher sous le soleil …

Que cela soit 7 minutes par jour ou 30 minutes par semaine (suggestion), il est donc bon d’ajouter un « bronzage spirituel », afin qu’il y ait de la gratuité dans la relation avec Dieu, et non simplement du donnant-donnant : je te donne une prière, tu me donnes une grâce.

Dans une vie de plus en plus fidèle, termine l’oraison …

C’est là qu’il faut faire un discernement, pour choisir entre 7 minutes par jour, 30 minutes par semaine ou quelque chose d’autre. Car il faut que nous fassions dans ce domaine l’expérience d’une fidélité. Il nous faut remporter des victoires faciles, afin de sentir encouragé à continuer et à constater, au bout de quelques années, toutes les transformations que Dieu ne manquera pas de faire.

« Par Jésus-Christ … » je termine avec cette expression qui termine pratiquement toutes les oraisons, et qui a deux sens, un sens en quelque sorte « ascendant » et un sens plutôt « descendant ».

Nous demandons quelque chose par Jésus, en demandant donc à Jésus d’être comme un ambassadeur, un porte-parole, un médiateur, grâce auquel la prière a toutes les chances de parvenir à Dieu purifiée, complétée, enrichie … c’est la MEDIATION ASCENDANTE !

Mais l’expression « par Jésus » a aussi un sens DESCENDANT, si l’on peut dire, toutes ces choses dont nous parlons dans la prière, nous arriveront en effet PAR JESUS, SEUL MEDIATEUR entre Dieu et les hommes, lui par qui toutes les grâces descendent du Ciel.

Les 24h d’adoration nous ont sûrement apporté une grâce de rapprochement de Jésus, par lequel nous expérimentons ces deux dimensions de la médiation du Christ.
P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 25 février 2009

Homélie du mercredi des cendres - 2009
Les scouts, vous le savez, font des constructions en bois : ils découvrent en pratiquant cette discipline qu’on appelle « froissartage », une technique très efficace, celle du trépied ! En effet, trois morceaux de bois posés de façon équilibrée constituent une base très solide pour beaucoup de constructions possibles.

Le trépied du carême ? Prière, Aumône, Jeûne !

La Prière, tout d’abord, permet de retrouver la fraîcheur de la relation avec Dieu, de convertir notre relation avec lui. L’Aumône, quant à elle, nous permet de retrouver l’importance de la relation avec les autres, la pureté de la relation avec les autres. Le Jeûne enfin, vise à retrouver une saine relation avec soi-même, par la maîtrise de soi, la maîtrise des désirs, des avidités. Il me semble nécessaire de faire à ce sujet deux remarques complémentaires

1) Attention, il faut distinguer le jeûne de l’abstinence, qui quant à elle est un acte communautaire de pénitence avant d’être un acte individuel de quelqu’un qui est supposé forcément aimer la viande !!! Il est sans doute vrai que cette pratiquer repose sur une idée ancienne selon laquelle la viande est plus appréciée par tout le monde que le poisson … mais aujourd’hui, peu importe, nous avons reçu de la tradition cette disposition pratique, nous la respectons, afin d’entrer ensemble dans une démarche de conversion.

2) La privation de nourriture, pour la plupart des gens, est une façon très efficace de prendre conscience que quelque chose se passe, que la période qui s’annonce est importante, qu’il faut vraiment faire quelque chose. Cependant, je dois vous raconter une anecdote. Un jour, je discutais avec des jeunes pendant un camp, et leur posais cette question : « que préférez-vous faire pendant le carême ? Vous priver de chocolat ou vous abstenir de dire du mal de votre prochain ? » Après un temps d’hésitation, ils me répondent : « on préfèrerait se priver de chocolat » … Ils ont bien fait de dire la vérité, mais cela dénote que le sens du jeûne n’est pas compris : il vaudrait mieux s’abstenir de médisance et continuer à manger du chocolat que de se priver de chocolat et manquer à la charité. C’est un équilibre : la privation de nourriture est en général très efficace, mais il ne faut pas que cela devienne un écran contre la charité.

Dieu, les autres, soi-même … on retrouve trois des quatre relations qui constituent notre vie, auxquelles il faut ajouter la relation avec la nature (Adam et Eve, avant la faute originelle, avaient une parfaite quadruple relation, faussée comme d’un coup par le péché d’orgueil).

Tout le monde connaît bien l’histoire de Saint François d’Assise, et ses fameuses conversations qu’ils entretenait avec les animaux, mais beaucoup de saints ont eu des histoires particulières avec la nature : celui qui vit pleinement et sainement de Dieu, finit par retrouver même l’harmonie avec la nature !

« Convertissez-vous, croyez à la bonne Nouvelle (rite de l’imposition des cendres) » : la conversion est un service rendu à soi, à Dieu, aux autres et à la nature, et pour ce qui est de la nature, c’est le point de départ d’une écologie durable, puisqu’elle aura Dieu pour base et sa création …

P. Emmanuel d'Andigné

03 mars 2009

Homélie du dimanche 22 février 2009
La lecture de l'Évangile selon St Marc que nous lisons chaque dimanche ainsi quependant la semaine a ceci de particulier que la personne de Jésus se découvre peu àpeu et comme dans le secret. Les premiers chapitres de l'évangile selon St Marc nous présentent Jésus comme quelqu'un qui donne un enseignement nouveau et qui a une autorité même sur lesdémons. Il guérit de nombreux malades si bien que sa renommée se répand partout etqu'une foule nombreuse le suit.
Qui est-il en vérité ? Dès le premier chapitre on constate que ce sont les démons quirévèlent son nom : " Je sais qui tu es, Jésus de Nazareth. Tu es le Saint de Dieu ".On a entendu à l'instant dans la lecture de l'évangile que les scribes se posent la mêmequestion et donnent une réponse sous la forme d'une autre question : " Qui peutremettre les péchés sinon Dieu seul " ?
Les apôtres qui suivent Jésus se poseront eux aussi des questions. Au chapitrequatrième qui nous décrit l'épisode de la tempête apaisée par Jésus sur le lac deTibériade, les disciples constatent sa puissance et se disent entre eux : " Qui est-il doncpour que même le vent et la mer lui obéissent ?
Face à toutes ces interrogations l'attitude de Jésus prend diverses formes. Elle peutêtre violente : Silence ! dit-il aux démons. Vis à vis des scribes il ne répond pas maisleur montre sa puissance en guérissant le paralytique. Quant aux disciples il se contentede s'étonner de leur peu de foi face à tout ce qu'ils ont déjà vu et de leur rappeler ce qu'ila fait avec les pains en nourrissant plusieurs milliers de personnes.C'est plus tard, au chapitre huit que Jésus va se révéler. En chemin vers la ville deCésarée de Philippe, c'est lui qui va questionner ses disciples. Qui suis-je aux yeuxdes hommes... Et vous que dites-vous que-je suis ? On connaît la réponse de Pierre :" Tu es le Christ ".

C'est alors que Jésus, au grand scandale de Pierre, va annoncer sa mort et sarésurrection. Cette annonce il la répétera encore deux fois. Le fils de l'homme est venupour donner sa vie. On est donc loin du personnage extraordinaire qui guérit lesmalades et calme la tempête. Jésus a une autre mission qui est liée au regard qu'il portesur l'homme et sur le monde.

Les textes de ce dimanche sont importants car, à la veille de cette entrée dans le tempsdu carême et du temps pascal qui vont nous amener à revivre la mort et la résurrectiondu Christ, ils nous disent ce projet de Dieu sur le monde et sur l'homme.Quel est ce projet de Dieu ?
Concernant le monde, la réponse nous a été donnée par le prophète Isaïe : " Voici queje fais un monde nouveau. Il germe déjà. Ne le voyez-vous pas " ?
Concernant l'homme, c'est encore Isaïe qui nous parle : " Je pardonne tes révoltes àcause de moi-même et je ne veux plus me souvenir de tes péchés ".L'épisode de l'évangile d'aujourd'hui sur la guérison du paralytique est révélateur de cemonde nouveau que veut instaurer Jésus dans ses relations avec l'homme.Comme toujours, la foule attentive au sensationnel attend encore une fois un miracle.Or Jésus va surprendre tout le monde. Il commence par s'adresser à cet homme surson brancard et, au lieu de lui parler de guérison physique, il lui annonce quelque chosede nouveau : " Mon fils, tes péchés sont pardonnés ". Constatons que ce qui étaitannoncé par Isaïe se réalise aujourd'hui. Le germe dont il a parlé donne aujourd'hui dufruit. La foule s'attendait à tout autre chose et les scribes qui sont présents, tout prêts peut êtreà saisir l'occasion d'accuser Jésus et de le condamner vont dire la phrase essentiellequi révèle ce qu'est vraiment Jésus. " Qui donc peut pardonner les péchés sinon Dieuseul " ?
La réponse de Jésus se fera dans l'acte de guérison : " Qu'est-ce qui est le plus facile,de dire au paralysé, tes péchés sont pardonnés, ou bien de dire : " Lève-toi, prends tonbrancard et marche ? Eh bien pour que vous sachiez que le fils de l'homme a le pouvoirde remettre les péchés sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralytique, prends tonbrancard et rentre chez toi ". L'homme se leva et sortit. Tous étaient stupéfaits etrendaient gloire à Dieu. C'est bien ce qu'avait écrit le prophète Isaïe : " Ce peuple quej'ai formé pour moi, dit Dieu, redira ma louange ". On pourrait s'arrêter là et chanter alleluia.
Et pourtant le texte de l'évangile nous invite à aller encore plus loin.Avez-vous remarqué la façon dont Jésus s'adresse au paralytique ? Il ne lui dit passeulement : " Tes péchés sont pardonnés ", mais : " Mon fils, (en réalité mon enfant) tespéchés sont pardonnés ". Voilà donc quelque chose de nouveau. Comment Jésus peut-il dire à cet homme, mon fils, alors qu'il n'a aucun lien de parenté avec lui et qu'il ne le connaît pas ?La réponse est merveilleuse. Elle nous fait découvrir deux réalités : d'abord que Jésusest intimement lié à son père. C'est ce qu'il dira à Philippe : " Philippe qui m'a vu a vu lePère. Mon Père et moi nous sommes un ".
La deuxième réalité est que le regard que Dieu porte sur chaque être humain est d'abord un regard de père. Cet homme est pécheur au regard de la société qui l'entoure et le juge. Pour Jésus ce n'est pas cela l'essentiel. Jésus voit en lui l'image d'un fils et d'un fils de son Père. Certes cette imageest ternie. Eh bien Jésus va purifier cet homme et le faire redevenir une vraie image deDieu comme au premier jour de la création.
Chaque personne humaine est un être saint, un être sacré. C'est ce que nous a ditl'apôtre Paul dans ce fragment de sa lettre aux Corinthiens : " Celui qui nous rend solidespour le Christ, celui qui nous a consacrés, c'est Dieu ". Ainsi depuis la création del'homme, depuis surtout la mort et la résurrection du Christ, nous sommes des fils, desfils consacrés ; nous sommes des êtres qui portent en eux une présence sacrée, uneprésence divine, celle de l'Esprit Saint qui habite en nos coeurs.
Que dire encore sinon que face à ce langage de Jésus, nous ne pouvons que vivredans l'espérance et dans l'espérance d'une rencontre d'amour avec Dieu.Et c'est sur cet aspect de notre fin de vie que je voudrais conclure, en reprenantquelques lignes de la récente encyclique de Benoît XVI : " Sauvés dans l'espérance ".Dans la dernière partie de son encyclique Benoît XVI a tout un passage qui a pour titre :" Le jugement final du monde par Dieu est encore un lieu d'exercice de l'espérance "Benoît XVI commence par rappeler que si Dieu est justice et qu'il exerce la justice, onconstate aussi que dans sa justice il y a aussi la grâce. La grâce n'exclut pas la justice etne change pas le péché en excuse. Ce n'est pas une éponge qui efface tout. Il citealors saint Paul qui, dans sa première épître aux Corinthiens, dit que l'expériencechrétienne est basée sur un fondement commun : Jésus-Christ. Si nous sommesdemeurés fermes sur ce fondement et que nous avons construit sur lui notre vie, cefondement ne peut plus être enlevé même dans la mort. Paul dit ensuite : "Si sur cefondement on bâtit avec de l'or de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, dela paille, l'oeuvre de chacun sera mise en pleine lumière. Le jour du jugement c'est le feuqui permettra d'apprécier l'oeuvre de chacun. Si l'oeuvre bâtie sur le fondementsubsiste, l'ouvrier recevra sa récompense. Si son oeuvre est consumée il en subira laperte. Quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu ". En d'autres termes onpeut dire que l'essentiel de notre être, le fondement, c'est Jésus-Christ.

Sur la terre nous construisons notre vie avec des oeuvres bonnes. Ce sont : l'or, l'argent, les pierres précieuses dont parle l'apôtre Paul. Ce sont aussi des oeuvres mauvaises (le bois, le foin, la paille, dont parle Paul. Les théologiens, poursuit Benoît XVI, sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même juge et Sauveur. Tout ce qui a été édifié dans la vie en dehors du fondement qu'est Jésus-Christ est brûlé au feu de l'amour de Jésus. Les oeuvres bonnes demeureront, les oeuvres mauvaises disparaîtront, il ne restera de nous que le fondement, à savoir Jésus-Christ. Cette transformation sera certainement douloureuse, mais ce sera une heureuse souffrance carle saint pouvoir de l'amour de Jésus, après nous avoir pénétrés comme une flamme,nous permettra, à la fin, d'être totalement nous-mêmes et totalement reçus en Dieu. Il n'est pas interdit de voir dans ces mots la doctrine de l'Église sur le Purgatoire.

Et nous voici ramenés à l'évangile du jour. Le regard de Jésus sur cet homme est unregard de justice. En cet homme, Jésus reconnaît l'existence du péché. Il ne le nie pas.Mais son regard est en même temps un regard de grâce. " Mon fils, tes péchés sontpardonnés ". C'est la résurrection morale de cet homme qui physiquement aussi estressuscité puisqu'il va se lever de ce brancard qui était comme un tombeau.Ne peut-on penser qu'il en sera de même pour nous lorsque nous rencontrerons Dieuau jour du jugement ? A ce moment nous entendrons sans doute comme le paralytiquede l'évangile : " Mon enfant tes péchés sont pardonnés. Entre dans la joie de tonSeigneur ".

A la fin du livre de Bernanos " Journal d'un curé de Campagne ", le prêtre faisait cetteconstatation : ici-bas tout est grâce.
Dès ici-bas, ne nous faut-il pas vivre dans l'espérance qu'au jour du jugement il en serade même pour nous ? Là-haut, aussi, tout est grâce.

Jean Grelon