30 avril 2010

Homélie du 25 avril 2010-Les trois "conseils évangéliques"

Homélie du 4ème dimanche de Pâques - Année C
Connaissez-vous bien les trois conseils évangéliques ? Oui, sûrement, même si l’expression ne vous est pas familière … Pauvreté, Chasteté, Obéissance. Elles sont, (cela tombe bien aujourd’hui !) les trois conditions de la réussite d’une vocation …

Ce sont des conseils … évidemment, quand on demande des conseils dans la vie courante, c’est du genre : « tu me conseilles d’acheter une dacia ou une clio ? … une imprimante hp ou une epson ?… » et ce style de conseil est fait pour être suivi ou non. Quand il s’agit de conseils donnés par Jésus, on est censé les suivre, toujours !

On appelle ces conseils des conseils évangéliques : ils viennent de l’Evangile, et donc, ils s’adressent à tous ! A tous ??? oui, à tous : nous sommes tous appelés à la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. La question est de savoir comment, précisément

En tous les cas, éliminons la pire des choses : laisser les conseils évangéliques aux consacrés, aux religieux et aux prêtres, et puis se dire que tous les autres ne sont pas appelés à grand chose, mais que ça n’est pas grave ; la perfection, en matière de foi, serait réservé à ceux qui sont « à fond dedans (pardon pour l’expression) ». Il y a dans cette conception des choses une exaltation malsaine de la consécration religieuse et une forme de mépris pour les baptisés que je vous demande d’écarter avec fermeté. Dieu a confiance en nous, Il a déposé en nous une certaine noblesse (son Image et sa ressemblance), des capacités énormes, et ce serait faire injure à la créature et tout autant au Créateur que de croire que ces nobles choses sont réservées à un tout petit nombre …

Je pense beaucoup à la jeunesse, qui grandit dans un monde qui ne les encourage pas du tout à la pauvreté, à la chasteté et à l’obéissance, simplement parce que les faiseurs d’opinion ne vivent aucun des trois et voudraient bien que tout le monde soit comme eux, afin que leur vie leur paraisse normale et en ordre.

Moi je voudrais leur dire et je voudrais qu’on leur dise : oui, le Christ a formulé pour vous trois conseils dans l’Evangile, « soyez pauvres, soyez chastes, soyez obéissants ; non seulement vous en êtes capables, mais c’est ainsi que vous pourrez réaliser votre vocation ».

Qu’est-ce que la pauvreté ? En tous les cas, elle ne consiste pas à n’avoir rien sur son compte en banque ! La pauvreté consiste à ne pas être esclave de la richesse. « Heureux les pauvres de cœur », dit Jésus (Mt 5) ; « si vous accumulez des richesses, n’y mettez pas votre cœur », dit le psaume 61. Nous sommes tous appelés à la pauvreté de cœur

Qu’est-ce que la chasteté ? Elle ne se situe pas dans le corps, mais dans le cœur. La chasteté consiste à faire un choix d’amour définitif et à s’y tenir, à mettre de l’ordre dans l’amour par un choix : nous sommes tous appelés à la chasteté de cœur .

Qu’est-ce que l’obéissance ? Elle ne consiste pas à dire amen à tout sans réfléchir dans une négation de soi. Elle consiste à écouter les autres (obéir vient de ob audire, c’est-à-dire écouter en se mettant en position d’infériorité par rapport à celui que l’on écoute) et à se soumettre avec les autres ou par les autres à la vérité et au bien : nous sommes tous appelés à l’obéissance de cœur.
Beaucoup de problèmes viennent de la grossièreté des points de vue sur ces trois sujets.

Mais nous pouvons être plus précis, pour éclairer les différentes vocations : quelle est la différence entre la pauvreté d’un moine et celle d’un prêtre ? Et la différence avec la pauvreté vécue par tout chrétien ? Et pareillement pour la chasteté … l’obéissance … ?

Tout le monde le sait, les religieux font vœu de pauvreté, chasteté et obéissance … pour le religieux, être pauvre, chaste et obéissant est la route de sainteté, c’est dans les conseils évangéliques eux-mêmes qu’ils réalisent leur vocation. Lorsque l’un des trois conseils vient à ne pas être observés, c’est la vocation elle-même qui est atteinte, c’est le sens de sa vie qui vacille, non pas que les conseils évangéliques soient des buts en eux-mêmes, mais c’est le lieu dans lequel la vocation s’épanouit …

Tandis que pour le prêtre diocésain, par exemple, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance ne sont que des moyens, des conditions indispensables certes, mais la vocation se trouve ailleurs : la vocation des prêtres diocésains c’est de prendre soin des autres, c’est de prendre soin de la vocation des autres (d’où la lecture de l’Evangile du Bon Pasteur).

C’est pour cela que les prêtres diocésains ne font pas de vœux : faire des vœux, ce serait dire : ce qui compte, c’est que je sois pauvre chaste et obéissant, alors qu’en réalité, par son absence de vœux, le prêtre dit : « bien sûr, je m’engage à la suite du Christ, donc je décide d’être pauvre, chaste et obéissant, mais ma vie consiste à me servir de ces trois armes pour faire mon vrai travail : prendre soin des âmes.

La vocation des prêtres ne s’explique pas par eux-mêmes, elle s’explique par les autres. Pas de berger sans brebis, par de père sans fils, c’est la raison pour laquelle on rapporte que St Augustin disait (et le mot important est « pour ») : « avec vous, je suis chrétien, pour vous, je suis évêque »

Dans la vie de tous les jours, il n’y a guère de différence, dans la façon de vivre les conseils évangéliques « du prêtre au moine » : cela revient à des actes ou des absences d’actes identiques. Mais il s’agit avant tout de réaliser sa vocation. La chasteté se traduit pour les prêtres et les religieux par la continence, qui quant à elle, c’est vrai est une attitude du corps

Quant aux fidèles laïcs, leur pauvreté consistera à mettre leurs richesse au service de leurs familles ou au service des autres. Leur chasteté consistera à être fidèles à leurs engagements et à faire en sorte que l’amour soit vécu noblement. Leur obéissance consistera –comme dirait saint Paul- « à estimer les autres supérieurs à eux-mêmes » et à se soumettre les uns aux autres.

Je crois vraiment que si nous agissons ainsi, chacun selon notre grâce propre, nous nous comporterons comme ces fragiles lumières qui ornent le coin-prière, qu’on ne remarque pas forcément en entrant dans l’église, mais qui représentent la permanence de la confiance en Dieu, de la part de ceux qui sont si petits, en eux-mêmes, qu’ils tiennent sans problème dans la main du Père, « et personne ne les arrachera de la main du Père », amen

P. Emmanuel d'Andigné

24 avril 2010

Homélie du 18 avril 2010-nous sommes prophètes de la joie

Homélie du 3ème dimanche de Pâques-année C

En ce qui concerne le temps qu’il fera demain, je suis bien obligé de faire confiance à Météo France … Mais il y a deux autres « météo » que l’on trouve pas à la radio ou à la télévision : la « météo » liturgique et la « météo » intérieure en chacun de nous. Ne laissez pas des personnes étrangères et hostiles à l’Eglise décider de la météo liturgique ou de votre forme spirituelle ! Tout au plus, munissez-vous des armes minimum pour tenir une conversation à quelqu’un qui attend que la télévision lui dise ce qui est important et ce qui ne l’est pas (un feuillet au fond de l’église vous attend concernant les récentes affaires). Je vais donc me concentrer sur la liturgie et sur la vie spirituelle.


La météorologie liturgique nous indique aujourd’hui dans l’immédiat beaucoup de joie, dans quelques jours comme un fort coup de vent la venue de l’Esprit-Saint et dans un délai plus lointain, le retour du Christ, auquel nous préparons par une vie qui ressemble à la sienne.

Je commence donc par la grande joie sur toute l’Eglise : il est vraiment ressuscité ! Voici ce que dit l’oraison du début de la messe « garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse » ; la prière sur les offrandes, quant à elle déclare : « accueille, Seigneur, les dons de ton Eglise en fête : tu es à l’origine d’un si grand bonheur, qu’il s’épanouisse en joie éternelle » ; la préface, enfin, se termine durant tout le temps pascal : « c’est pourquoi, le peuple des baptisés, rayonnant de la joie pascale, exulte par toute la terre… »

Nous sommes les prophètes de la joie, nous sommes les ambassadeurs de la joie, parce que cette joie n’habite pas tous les cœurs et tant qu’elle n’habitera pas tous les cœurs, nous n’aurons pas d’autre mission que de la répandre.

Prenez l’exemple du facteur, à la campagne : il est fréquent qu’un chien hurle quand il arrive, mais il continue, pourtant de distribuer le courrier. Notre mission consiste à comprendre qu’il est vital pour l’homme de savoir si oui ou non il y a une vie après la mort, de même qu’il est vital pour le facteur de faire son travail qui lui fait gagner sa vie : nous sommes les messagers de la joie !

Il me semble que cette joie procède d’un événement d’une part, et d’un personne d’autre part. L’événement c’est la résurrection, qui annonce la nôtre ; la personne, c’est Jésus, car je crois que seule une personne peut faire la joie d’une autre personne. Notre cœur ne peut pas être rempli par une idée, même catholique et romaine (et Dieu sait si je cherche à l’être, catholique et romain) : n’est-ce pas ce qui se passe lors de la communion ? Nous recevons une personne en nous, qui est la cause la plus profonde de notre joie.

On trouve dans un poème de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la sainte Face ces deux aspects : la prise de conscience de l’injustice infligée à ceux qui ne connaissent pas la joie -d’où le désir de faire connaître cette joie (elle est la patronne des missions), et le fait que seul Jésus nous donne une joie vraiment durable.

"Il est des âmes sur la Terre
Qui cherchent en vain le bonheur .
Mais pour moi , c'est tout le contraire ,
La joie se trouve dans mon coeur .
Cette joie n'est pas éphémère ,
Je la possède sans retour .
Comme une rose printanière
Elle me sourit chaque jour. (...)
Ma joie, c’est la Volonté Sainte
De Jésus mon unique amour
Ainsi je vis sans nulle crainte
J’aime autant la nuit que le jour. (...)
L’amour, ce feu de la Patrie
Ne cesse de me consumer
Que me font la mort ou la vie ?
Jésus, ma joie, c’est de t’aimer !"

Mais évidemment, la joie ne s’installe pas dans un cœur sans l’action de l’Esprit Saint, sans la venue en nous de Dieu par l’Esprit Saint. La fin de la deuxième lecture, à ce sujet, nous fait, je crois beaucoup de bien : « L’Esprit, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent ».

De nos jours, peut-être aurions-nous tendance à dire plutôt : « l’Esprit, que Dieu a donné à ceux qui ont prié très fort pour l’avoir » … vous ne croyez pas ?

Cela veut dire que, d’une manière habituelle, car il est déjà arrivé que Dieu force les barrages de certains cœurs, l’Esprit Saint ne descend pas dans un cœur désobéissant …

Or nous savons que « Jésus, bien qu’il soit le Fils, a appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion » (Saint Pierre). Cela signifie donc que nous apprendrons l’obéissance par nos souffrances, dans la mesure où celles-ci seront « habitées » par le Christ. Habités par le Christ, obéissants au Père, nous pourrons alors recevoir l’Esprit en plénitude, dans une véritable « Pentecôte personnelle », à l’occasion de la Pentecôte ou à tout autre occasion.

Et comme l’Esprit Saint dépasse les limites de nos cœurs, alors il débordera et pourra se déverser dans le monde. Amen, alleluia !

P. Emmanuel d'Andigné

13 avril 2010

Homélie du 11 avril 2010 (Divine miséricorde)-richesse insondable de la miséricorde divine

Homélie du 2ème dimanche de Pâques - Année C
Lorsque Jean-Paul II a désigné officiellement le 2ème dimanche de Pâques comme celui « de la miséricorde », il honorait une demande faite par le Christ à Soeur Faustine : « Je désire que le premier dimanche après Pâques soit le dimanche de la miséricorde"

Mais à vrai dire, il honorait surtout et d’abord un des accents de la liturgie, lié à l’Evangile de ce jour (j’y reviendrai), puisque dans la prière d’ouverture, ou collecte, il est fait explicitement mention de la miséricorde « Dieu de miséricorde infinie … »

Autrement dit, il appuie sur le mystère de la miséricorde et nous donne en même temps l’adresse d’un professeur de miséricorde, qu’on n’est pas obligé de consulter ! Le professeur principal, c’est le Christ lui-même, écouté dans sa parole, mais il se peut qu’on souhaite avoir des cours particuliers et sœur Faustine est sans doute un excellent professeur : elle a compté parmi ses élèves un certain Karol Wojtila …

Pour suivre l’exemple de Jean-Paul II, je voudrais commencer par un regard liturgique sur ce dimanche de la miséricorde, ce qui va me conduire à considérer la chose du point de vue de l’homme. Dans un second temps, je souhaite me plonger dans l’Ecriture, ce qui va me conduire à considérer la chose du point de vue de Dieu.

Tout d’abord, très simplement : ce que vient faire la miséricorde au 2ème dimanche de Pâques …
Les huit jours qui suivent Pâques sont appelés « octave de Pâques » ; le principe est simple : chaque jour, c’est Pâques, de sorte que par exemple, le bréviaire pour les prêtres et diacres est presque identique tous les jours, on chante le gloria pendant la messe, et autre exemple, je n’ai pas fait pénitence vendredi ! Vous non plus j’espère …

Mais justement, célébrer la Pâque un vendredi, c’est contempler la miséricorde ! La miséricorde, en effet, est l’ensemble des moyens que Dieu déploie pour se pencher sur l’homme, l’accompagner dans ses souffrances, lui prodiguer son pardon, lui donner la résurrection et la vie éternelle. C’est l’ensemble de ce que Dieu fait pour nous, tandis que nous, nous ne faisons pas grand’ chose pour lui …

La lutte violente que le Christ a menée le jour de sa Passion et de sa mort : les larmes du Christ, le sang du Christ, la visite du Christ au séjour des morts qu’on appelle « les enfers », la victoire de Pâques sur la mort et le péché : voilà la miséricorde ! Voilà l’octave de Pâques, qui se termine aujourd’hui, où l’on embrasse d’un même regard tout ce que Dieu fait pour nous parce qu’il nous aime.

Liturgie encore : après le Notre Père, on récite cette magnifique prière que l’on appelle l’embolisme. «Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps, par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves »

Tout le mystère de Pâques est une œuvre de miséricorde et il concerne toute la condition humaine, embrassant d’un même élan souffrance et péché … Voilà pour ce qui est de notre point de vue à nous.

Mais il est beau de voir la miséricorde aussi du point de vue de Dieu. Il s’est exprimé en Hébreu et en Grec, il sera donc profitable de regarder quels mots furent utilisés à ces différentes époques.

Lorsque l’on ouvre l’Ecriture, on constate quelque chose d’étonnant, que vous allez percevoir tout de suite. Psaume 88 : « je chanterai les miséricordes de Dieu ». Ou alors, Jérémie, dans les lamentations (3, 22) : « les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, ses miséricordes ne sont pas finies » ; dans les deux cas, il s’agit d’un pluriel ! Le mot que l’on traduit par miséricorde désigne en hébreu les entrailles et plus précisément les entrailles d’une mère. Ceci nous révèle que dans le cœur de Dieu, il y a quelque chose d’analogue à cette immédiateté et cet empressement maternels qui parfois agace les enfants ou les adolescents, ce lien charnel qui veut prendre soin de l’enfant d’une manière trop tendre et trop attentive … Il y a d’une certaine manière une impatience de Dieu que le fruit de ses entrailles( l’humanité toute entière) soit relevé, soigné, guéri, soutenu, changé. En hébreu, miséricorde se dit donc au pluriel, surtout.

En grec, dans l’Evangile, dans un autre passage que celui-ci, saint Mathieu et saint Marc traduisent mot à mot l’hébreu d’une façon peu élégante, ils disent de Jésus, je cite (Marc 6) : « En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. »

Ce que nous entendons sous la forme « il fut saisi de pitié » en français est un euphémisme pour dire : « Il fut pris jusque dans ses entrailles (esplanknistè) » ; « Plankna » désigne en grec les entrailles de la mère …

Ancien et Nouveau Testament utilisent donc la même image pour rendre la chaleur et la force de l’amour de Dieu lorsqu’il se dépose sur l’humanité …

Le latin, lui, comme le français, son fils se contente de juxtaposer deux termes, l’un désignant la misère et l’autre le cœur (cor, cordis en latin). Le cœur de Dieu se dépose sur la misère de l’homme.

Il faut bien, vous le voyez, que nous trouvions des mots pour approcher le mystère de la réalité de l’amour de Dieu pour nous ! Et j’en viens à l’Evangile d’aujourd’hui, qui illustre l’effet de la miséricorde sur nous. Par deux fois Jésus dit « la paix soit avec vous » : il y a un lien très fort entre la paix et la miséricorde. Juste après cette salutation, Jésus évoque la question des péchés, car ceux-ci sèment le trouble en l’homme, qui retrouve la paix avec le pardon, événement de miséricorde.

Dans la formule d’absolution, le prêtre ne dit-il pas : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde : par la mort et la résurrection de son Fils (mystère de Pâques), il a réconcilié le monde avec lui, et il a envoyé l’Esprit saint (mystère de la pentecôte) pour la rémission des péchés ; par le ministère de l’Eglise qu’il vous donne le pardon et la paix ». La miséricorde de Dieu, qu’elle se dépose sur la souffrance ou sur le péché, donne la paix, c’est la source de la paix. « Jésus a fait la paix par le sang de sa croix », il est l’Agneau de Dieu à qui nous dire « donne-nous la paix ! ».

Mais tout le monde n’a pas un besoin vital de réconfort et de pardon. Je pense par exemple, à des jeunes privilégiés qui par ennui se perdent dans l’alcool ou qui tout simplement ont un itinéraire qui leur donne peut-être l’illusion qu’il n’ont pas besoin de miséricorde ou qu’ils ne sont pas l’objet de la miséricorde. Voilà pourquoi, pour terminer, je vous propose d’entendre un autre professeur de miséricorde, s’il en est, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face :

« Je suppose que le fils d'un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d'aimer son père! Mais je vais encore faire une autre supposition. - Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s'empresse d'aller devant lui et la retire (sans être vu de personne). Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l'aimera moins que s'il eût été guéri par lui... mais s'il vient à connaître le danger auquel il vient d'échapper, ne l'aimera-t-il pas davantage? Eh bien, c'est moi qui suis cette enfant, objet de l'amour prévoyant d'un Père qui n'a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs."Mt 9,13 Il veut que je l'aime parce qu'il m'a remis, non pas beaucoup, mais tout. Lc 7,47 Il n'a pas attendu que je l'aime beaucoup comme Ste Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment il m'avait aimée d'un amour d'ineffable prévoyance, afin que maintenant je l'aime à la folie!... (manuscrit A, folio 39) »

J’invite les jeunes de la paroisse à faire cet itinéraire de découverte de la miséricorde qui les entoure, puisse Dieu leur faire la grâce d’aimer Dieu à la folie, à leur tour !

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 04 avril 2010(Pâques)-l'Esprit et la communauté

Homélie du jour de Pâques - Année C

Hier soir, je proposais à Claire et Nicolas un « programme de vie spirituelle » et à vrai dire, c’est un programme qui est valable pour nous tous : je voudrais le résumer ce matin, et y a jouter deux éléments.


Ceux qui étaient là hier soir, pendant le résumé : vous pouvez dormir pour récupérer votre petite nuit ou alors, vous pouvez prier l’Esprit Saint afin qu’il éclaire le cœur de tous les fidèles ici réunis et de vous éclairer vous-mêmes, à tel ou tel moment de la Liturgie, pour vous faire faire aujourd’hui un progrès spirituel …

Résumé de l’épisode précédent : « Imitation, mort et résurrection ». Il s’agit d’imiter Jésus et donc d’apprendre à connaître l’Evangile et à l’interroger aussi souvent que nous avons besoin. « Mourir avec Jésus » consiste à faire mourir le péché, faire mourir en nous ce qui ne peut que mourir et que nous n’emporterons pas au Ciel. « Ressusciter avec Jésus » revient à être déjà un peu au Ciel, s’habituer au Ciel, parler du Ciel, puisque c’est la destinée de tous les hommes, être éternellement bien dans les bras de Dieu, comme Zoé est bien dans les bras de sa mère en ce moment-même.

J’ajoute simplement deux éléments, et nous aurons tout le temps d’en contempler d’autres durant le temps pascal : il s’agit de l’Esprit Saint et de la communauté

L’Esprit Saint. Sans lui, l’imitation est impossible. On l’a surnommé « l’âme de notre âme », il se loge avec discrétion au plus profond de nous-mêmes, et insensiblement, il nous meut pour nous indiquer ce qui est vrai, faux, bon, mauvais. Surtout, il donne la force, la grâce, don gratuit que Dieu fait de lui-même, car c’est bien beau de dire à l’homme de faire le bien et d’éviter le mal, mais si nous n’en recevons pas la force, alors c’est inhumain ! C’est lui qui nous aide à mourir au péché, c’est lui qui nous habitue au Ciel en installant (pardonnez l’image) toutes les prises qui nous permettront d’être branchés sur la source éternelle de vie.

Zoé signifie « la vivante » ; nous installons aujourd’hui les prises de la vie éternelle. Je rappelais hier à Nicolas et Claire leur vocation à la sainteté ; eh bien, il existe deux sainte Zoé, martyres au 2ème et au 3ème siècle. Zoé, la nôtre si je puis dire, est faite elle aussi pour la sainteté, qui n’est rien d’autre que l’épanouissement du baptême.

Les saints d’une même époque se côtoyaient, se connaissaient, se fréquentaient (je pense par exemple à Jean-Paul II, Mère Teresa, Frère Roger (…). Comme dit le célèbre proverbe latin « Asinus asinum fricat » (« qui se ressemble s’assemble ») : nous avons besoin d’une communauté !

Les cinquante jours que nous allons vivre maintenant seront accompagnés, régulièrement, de la lecture des Actes des Apôtres : on y voit une communauté simple, joyeuse, attentive aux pauvres, rien de tout cela n’est possible tout seul. Il n’est pas bon que le chrétien soit seul, il n’est pas bon que le jeune chrétien soit seul, il n’est pas bon que le paroissien soit seul …

Souvent, on aime que les gens soient dans des tiroirs : les pratiquants et les non-pratiquants et du coup, de gens se disent « moi, je ne suis pas pratiquant ». Ils se disent sans doute « aller à la messe tous les dimanches » est une perspective lourde, une entrée dans un nouveau tiroir, qui paraît comporter un effort surhumain. Voici ce que je vous propose : dites-vous simplement aujourd’hui « dimanche prochain je vais à la messe » ; ainsi, chaque dimanche, dites-vous tranquillement la même chose et cela ne vous paraîtra pas lourd du tout !

Dans une communauté, les forts soutiennent les faibles, et ensuite, lorsque les choses se sont inversés, ceux qui se sont raffermis soutiennent à leur tour ceux qui sont las.

Rendons grâce à Dieu pour la troisième sainte Zoé en préparation, et soyons pour elles et pour les siens une communauté simple, joyeuse et attentive !

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 03 avril 2010 (vigile de Pâques)-Imitation, mort et résurrection

Homélie de La nuit de Pâques 2010 - année C

Claire, Nicolas, vous n’êtes pas les premiers à porter ces noms … il y a une trentaine de Saints et bienheureux qui portent le nom de Nicolas, il y a une huitaine de saintes qui portent le nom de Claire !

Mais bien sûr, pour ce qui est de saint Nicolas, on pense surtout à l’Evêque du IVème siècle (qui a participé à la rédaction du Credo de Nicée !!!) dont l’une des caractéristiques était la bonté : c’est toujours agréable, les gens bons, ça n’est pas si facile que ça d’être bon …

Et bien sûr, on pense à Ste Claire, la sœur, du moins en religion, de st François d’Assise, dont l’une des caractéristiques principales fut de comprendre que le bien le plus précieux était Dieu, plus précieux que la richesse et la noblesse dans laquelle elle était née.

Claire, Nicolas, vous êtes faits vous aussi pour la sainteté ! Je suis sûr que vous avez, l’un et l’autre quelque chose, quelque chose que d’autres ont, mais c’est un peu plus fort en vous, vous avez une personnalité, avec des défauts et des qualités, et au fond, un saint, c’est celui sait donner le meilleur de lui-même, en développant ce qu’il y a de bon en lui.

Le baptême, c’est l’inauguration de la sainteté : vous n’êtes pas faits pour la médiocrité !!!

Or, il se trouve que tous les saints, sans exception, ont au moins vécu trois choses, et c’est le programme spirituel que je vous propose, pour votre vie entière, quel que soit votre métier, quel que soit votre avenir ; pour devenir saint, il faut imitation, mort et résurrection, je m’explique.

1) Imitation… de Jésus, bien sûr ! On vous a offert un évangile lors de la deuxième étape, c’est pour que vous puissiez imiter Jésus, et à chaque fois que vous vous posez la question de ce qu’il faut faire, la réponse se trouve dans l’Evangile (pas forcément directement … Jésus n’a rien dit, évidemment, sur la dissuasion nucléaire ou sur le dopage des sportifs de haut niveau !).

« il nous a montré le chemin, pour que nous allions sur ses traces » disait saint Pierre. Mais justement, imiter Jésus, c’est l’accompagner dans sa mort et sa résurrection, qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien que nous devons faire mourir le péché, le faire mourir en nous, faire le ménage … intérieur !

De même que la douche fait partir les peaux mortes, le geste du baptême a pour vocation de faire mourir ce qui ne peut que mourir et doit mourir, intérieurement. Profitez de ce que vous êtes jeunes pour déraciner les mauvaises plantes qui naissent très tôt (vous connaissez l’histoire du baobab du Petit Prince de Saint-Exupéry !).

On fait mourir le péché, habituellement, par la prière, le jeûne et le partage (lmes trois armes du carême), et quand on chute, le sacrement du pardon brûle le péché.

Accompagner Jésus dans sa résurrection, enfin, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire vivre dans la joie (pas le plaisir ou la jouissance), la joie pure et simple, que l’on prépare par le carême ; cela veut dire être déjà un peu au ciel (tandis qu’on a les pieds sur la terre ajouterait St Jean-Marie Vianney) ; c’est préparer le ciel, avoir toujours des actes et des pensées dignes du ciel ; « Vous qui êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut », disait Saint Paul aux Colossiens (3,1) ; c’est s’habituer au ciel, c’est parler du ciel à ceux qui ont le nez tourné vers la terre, c’est répandre l’annonce de la résurrection de Jésus. Pâques n’a plus le même sens depuis Jésus …

Je termine par deux petites choses : merci, Claire et Nicolas, de renouveler en nous la grâce du baptême ! Pour votre voyage dans la vie, dans vos bagages, si je puis dire, emportez la Vierge Marie, mieux que personne elle a imité celui qui, tout petit l’a imitée aussi, l’élève a surpassé le maître : je ne connais pas de saints qui ne l’aient vénérée …avec elle, je vous souhaite une belle vie, amen

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 2 avril 2010-Notre prière se fait universelle

Homélie du VENDREDI–SAINT – ANNEE C


« Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, semblable au lépreux dont on se détourne… maltraité, il n’ouvre pas la bouche… comme un agneau conduit à l’abattoir… Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. »

Ces lignes ont été écrites de nombreux siècles avant que Jésus ne prenne corps dans notre humanité. Le prophète Isaïe décrit ce juste, ce serviteur souffrant dont les traits s’appliquent si précisément au Christ. « C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est par nos péchés qu’il a été broyé. »

Qui peut imaginer la grandeur de la souffrance de Jésus ? Il n’y a pas de mots pour exprimer l’immensité de la douleur, tant physique que morale, du Fils de Dieu.

Qui peut comprendre la grandeur de l’amour qui mène à donner sa vie dans d’épouvantables tortures pour les pécheurs que nous sommes ? Nous sommes là devant un insondable mystère !

L’Eglise nous invite aussi aujourd’hui à méditer sur la part immense que Marie, la mère de Jésus, a prise à l’horrible souffrance de son Fils. Qui peut imaginer ce que la Mère toute pure a enduré au milieu de cette foule haineuse et déchaînée ?

Marie reste totalement silencieuse, sans doute soutenue par des grâces exceptionnelles. Elle est debout près de la croix, acceptant l’ultime détachement lorsque Jésus, lui présentant l’apôtre Jean, lui dit : « Femme, voici ton Fils » et que, s’adressant au disciple, il ajoute : « Voici ta mère. »

« Parce qu’il a connu la souffrance – dit encore Isaïe – le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.

C’est pour ces multitudes que nous allons prier plus particulièrement par la Prière Universelle de ce Vendredi-Saint, confiant à Dieu les grandes intentions de l’Eglise, cette Eglise si attaquée de mille manières, par les persécutions déclarées en divers pays, par les malveillances incessantes en parole ou en acte.

Au premier rang de ces victimes du dénigrement, nous prierons pour le Pape Benoît XVI, que l’on tente d’opposer à son prédécesseur Jean-Paul II, décédé il y a 5 ans aujourd’hui très exactement. L’un et l’autre pourtant sont fidèles à la même ligne, celle du Concile Vatican II. Tenter d’affaiblir l’autorité morale du Pape, c’est chercher à se donner bonne conscience lorsqu’on n’écoute pas sa parole.

Nous prierons pour les évêques, les prêtres et les diacres, qui sont la cible de multiples attaques, au besoin en exhumant des méfaits remontant à plusieurs décennies et en généralisant les torts et les insuffisances de certains.

Autre belle intention de prière à souligner : Des jeunes scolaires et des adultes se préparent à recevoir le baptême au cours de la Veillée Pascale ou dans les jours prochains. C’est une joie pour toute la communauté qui voit grandir cette Eglise et qui est heureuse de soutenir ces catéchumènes.

En ce jour où la Croix est exposée et vénérée, l’Eglise se penche sur toutes les souffrances innombrables, celles des malades en premier lieu, puis celles des victimes des catastrophes, des guerres, des épidémies, de la famine, de la faim, du chômage, de la persécution et de la haine, les croix très lourdes à porter, les croix plus légères des épreuves de chaque jour.

Sous le poids de tant de peines ou de détresses, l’Eglise nous presse de partager les sentiments exprimés dans la lettre aux Hébreux : « Avançons donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce.»

Et laissons-nous réconforter par ces mots du Psaume :

« Moi, je suis sûr de Toi Seigneur… Délivre-moi des mains hostiles qui s’acharnent. »
« Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur. »
« O Croix, tu nous sauveras ! »
Amen
Père Jean Rouillard

Homélie du Jeudi saint 2010- 1er avril- de la table à l'autel

Homélie du Jeudi saint 2010, année C

Chaque année pour le jeudi saint, dans la paroisse, nous faisons le « lavement des pieds », belle coutume liturgique qui nous rappelle que nous sommes faits pour servir et non pour être servis …

Dès l’année prochaine nous reprendrons cette bonne habitude, mais en cette année, sacerdotale, je voudrais me concentrer sur l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, au moyen de l’économie du lavement des pieds.
Comment vais-je m’y prendre ? Je voudrais vous faire profiter d’une conversation que j’ai eue avec quelqu’un il y a quelques jours et qui me posait la question suivante : pourquoi ne pas installer de table dans l’église, comme ça s’est fait il y a quelques années ? Merci ! Cette excellente question va nous permettre d’approfondir le sens de l’Eucharistie
A cette question que vous posez, les évêques répondent : « Dresser une table dans la nef et ne pas célébrer sur l’autel consacré serait porter atteinte au symbolisme de l’autel (Calendrier liturgique officiel des 12 diocèse de l’Ouest de la France) »
Pourquoi nos évêques réagissent-ils ainsi ? Je voudrais répondre en trois temps :
1) il y a eu ces derniers temps beaucoup de recherches liturgiques, et c’est certainement une bonne chose que de ne pas laisser la poussière s’installer sur nos rites et sur nos cœurs surtout … il ne s’agit donc pas du tout, jamais, de discréditer ceux qui ont eut cette pratique ou qui l’ont encore, mais simplement de savoir, de comprendre, et de toujours mieux faire.
2) Il est dans la nature de la liturgie que d’évaluer, avec un peu de retard, si une pratique qui naît spontanément tient ou ne tient pas la route, avec le discernement des évêques et du Pape. Il est donc légitime que de semblables « expériences » se produisent à toutes les époques.

3) mais surtout, notons que, au temps de Jésus, il y avait des tables et des autels. Les autels permettaient d’offrir des sacrifices d’animaux pour se concilier le pardon et la bienveillance de Dieu. Les tables, quand à elles, ne servaient qu’à manger, et, chaque vendredi, faire mémoire des merveilles de Dieu (notons que l’ancêtre de notre bénédicité est une bénédiction prononcée par le chef de famille, le « kiddouch » et dont la fonction est de ne pas oublier ce que Dieu fit pour son Peuple)

Le premier « Jeudi saint », Jésus prononce la bénédiction, comme à son habitude, et il dit « ceci est mon corps … ceci est mon sang » : en disant cela, IL TRANSFORME LA TABLE EN AUTEL ; SI NOUS TRANSFORMONS L’AUTEL EN TABLE, nous faisons un RETOUR EN ARRIERE …

Nous ne pouvons plus célébrer la messe sur une table : Jésus a fait du jeudi saint et du vendredi saint deux facettes d’un seul mystère, la messe rend présent le sacrifice de Jésus sur la croix. La messe a toutes les allures d’un repas, avec son pain, son vin, sa joie, et pourtant elle rend présent le sacrifice du vendredi (ceci est mon corps livré, ceci mon sang versé). Tout ceci nous indique que la religion est une question de vie ou de mort, et non une affaire de convivialité.

De nos jours (cela s’explique bien par l’histoire), le sacrifice est mal vu, le confort est devenu un dieu, et nous voudrions peut-être que notre Dieu soit lui aussi confortable …

La messe nous fait revivre en une heure les trois jours saints, renouvellement non sanglant du sacrifice de Jésus sur la croix et mise en présence du Ressuscité.

Dans la célébration de l’Eucharistie, il faut de l’équilibre en toute chose : le sacrifice rédempteur, du beau, de l’attention fraternelle, de la joie, de l’enseignement aussi

A propos d’enseignement, j’attire votre attention sur un détail du rite du kiddouch, bénédiction prononcée sur une coupe de vin au moment de l’entrée en shabbat : cette coupe, en principe, doit être remplie à raz bord, et même déborder un peu, il y a toujours une coupelle sous la coupe, qui permet de récolter le vin qui est en trop. De ce détail je voudrais tirer un enseignement très simple : lorsque Dieu nous fait un don, il en donne toujours un peu trop, il ne sait pas donner simplement assez, de façon à ce que nous puissions partager le trésor avec d’autres. Notre grand trésor, c’est la messe, de la connaissance de Jésus, qui nous sauve du péché et de la mort. Ne le gardons pas pour nous, faisons déborder tout ce que nous recevons sur nos proches, dans l’évangélisation.

P. Emmanuel d’Andigné

Homélie du 28 mars 2010- de Charybde en Scylla

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION – ANNEE C



Quand Jésus arrivait à la descente du Mont des Oliviers - nous disait Saint Luc – toute la foule remplie de joie se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : « Béni soit Celui qui vient, Lui notre Roi, au nom du Seigneur. »

Peu après ces acclamations joyeuses, c’est le retournement de beaucoup, puis l’horreur. L’indifférence, l’abandon, les insultes, la haine se succèdent.

Pierre déclare son attachement indéfectible, puis renie par trois fois. Judas, l’un des douze, va jusqu’à la trahison programmée. Les chefs des prêtres et les scribes mènent Jésus chez Pilate en l’accusant ; Pilate ne trouve aucun motif de condamnation, mais se débarrasse d’un cas difficile en renvoyant Jésus devant Hérode, qui le traite avec mépris et se moque de lui. Puis la foule déchaînée préfère libérer Barabbas plutôt que Jésus : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Les paroles d’Isaïe choisies pour cette messe conviennent bien : « Je ne suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé ! » C’est le serviteur souffrant. Jésus accomplit la volonté de son Père. Et les mots de Saint Paul aux Philippiens donnent le sens de cet abaissement : « Le Christ Jésus, l’égal de Dieu, se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur… Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. » Jésus a éprouvé le sentiment de l’abandon : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Mais ses derniers mots sur la croix sont un cri de confiance : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
C’était il y a vingt siècles. Une telle barbarie semble d’un autre temps ! Et pourtant nous savons ce qu’a produit le siècle dernier dans le domaine de l’horreur !
Qu’en est-il encore aujourd’hui dans des régions ignorées ? De semblables crimes ne seront-ils pas révélés plus tard ?
C’est par amour pour nous, pour nous sauver, que le Christ a souffert jusqu’à l’extrême. Seul l’amour à l’égard de Dieu et du prochain peut sauver notre monde.
Seigneur Jésus, viens au secours de ton peuple !
Amen

Père Jean Rouillard

02 avril 2010

Pédophilie-la vérité et les fantasmes

Lutter contre la pédophilie ?
Quelques mises au point …
Que fait l’Eglise ?

Depuis toujours, et même à une époque ou personne d’autre ne le faisait (on pense à Mai 68), l’Eglise condamne toutes les contrefaçons de l’amour, qu’elles concerne les adultes ou les enfants. Celles qui touchent les mineurs sont bien sûr beaucoup plus graves (delicta graviora). Le Pape Benoît XVI, qui, à la vérité, lutte contre ce fléau depuis plus de 20 ans, a écrit récemment une lettre aux catholiques Irlandais, car ce pays a été très secoué par de nombreux cas, on peut la trouver sur vatican.va. Il déclare notamment : « Comme vous, j'ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l'abus d'enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l'Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels »

Les évêques de France viennent de publier sur ce sujet au moins deux textes très courts et très beaux, que vous pouvez consulter sur cef.fr

Les mêmes évêques de France avaient publié en 2002, dans l’indifférence médiatique générale, un manuel intitulé « lutter contre la pédophilie », distribué largement à tous les responsables de jeunes. Mgr Vingt-trois, à Lourdes en Mars dernier, déclarait : « Nous sommes confrontés à un problème qui concerne toute notre société, et pas seulement l’Église. Nous aurions été intéressés de voir d’autres institutions faire un travail équivalent au nôtre. »
Y a-t-il un rapport entre pédophilie et célibat des prêtres ?
Quelques chiffres

96% des actes pédophiles sont commis dans le cadre familial …

4%, donc, en dehors de ce cadre ; à l’intérieur de cette minorité, on compte toutes les professions en contact avec la jeunesse, l’Eglise représentant une toute petite minorité dans la minorité.
Il y a 400 000 prêtres dans le monde. 3000 dépôts de plaintes sont actuellement en cours un peu partout, ce qui signifie que 0,75 % des prêtres sont actuellement sur la sellette (ce qui veut dire aussi que 99,25 % d’entre eux ne sont pas concernés par ces affaires). Notons que ces dépôts de plaintes concernent des situations qui remontent pour les plus anciennes (aux Etats Unis) en 1937 ! Nous soldons le passé, …. serons-nous les seuls à le faire ?

A l’heure actuelle, depuis 10 ans, 250 prêtres dans le monde ont fait l’objet d’une condamnation dans ce domaine, soient 0,0625 % d’entre eux, ce qui veut dire que 99,9375% ne sont pas concernés par ces affaires).

Bien entendu, ces chiffres ne changent rien sur le péché grave que cela représente, et ce sont 3000 cas en cours de trop, 250 condamnations effectives de trop.

Le saviez-vous ? 15% des cas de pédophilie concernent les femmes.
Deux questions : ces chiffres correspondent-ils au traitement de l’information par les médias ? N’y a-t-il donc que des prêtres catholiques touchés par la pédophilie ?

Il n’y a pas de prêtres pédophiles, il y a des pédophiles qui deviennent prêtres : c’est très différent ! En effet, la plupart de ceux que l’on appelle un peu trop rapidement les « pédophiles » (voir plus bas la précision de vocabulaire) souffrent d’un névrose grave qui n’est pas produite par le célibat (puisque les pédophiles célibataires sont ultra-minoritaires) ni régulée par le mariage (puisque la grande majorité des pédophiles sont mariés) ; en réalité, le vrai problème qui se pose à l’Eglise Catholique aujourd’hui est de faire en sorte que ladite névrose soit détectée suffisamment tôt pour que la personne malade n’accède pas aux ordres sacrés, d’une part, et suive une thérapie adaptée d’autre part.

Il y a beaucoup de joie à vivre le célibat sacerdotal, de même qu’il y a beaucoup de joie à vivre dans le mariage, pourvu que l’un et l’autre soient vécus avec amour et dans le don de soi ! La pédophilie n’a rien à voir avec le célibat, rien du tout, c’est manifeste !
Attention aux anachronismes ! On traite avec le style du XXIème siècle des affaires qui se sont produites à des époques où l’on ne connaissait pas grand chose sur ces questions et où la loi du silence était monnaie courante, quelle que soit l’institution. Là encore, cela n’excuse en rien de tels actes, mais ils se trouvent considérés à leur juste place.
Il faudrait que cesse l’hypocrisie qui consiste, dans notre société, d’un côté à dénoncer les crimes sexuels et de l’autre à faire de la sexualité une obsession, évidemment mal gérée par ceux qui souffrent dans ce domaine. Si nous luttons contre la pédophilie, il faut lutter en même temps contre la pornographie, et notamment protéger les adolescents des agressions télévisuelles et électroniques dans ce domaine.
Enfin, faisons un peu de vocabulaire …

 
Pédophilie vient de « païs, païdos » « l’enfant » et « philein », « aimer » ; ce terme est donc en réalité mal utilisé, dans un sens uniquement péjoratif et criminel. Il désigne aujourd’hui une relation malsaine avec des jeunes pré pubères.
Pédérastie est un terme plus juste pour désigner les agressions sexuelles sur mineurs (« païdos » « enfant » et « erastes », c’est-à-dire « amoureux » au sens de l’éros, « qui a des relations sexuelles »). On retrouve ce terme dans la Bible.
Ephobophilie est un terme qui désigne en principe l’attirance d’un homme adulte pour les jeunes hommes (18-20 ans). Les victimes sont donc des majeurs normalement. L’éphobophilie n’est pas un crime, évidemment, mais c’est une pente dangereuse ; elle représente 60% des cas de pédophilie. 30% des cas concernent l’attirance pour la jeunesse du sexe opposé.
La prière est vraiment nécessaire : prions pour les victimes, prions aussi pour ceux qui les ont fait souffrir. Demandons à Dieu qu’il panse les blessures des uns et des autres, et qu’il change les cœurs des coupables, car pour Dieu, jamais personne n’est un cas désespéré, et un homme peut toujours changer de vie.

P. Emmanuel d’Andigné