31 août 2010

Homélie du 29 août 2010-l'humilité est désirable

22ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – ANNEE C




29 AOÛT 2010



« Accomplis toutes choses dans l’humilité, » nous disait Ben Sirac le Sage dans la première lecture. « Les humbles rendent gloire au Seigneur. » « Béni soit le Seigneur : il élève les humbles, » nous faisait reprendre le refrain du psaume. » Dieu comble de biens les affamés, il élève les humbles. » C’était le verset de l’alléluia, l’Evangile nous invitant à choisir de préférence la dernière place.

Il est bien clair que le thème dominant de la liturgie de ce dimanche est l’humilité. Les aspirations naturelles de l’être humain sont pourtant bien différentes ! Qui ne souhaite pas être bien placé, si possible le premier ? Au début d’une année scolaire, je ne vois pas que des parents conseillent à leurs enfants d’être en queue de classe. Ils les stimuleront plutôt pour qu’ils tendent aux premières places, et ils auront raison.

Il est tours nécessaire de se poser la question : à qui Jésus s’adresse-t-il ? Et quelles sont les circonstances ? Jésus était entré chez un chef des pharisiens. On sait que ces hommes-là ne brillaient pas pour leur modestie. Ils étaient beaucoup plus disposés à donner des leçons aux autres. Mais ils n’étaient pas les seuls visés. Jésus avait remarqué que les invités, d’une façon générale, choisissaient les premières places, ce qui peut suggérer à chacun de se poser la question personnellement.

Quoiqu’il en soit, la vie en société nous donne le spectacle d’une perpétuelle compétition dans tous les domaines. Il faut être le premier bien sûr, dans tous les sports. Il s’agit de surpasser les concurrents, ou de se surpasser soi-même : battre des records. Il faut être le premier dans le commerce, et puis bien évidemment dans le domaine politique. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Tout dépend du but poursuivi.

Saint Paul lui-même encourage ses disciples de Corinthe à se hisser à la première place : « Ne savez-vous pas, leur dit-il, que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu’un seul gagne le prix ? Courez donc de manière à le remporter… Moi je cours ainsi. Je traite durement mon corps… de peur que je ne sois moi-même éliminé. »

En demandant de ne pas prendre la première place, Jésus n’invite aucunement à la facilité, au laisser-aller, ni à imiter les petits oiseaux qui ne tissent ni ne filent, et pourtant sont très bien vêtus par le Père du Ciel.

Par la parabole des talents notamment, le Christ demande à chacun de développer au mieux ses capacités, de manière à se rendre plus utile, à soi-même et aux autres. Tout est là. Dans la mesure où on se sent apte à assumer telle ou telle responsabilité, il est souhaitable de mettre ses talents à la disposition de son entourage. Et pour cela, le plus sûr est de prendre conseil, comme le dit Ben Sirac : « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. »

Les plus admirables exemples d’humilité nous sont donnés, bien évidemment, par Jésus et sa sainte Mère.

Comme l’écrivait l’apôtre saint Paul aux Philippiens en parlant du Christ : lui qui, étant « dans la condition de Dieu… n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu : mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes… il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix. »

La Vierge Marie ne cessera de rendre grâces à son Fils, dans des expressions de parfaite humilité : « Il s’est penché sur son humble servante… Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. »

L’humilité n’est pas le dénigrement de soi-même, ni la complaisance dans la faiblesse. Elle est dans le détachement de l’égoïsme, de l’orgueil. Elle rend libre pour le service des autres. Elle est d’autant plus manifeste qu’elle n’attend rien en retour.

« Invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles – dit le Seigneur – et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Belle perspective, assurément !

Amen.

Père Jean Rouillard

22 août 2010

Homélie du 22 août 2010- Entrez par la porte étroite !

Homélie du 21ème dimanche du temps ordinaire-Année C

Tout d’abord, brièvement, je voudrais vous signaler qu’un reportage de bonne qualité a été diffusé sur France 2, hier à 13h (on peut le consulter sur le site de la chaîne) : il s’agit des personnes qui consacrent une semaine de leur Eté dans une abbaye pendant les vacances ; j’ai suffisamment ici-même dénoncé les caricatures de l’Eglise faites par les médias, il faut savoir aussi reconnaître honnêtement quand le ton est juste ; je vais leur écrire pour les remercier !

« Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant » . Jésus, lorsqu’il a structuré l’Eglise à partir des Apôtres, leur a donné trois charges, dont leurs successeurs, les évêques, sont revêtus de générations en générations, et puisque les évêques ne peuvent pas être partout à la fois, ils s’adjoignent des collaborateurs, prêtres et diacres, pour réaliser correctement ces trois charges : enseigner, sanctifier, gouverner ; le prophète enseigne, le prêtre sanctifie, le roi gouverne

Déjà dans l’Ancienne Alliance, on connaissait ces trois charges, jamais elles n’avait été cumulées par un seul homme : et c’est ainsi que ses contemporains ont identifié Jésus comme le Messie, pour ou contre, d’ailleurs, ce qui prouve que la chose était claire et avérée ! Jésus, ainsi, a répandu la révélation de Dieu, la sanctification par Dieu et la direction par Dieu.

Or, ce qui est vrai de la hiérarchie à l’intérieur de l’Eglise l’est aussi dans les relations entre l’Eglise et l’extérieur. Cela veut dire que nous devons en tant que communauté rendre au monde ces trois grand services : l’enseigner, lui donner accès à la sanctification, lui permettre de se soumettre à la seigneurie de Dieu par une vie qui ressemble à celle du Christ : c’est l’horizon d’Alpha, c’est à cela que sert Alpha !

Mais je voudrais m’attarder sur ce qui semble être malgré tout le propos principal de cet Evangile : la « porte étroite »


J’ai discuté avec un vieil homme qui avait lu les lectures d’aujourd’hui en avance : il me parle de l’ouverture à toutes les nations de la 1ère lecture, avec un visage éclairé, mais se met à froncer les sourcils en évoquant l’évangile, regrettant visiblement la dureté de Jésus. Il m’a fait penser à un prêtre que j’ai connu il y a quelques années et qui me disait toujours, à propos des scouts « il vaut mieux être poire que vache ». Comment Dieu peut-il être tour à tour bon et dur ?
Je voudrais répondre à cette question en deux temps, et en vous proposant deux principes :

1) il ne faut jamais frelater la parole de Dieu : nous devons prendre le Christ comme il est, tout entier, sans « zapper » les passages qui nous dérangent ; s’il s’avère que des phrases bousculent la mentalité actuelle, c’est peut-être le signe que la mentalité en question n’est plus évangélique ou qu’elle s’oppose à l’Evangile, il faut vérifier, et toujours faire le choix de l’Evangile (l’Evangile ou le Magistère, c’est pareil, souvenez-vous de ce que je vous ai dit dimanche dernier).

2) un évangile, je crois, se regarde de très loin et de très près, je m’explique.
Le regarder de très loin signifie regarder l’ensemble de la Révélation, en s’élevant au-dessus du texte, comme Saint Jean qui s’est élevé tel un aigle et qui a déclaré : « Dieu est Amour » ! Cette phrase en comme le point le plus élevé et la source de toutes les révélations de Dieu. Or, l’amour montre souvent sa bonté, sa tendre, mais il peut parfois se mettre en colère, comme un papa se met en colère quand il le faut dans une famille (ainsi que le montre la 2ème lecture). A titre d’exemple, vendredi dernier, le prophète Ezéchiel s’adressait à nous (et peut-être plus particulièrement à nous les prêtres, ça nous fait du bien) en ces termes dans la première lecture : « La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, parle en prophète contre les bergers d’Israël, parle en prophète pour leur dire ceci : Parole du Seigneur Dieu : Malheur aux bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ? « Au contraire ! vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau. Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était faible, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. »  Ez 34

L’amour de Dieu qui montre si souvent sa bonté, parfois se met en colère, lorsque l’enfant bien-aimé ou l’épouse bien-aimé s’écarte de la voie droite et donc du vrai bonheur.

A présent, regardons le texte de très près : Jésus donne la solution à cette exclusion du Royaume qui semble si contraire à sa bonté et à l’universalité du Salut relevée par Isaïe : « éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ». C’est là que Jésus donne la raison fondamentale de cette exclusion qui ne vient pas de sa volonté, mais bien plutôt de la nôtre, puisque de son côté « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (I Tim 2:4)».

Il y a pourtant un fait étrange, c’est le singulier que Jésus utilise (« la porte…»). Selon la tradition biblique, les justes entreront par les portes de Jérusalem (Is 26,2; Ap 22,14). Le Psalmiste souligne la préférence de Dieu pour les portes de Sion (Ps 87,2) et oppose celles-ci aux portes de la mort (cf. Ps 9,14-15). Dans la plupart des textes bibliques précités, comme dans d’autres, le juste accède au salut en passant par les portes (au pluriel) (cf. Is 26,2; Ps 118,19; Ap 22,14). Mais Jésus nous demande de passer par la porte (une seule); bien plus, une porte étroite. En Jean 10,9, Jésus s’identifie avec la porte par laquelle doivent entrer ses brebis. Passer par la porte étroite, c’est donc suivre Jésus.

Je crois que nous pouvons demander deux grâces à Dieu, aujourd’hui : l’humilité, qui fait que on peut passer par n’importe quelle porte, puiqu’on n’est pas « gonflé » de soi-même, et l’amour, puisque seul l’amour peut répondre à l’Amour.

St Bernard disait (nous le fêtions vendredi) « lorsque Dieu aime, il ne veut rien d’autre que d’être aimé. Il n’aime que pour qu’on l’aime, sachant que ceux qui l’aimeront trouveront dans cet amour même la plénitude la joie (sermon sur le Cantique des Cantiques)». Et j’ai plaisir aussi à citer, dans le même sens, le manuscrit B de l’Histoire d’une âme de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « O Jésus, je le sais, l'amour ne se paie que par l'amour, (NHA 922) aussi j'ai cherché, j'ai trouvé le moyen de soulager mon cœur en te rendant Amour pour Amour » .

P. Emmanuel d'Andigné

18 août 2010

Homélie du 15 août 2010-Dieu ne se révèle pas que dans la Bible

Homélie de l'Assomption 2010


Il n’est jamais inutile de relire la définition officielle de l’Assomption par Pie XII, le 1er novembre 1950 (définition qui ne fait que confirmer une conviction populaire et des traditions locales) : « En l'autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par notre propre autorité, nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste »

« Dogme divinement révélé » … il n’y a pas de trace de l’assomption dans l’Ecriture : comment peut-on dire qu’elle est divinement révélée ? Je souhaiterais répondre en deux temps, avec mon cœur et avec la raison.

Le cœur :
Lorsqu’un Pape s’exprime, je l’écoute avec confiance, car je crois vraiment que c’est le successeur légitime de Saint Pierre. S’il me dit que c’est « divinement révélé », j’ai toutes les raisons de penser que c’est vrai, à priori, d’autant plus que c’est la seule fois dans tout son Pontificat que Pie XII a utilisé cette capacité de s’exprimer infailliblement (ex cathedra), pour définir ainsi un dogme. 
Mais bien sûr, j’ai le droit de réfléchir, j’ai même le devoir de chercher avec ma raison, les raisons de cette affirmation.

La raison :
Voici ce que nous dit le Concile Vatican II (Dei Verbum, constitution dogmatique sur la Révélation) : Dieu se révèle de trois manières à l’homme ; la Révélation est unique, mais elle se produit de trois manières complémentaires, à savoir l’Ecriture (la Bible), la Tradition (les précisions qui ont été données par les Pères de l’Eglise, surtout,) et le Magistère (l’enseignement officiel des Papes et des Evêques) ; ces trois « canaux » ne sont pas étanches ni exclusifs les uns des autres, ils se confondent parfois, voici quelques citations du Concile : « ce n'est pas par la Sainte Ecriture toute seule que l'Eglise puise la certitude qu'elle a     sur tout ce qui est révélé. C'est pourquoi l'Ecriture et la Tradition doivent être reçues et vénérées l'une et l'autre avec un égal sentiment de piété, avec un égal respect (34). […]
Mais la charge d'interpréter authentiquement la parole de Dieu écrite ou transmise (37) a été confiée au seul Magistère vivant de l'Eglise (38), dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ. […]
Il est donc évident que la Tradition sacrée, la Sainte Ecriture et le Magistère de l'Eglise sont entre eux, selon le très sage dessein de Dieu, tellement liés et associés, qu'aucun d'eux n'a de consistance sans les autres, et que tous contribuent en même temps de façon efficace au salut des âmes, chacun à sa manière, sous l'action du seul Saint-Esprit.

A l’appui de ces citations et de cet enseignement « officiel », je puis ajouter deux exemples vécus : ce jeune Papa qui m’a dit il y a deux ans avoir été –je cite- « converti par le Magistère (comme on pourrait le dire de la Bible elle-même) » ; je pense aussi à la communauté des petites sœurs de Bethléem, qui est née d’un paragraphe –si on peut dire- de l’homélie de Pie XII, en 1950, précisément le jour où le dogme fut déclaré officiellement (touchées par l’appel du Saint-Père à fonder des communautés contemplatives, des jeunes femmes ont fondé la communauté).

De même que Ecriture, Tradition et Magistère sont indissolublement liés, il y a un lien très fort entre trois dogmes qui dépendent les uns des autres : il s’agit de l’Assomption, l’Immaculée Conception et Noël

A l’origine, par sa conception immaculée, Dieu prépare pour son Incarnation une demeure digne de lui ; une fois la « demeure » prête, l’Incarnation se produit (c’est Noël) et lorsque prend fin son séjour sur la terre, Marie connaît une « assomption ». Préservée du péché, en effet, Marie n’a pas eu une mort comme les autres, étant donné le lien entre le péché et la mort. « Assomption », « Dormition », les mots sont faibles mais disent tous la même chose…

Ce que l’on comprend, en rapprochant les trois dogmes, c’est que ces deux dogmes mariaux bien connus qu’on fête le 08 décembre et le 15 août sont tournés entièrement vers le Christ, de même que le vocable « mère de Dieu », du Concile d’Ephèse en 431, veut souligner que Jésus est Dieu, plus que mettre Marie sur un piédestal. Marie est l’introduction nécessaire à la connaissance et à l’amour de Jésus, et d’ailleurs beaucoup de gens le sentent, même en dehors des frontières visibles de l’Eglise.

Je vous recommande la méditation de la préface, dont voici le texte intégral, et sur laquelle j’ajoute deux petits commentaires : « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur. Aujourd'hui la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel : parfaite image de l'Eglise à venir, aurore de l'Eglise triomphante, elle guide et soutient l'espérance de ton peuple encore en chemin. Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l'auteur de la vie. C'est pourquoi, avec tous les anges du ciel, plein de joie nous (disons) chantons :

Aujourd’hui : ce petit mot est d’une importance capitale ! La vertu de la liturgie est de nous plonger aujourd’hui dans un événement qui appartient désormais à l’éternité, et non pas simplement à l’histoire ; autrement dit, l’Assomption est aujourd’hui, vraiment, mais pas dans le sens d’une retour dans le passé, sous forme de commémoration, mais par une plongée dans l’éternité qui n’est autre que l’aujourd’hui de Dieu.

« Aurore de l’Eglise triomphante » : cette expression nous rappelle les trois « états » de l’Eglise, dont on sait qu’elle est militante, ici-bas sur la terre, souffrante, là-haut dans le Purgatoire, triomphante, pour ses membres qui sont entièrement dans la lumière. Motivés par l’exemple des membres « triomphants », dont Marie est un membre éminent, tâchant de construire un monde beau et digne de Dieu, nous faisons toujours bien de prier pour les membres souffrants, les « âmes du Purgatoire », comme beaucoup d’entre vous le font.

Rendons grâce à Dieu de nous avoir donné pour mère celle qu’il avait choisie pour l’habituer au monde, grâce à elle, nous nous habituons à Dieu : elle est « le choix de Dieu », elle sera aussi le nôtre.

P. Emmanuel d'Andigné

09 août 2010

Homélie du 08 août 2010-se constituer un beau trésor

Homélie du 19ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Avez-vous entendu parler de cette famille américaine menacée d’expulsion, dans le Sud des Etats-Unis, sauvée par Superman ? Ce n’est pas une blague … ils faisaient leurs cartons, afin de pouvoir déménager et ainsi payer leurs dettes, lorsqu’ils sont tombés sur le n°1 du magazine qui a « lancé » Superman ; valeur estimée 250 000 dollars ! Finalement, ils sont restés dans leur maison …

C’est une plaisante information pour l’Eté, mais j’en retiens surtout que cette famille possédait un trésor dans son grenier, elle l’ignorait et les cambrioleurs aussi … il est question de cambriolage dans l’Evangile : « faites-vous un trésor dans le Ciel, dit Jésus, là où le voleur ne peut pas venir »

Comment faire pour se constituer un « trésor dans le Ciel » ? Prenons au sérieux cette parole, et tâchons de voir comment nous allons appliquer cet ordre du Christ …

Eh bien, comment faire pour se constituer un trésor sur la terre ? C’est un début qui nous aidera sans doute !

Il y a des cas à part, comme cette famille américaine, ou comme ce ménage angevin qui a remporté 42 millions d’euros à la loterie (s’ils sont dans l’assemblée, eh bien qu’ils n’hésitent pas à faite un don à la paroisse, sachez que traditionnellement, on parle de la dîme, soient 10% …). Il y a des cas à part, mais normalement, pour gagner de l’argent, pour se constituer un trésor sur la terre, il faut travailler …

Je ne vois pas comment ni pourquoi, pour la vie spirituelle, on pourrait se constituer un trésor dans le Ciel sans travailler …

Avez-vous entendu parler du quiétisme ? Cette « hérésie » est née au XVIIème siècle, sous l’impulsion d’un prêtre (corruptio optimi pessima ! La corruption des meilleurs est la pire) qui s’appelait Molinos, un prêtre espagnol qui a vécu entre 1628 et 1696. La doctrine quiétiste, consiste à dire que si on parvient à une union très grande et très forte avec Dieu, plus aucun effort n’est nécessaire dans la vie spirituelle …

Rien n’est plus faux ! Car même le plus pieux des moines doit « travailler », combattre, « mouiller sa chemise » pour doser l’effort et le repos dans la vie spirituelle et se constituer ce fameux trésor.

« Faites-vous un trésor dans le Ciel » : Jésus donne ce principe, car il sait bien que nous sommes intéressés par les trésors, il sait que nous sommes intéressés par l’argent, tous plus ou moins, mais nous devons appliquer les principes du Christ en les déclinant aussi concrètement que possible ; je sais qu’il faut travailler pour gagner sa vie, je sais donc que je dois travailler pour me faire un trésor qui est bien plus précieux que les trésors d’ici-bas

Nous sommes au mois d’août : profitons-en pour recommencer à prier, pour faire un plan de travail dans ce domaine, l’époque est favorable pour un recommencement !

Ne dites pas : « j’ai essayé cent fois et je n’y arrive pas ». Impossible n’est pas chrétien ! St Grégoire de Nysse disait : « nous allons de commencements en commencements dans des commencements qui n’ont pas de fin ». C’est ainsi : chaque matin nous recommençons à vivre, chaque semaine est une promesse de nouveauté, chaque rentrée est un nouveau départ. Profitons de l’Eté pour nous mettre au travail, au travail de la prière, et là, j’ai une bonne nouvelle :

Le travail de la prière, tous les docteurs mystiques le disent, est un dosage de l’activité et de la passivité, les deux. L’image de la barque peut nous aider : lorsque vous donnez un coup de rame, vous faites avancer la barque, de sorte que, en vertu de l’impulsion que vous lui avez donnée (l’énergie cinétique) elle continue à avancer sans que nécessairement il y ait de grands efforts à faire. La vie spirituelle est ainsi faite : elle dose l’activité, elle a besoin des efforts (les trois premières demeures dont parle Sainte Thérèse d’Avila), mais elle doit découvrir et mettre en œuvre l’abandon entre les mains de Dieu (les quatre suivantes, qui ne sont pas faciles mais en tous les cas où l’activité de Dieu se fait de plus en plus forte, comme le vent).

Une fois cela dit, je crois bon d’ajouter que le travail de la prière commence par une décision, et je recommande une décision hebdomadaire : « chaque semaine, à telle heure tel jour, je consacrerai du temps à Dieu, je me ferai un trésor dans le ciel », outre, naturellement, la fidélité au dimanche !

Et puisqu’il est question de cette fidélité dominicale, à laquelle je vous encourage beaucoup, c’est l’occasion de vous demander, à vous qui êtes venus aujourd’hui à la messe comment vous allez effectivement « sanctifier le jour du Seigneur » … Certes, en allant à la messe, j’ai sanctifié ce jour, légalement, réellement, bellement (il faut déjà faire un effort pour cette fidélité-là !), mais ma journée en est-elle sanctifiée ? Oui, sans doute, mais on peut faire encore un peu mieux, progresser encore !

Je connais des familles qui disent le chapelet le dimanche soir, d’autres qui, alors qu’elles n’ont pas l’habitude de dire le bénédicité durant la semaine le font le dimanche, d’autres encore qui prennent l’apéritif pour marquer ce jour … faites ce que vous voulez, ça ne sera pas forcément très spectaculaire ni très long, mais au bout du compte, « vous vous serez fait un trésor dans le Ciel »

En somme, nous constituons ce « trésor »,

1) en mettant une hiérarchie dans l’importance de nos activités (d’abord le Ciel, et ensuite seulement la terre)

2) ensuite en découvrant, car je crois que c’est cela, au fond, que le grand trésor, c’est Dieu lui-même, « quien a Dios tiene, nada le falta solo Dios basta », disait Sainte Thérèse d’Avila, celui qui a Dieu n’a besoin de rien, seul Dieu suffit » ; le grand trésor, c’est de l’aimer, le grand trésor c’est de le connaître, le grand trésor c’est d’être connu et aimé de lui, car celui qui est aimé de Dieu est parfaitement heureux, il n’a besoin de rien, il a tout, il ne sera jamais déçu ; son trésor subsistera au Ciel, il emportera ce trésor au paradis, celui –là seul !

Que l’Esprit Saint nous éclaire sur la décision à prendre ou à reprendre, que nous investissions dans une valeur éternelle

P. Emmanuel d'Andigné

03 août 2010

Homélie du 1er août 2010-être riche en vue de Dieu ?

Homélie du 18ème dimanche du Temps Ordinaire - Anné C

« Vanité des vanités, tout est vanité » nous dit l’Ecclésiaste. Propos d’un homme désabusé par la monotonie de l’existence humaine, la futilité de toutes les activités du monde, l’éternel recommencement du temps… Sentiments qui sont peut-être les nôtres aujourd’hui. Cette attitude s’oppose à l’émerveillement suscité par l’adoration du Créateur à travers sa création… Le ciel et la terre, la mer et l’univers sont l’œuvre de Dieu et en cela objet d’adoration et source d’émerveillement.

A l’origine, le terme vanité signifie « buée », « haleine », « vent »… pour décrire, dans la poésie hébraïque à la fois la légèreté de l’être et la fragilité humaine. C’est le sens que les beaux arts ont repris pour désigner le genre pictural des natures mortes soulignant ainsi la fragilité et l’éphémère des choses de la terre. Chez l’Ecclésiaste, ce mot évoque l’être illusoire des choses de ce monde et de nos actions et par conséquent la déception qu’elles réservent à l’homme si elles ne sont orientées que vers lui.

Or toutes nos activités devraient être portées, non vers nous-mêmes, mais vers Dieu, comme nous le montre la parabole de l’Evangile que nous venons d’entendre. Comme souvent, Jésus profite d’une question surgie de la foule pour nous inviter à aller plus loin. Par la réponse qu’il donne, il montre d’abord à celui qui la pose qu’il s’est trompé d’interlocuteur. Jésus ne se place pas comme un Rabbin intervenant auprès de ses contemporains pour régler leurs problèmes domestiques. Il se place comme l’unique médiateur entre Dieu et les hommes.

Dans une première lecture de cette parabole, nous pourrions penser que Jésus nous encourage à une certaine insouciance qui nous ferait dire : « la Providence pourvoira ». Une telle interprétation laisserait alors penser que Jésus reste étranger à nos préoccupations humaines et conduirait finalement à nier le réalisme de l’Incarnation. Le Christ nous invite à être riche en vue de Dieu et non pas à amasser pour nous-même et à faire de l’appât du gain le but et le terme de notre existence.

Mais qu’est-ce qu’être riche en vue de Dieu ?

Saint Paul nous donne un premier élément de réponse : « Rechercher les réalités d’en haut en faisant mourir ce qui appartient à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais… » autrement dit le péché. Et de mettre notre espérance dans le Christ. « En elle, comme le dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, nous avons comme une ancre de notre âme sûre autant que solide et pénétrant par delà le voile. » Ce n’est pas l’ancre que l’on jette au fond des abîmes de la mer mais bien celle que l’on jette vers le ciel pour qu’elle nous mène à Dieu le Père.

Etre riche en vue de Dieu, c’est faire fructifier les grâces reçues des sacrements depuis notre baptême. Grâces renouvelées dans notre fréquentation fidèles des sacrements. Reprenons à notre compte, l’interpellation de Jean Paul II : « France, fille ainée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton Baptême ? » Souvenons-nous sans nostalgie stérile comme le Christ peu à peu façonne notre être au fil du temps par les sacrements.

Etre riche en vue de Dieu, c’est faire en sorte que notre vie quotidienne soit le lieu de notre sanctification, c’est là que nous pouvons rencontrer le Christ. N’oublions pas que le Christ a appelé ses disciples au cœur de leurs activités professionnelles : c’est alors qu’il réparait ses filets que Pierre a croisé le regard de Jésus, et c’est à son bureau de publicain, que Matthieu a répondu à l’appel du Christ.

Etre riche en vue de Dieu, c’est se faire des amis au ciel parmi les saints inconnus ou inconnus. Mais si nous arrivons au ciel les mains pleines, nous risquons de ne pas pouvoir saisir la main qu’ils nous tendent pour nous mener dans le sein du Père. Il est illusoire ou peut-être avons nous besoin de nous rassurer, marqués par quelque relent de paganisme, que nous emporterons quelque chose au ciel. Comme le dit le titre d’un roman policier « Un linceul n’a pas de poche »

"Sorti nu du ventre de notre mère, nu nous y retournerons" nous dit Job. Au seuil de notre vie, nous avons été enfantés par l’Eglise notre Mère, c’est elle qui nous accueillera en son sein au terme de notre vie terrestre, au jour du face à face avec le Christ qui est le seul héritier et par qui nous sommes devenus cohéritiers.
Amen

P. Stanislas Lemerle