26 mai 2012

Homélie du 06 mai 2012-une théorie qui a mauvais Genre


Homélie du 5ème dimanche de Pâques - Année B

On m’a posé une bonne question la semaine dernière : celui qui participera à la Formation à l’Evangélisation devra-t-il s’engager à alpha ?

Deux réponses :
1)      Non, bien sûr, pas forcément (il y aura des personnes qui sont en dehors de la paroisse à cette formation)
2)      Vous connaissez sans doute l’histoire qui est arrivée à Moïse, avec Eldad et Medad, qui prophétisaient en dehors du groupe officiel institué par le Guide des Hébreux : ils sont dénoncés au maître et celui-ci répond : « Ah, si tous les fils de mon peuple pouvaient être des prophètes ! »

Ah, si tous les paroissiens de sainte-Bernadette pouvaient être des apôtres, des évangélisateurs !!! … Le but de cette formation est de réveiller l’apôtre qui sommeille en chacun de vous

« mettez un tigre dans votre moteur » … disait la pub ; mettez un Agneau dans votre moteur : l’Agneau de Dieu !

Dans un film vu récemment au cinéma (Lock out), l’héroïne s’adresse au héros en luis demandant pour la troisième fois « mais pourquoi s’adresse-t-on toujours à vous par votre nom de famille et jamais votre prénom ??? » L’homme lui avoue qu’il a un prénom féminin, qu’il en un peu honte … ce à quoi elle lui rétorque « mais c’est bien, cela révèle ta part de féminité ! »
« tout homme a une part de féminité » est la première étape de la vulgarisation de l’idéologie du Genre  …

Avec l’EAP, nous avons réfléchi à la manière dont la paroisse pourrait participer à la lutte contre le « Gender » : conférence, petit topo papier, homélie …

Dans une homélie, il me semble largement suffisant de s’en tenir à l’aspect spirituel du danger que représente la « théorie du Genre », comme on l’appelle … mais peut-être faut-il commencer par expliquer ce que c’est !

L’idée, c’est que lorsque vous naissez, certes, vous êtes homme ou femme, biologiquement, mais si vous le voulez vraiment, vous pouvez changer de genre, passer du genre biologique masculin au genre social féminin ou inversement.

Il y a aurait donc deux sortes de genre : les deux genres biologiques (masculin et féminin) et les multiples genres sociaux (je préfère ne pas prononcer toutes les combinaisons et déviances qui ont été imaginées par les tenants de cette idéologie, par respect pour les enfants).

Ça doit vous paraître ahurissant et bizarre, non ? Et pourtant …

J’ai entendu souvent : « tout homme a une part de féminité … » ; « tout femme a une part de masculinité ». Vous n’avez jamais entendu ça ? Moi, tout le temps !

Ça a les allures d’une grande maxime de sagesse : « tout homme … ». Je me suis regardé … j’ai réfléchi … et je me suis dit : si j’ai une part de féminité … elle est bien cachée !!!

Cette « maxime » a été formalisée pour la première fois par  Jung, disciple de Freud et elle fut rendue célèbre par une certaine Judith Butler, homosexuelle notoire, qui est devenue depuis (elle est toujours vivante) le « saint Thomas d’Aquin » de l’idéologie du Genre

1ère étape du raisonnement : il y a du féminin et du masculin en tout personne
2ème étape : je peux donc choisir de quel côté je vais « pencher », ceux du sexe opposé ou du mien
3ème étape : ça n’a aucune importance d’être homosexuel ou d’être attiré par le sexe opposé, les deux attitudes sont également normales
4ème étape : tous ceux qui s’opposent à cette pensée sont des affreux homophobes, des intolérants, des ayatollah ..

La 1ère étape est déjà franchie … la seconde a été franchie dans les manuels scolaires de 1ère en SVT, dans les films, dans certaines lois qui ont été votées ici ou là en Europe … la 4ème est déjà bien en route, bientôt, pour les propos que je suis en train de tenir, j’irai en prison … j’espère que vous m’apporterez des oranges !

Enfin j’espère surtout que vous n’allez pas rester les bras croisés, en attendant de voir que l’inimaginable va se produire

En quoi le gender est-il un défi pour la foi ? Eh bien, parce que cette idéologie repose sur deux principes
1)      Dieu n’existe pas
2)      L’homme a donc tout pouvoir pour se créer lui-même …
Dans l’idéologie du genre (car c’est une idéologie), il s’agit pour l’homme de recréer l’humanité, de la façonner à sa guise, sans Dieu, naturellement.

Les origines philosophiques de Judith Butler sont Nietzsche, Marx, Jung, et Sartre … tous ces « philosophes » ont une chose en commun : l’athéisme !

Mais dans l’analyse spirituelle du Gender, on peut aller plus loin : en effet, on entend d’avantage parler de la part de féminité chez l’homme que de la part de masculinité chez la femme, pourquoi ?

Eh bien parce que, en bonne marxiste, Judith considère qu’entre les hommes et les femmes, il doit y avoir une lutte, comme la lutte des classes, afin de détrôner l’homme, de renverser son pouvoir, qui naturellement opprime partout la femme.

Dans cette lutte, il faut « tuer le père », comme la psychanalyse freudienne l’a dit très ouvertement. « Tuer le père », c’est aussi tuer Dieu dans le père : un père terrestre est essentiellement une image de Dieu le Père et ces deux pères sont des obstacles sur la route de ceux qui veulent refonder l’humanité.

Comme on s’en doute, le genre aura toujours sur sa route trois ennemis : Dieu, bien sûr, puisqu’il a créé l’humanité homme et femme ; l’Eglise, puisqu’il s’y trouve des gens qui réfléchissent et qui luttent avec la force que Dieu leur donne ; et enfin la famille, qui est une résistance naturelle, même en dehors de la religion, à toutes les déviances de l’amour

Et c’est surtout le lobby homosexuel qui s’attaque violemment à ces trois réalités : tout le monde comprend très bien que ce milieu a besoin de brouiller les cartes, afin de se sentir normal, dans une « normalité » qu’ils ont eux-mêmes fabriqué de toutes pièces … ajoutons qu’il faut bien différencier ce lobby et bon nombre de personnes homosexuelles qui tâchent de vivre aussi bien que possible avec cette tendance, et nous devons toujours entourer ces personnes d’une affection toute fraternelle.

Il faut terminer, je pense, en prononçant deux mots : espérance et lutte.

Il faut espérer, sereinement, parce que Dieu est à l’origine de la réalité, et je crois au triomphe final de la réalité sur l’idéologie, tôt ou tard.

Mais il faut lutter aussi, car les plus âgés d’entre nous ne souffriront guère de cette invasion culturelle qui est en train de produire, mais qu’en sera-t-il des enfants et des adolescents d’aujourd’hui ? Ils voudraient bien avoir à leurs côtés des adultes courageux.

Apocalypse 13 nous dit ceci : « 1 Alors, j'ai vu monter de la mer une Bête ayant dix cornes et sept têtes, avec sur les cornes dix diadèmes et sur les têtes des noms blasphématoires. 2 Et la Bête que j'ai vue ressemblait à une panthère ; ses pattes étaient comme celles d'un ours, et sa gueule comme celle d'un lion. Le Dragon lui donna sa puissance et son trône, et un grand pouvoir. 3 Elle avait une de ses têtes comme blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie. La terre entière, prise d'admiration, marcha derrière la Bête, 4 et l'on se prosterna devant le Dragon parce qu'il avait donné le pouvoir à la Bête, et l'on se prosterna devant la Bête en disant :« Qui est semblable à la Bête, et qui peut lui faire la guerre ? »

Il me semble que le Genre peut être comparé à cette bête, qui séduira non seulement des personnes, mais aussi des nations, et en particulier, dans ces nations, les plus jeunes d’entre nous : tâchons de faire en sorte que la séduction échoue.

Puisque c’est le jour, lisez les programmes des candidats, pour commencer, afin de faire votre choix ; et à chaque fois qu’il le faudra, faites entendre votre voix, donnez des repères à la jeunesse.

J’ai un cadeau  pour vous : vous trouverez dans le fond de l’église un petit livret remarquable de la fondation Jérôme Le jeune sur la question du Genre !

P. Emmanuel d'Andigné

25 mai 2012

Homélie du 22 avril 2012-la paix du Christ et les autres paix


Homélie du 3ème dimanche de Pâques - Année B

Saint Jean, aujourd’hui, vient de nous dire « celui qui dit ’Je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n'est pas en lui. »

C’est un texte assez dur, mais ça nous fait du bien qu’on nous remette un peu en place … le temps pascal ne risque-t-il pas de devenir le temps du relâchement après le carême ?

Je disais le soir de Pâques aux néophytes : votre mort et votre résurrection commencent dès maintenant, elles ne commencent pas le jour de votre mort physique (c’est dans ce sens que saint Paul disait [Col 3,1] « si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu » ).

Si saint Jean se montre clair et net et un peu sec, c’est parce qu’il a fait la rencontre de Jésus ressuscité (celui qui n’aurait pas fait cette rencontre se voit obligé de faire une lecture morale, moralisante, de ce texte, et ne peut que le trouver insupportable)

Saint Jean a fait la rencontre de Jésus ressuscité, et il l’a entendu dire : « la paix soit avec vous » ! Il est fort d’une rencontre vivante avec un être aimant, et l’exigence, alors, se fait naturelle.

J’ai donc une proposition à vous faire pour cette semaine : prenez un temps de prière et demandez à Jésus qu’il vous redise « la paix soit avec vous », afin que vous puissiez faire une rencontre personnelle avec lui, du type de celle des apôtres.

Et pour éclairer cet « exercice » que je vous propose de faire, pour le nourrir, je voudrais reprendre une suggestion de Clive Staples Lewis, dans un livre remarquable, dont le titre est un peu terrible (Tactique du Diable) et qui propose de se représenter l’âme humaine comme trois cercles concentriques, et ce schéma –qui n’est qu’un schéma- permet de comprendre ce que signifie plus précisément « la paix soit avec vous ».

Le cercle le plus large est celui de l’imagination (auquel il faut ajouter « l’écorce » des sens qui nourrit l’imagination). Ensuite, le cercle de l’intelligence, instance qui analyse les données de l’imagination et enfin la volonté, qui est le « fond » de nous-même, ce qui nous tient le plus à cœur, ce qui fait que c’est nous et pas un autre (Dieu est encore plus au centre).

Maintenant, appliquons ce schéma à la phrase de Jésus, « la paix soit avec vous ».

Imagination :
Le ton de Jésus, son attitude, sa voix … devaient comporter une « couleur » paisible, apaisante, rassurante, mais bien sûr cela ne suffit pas.

Intelligence :
En rencontrant le ressuscité et en l’entendant dire « c’est bien moi ! », les apôtres ont fini par se souvenir de cette parole du prophète Michée (5,03) : « Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre,  et lui-même, il sera la paix ! »

« La paix soit avec vous » ou « c’est moi » sont deux phrases en réalité identiques !!! 

Dans la liturgie romaine, l’Evêque se réserve la formule « La paix soit avec vous » car la présence du Christ en lui est très particulière.  Le prêtre et le diacre disent « le Seigneur soit avec vous », mais ces deux phrases, on le voit sont identiques !

Pourquoi Jésus est-il en lui-même et lui-même la paix ?

Voici ce que Saint Paul dit dans l’épître aux Colossiens (Col 1, 19) : « Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. »

Cela veut dire que la paix entre l’humanité et la divinité s’est parfaitement réalisée en Jésus, au moment où il a versé son sang sur la croix, voilà la paix véritable, voilà la source de toutes les paix !

« C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne », dit Jésus (Jn 14,27) « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » … cela signifie que toutes les paix ont quelque chose de superficiel, tandis que la paix du Christ, « sa » paix innerve toutes les « couches » de l’âme humaine, jusqu’à la plus profonde.

C’est par la prière, je le crois, que nous parvenons à « descendre » en nous-mêmes et ainsi présenter tout notre être intérieur à la paix de Jésus qui se répand alors. Au fur et à mesure que nous durons un peu dans la prière, la parole de Dieu imprègne tout notre être.

Il faut commencer par les sens (un certain « confort », une certaine ambiance, un certain décor nous aideront beaucoup), afin de nourrir l’imagination (former en nous l’image du Christ, imaginer une scène de sa vie, comme on le fait dans les exercices spirituels de St Ignace), puis réfléchir, afin que l’intelligence se nourrisse de Dieu ; et puis aimer, se laisser aimer … jusqu’à ce que l’on découvre qu’en réalité, Dieu n’est pas à l’extérieur de nous, mais à l’intérieur, et c’est donc de l’intérieur qu’il illumine tout l’être !

La paix, alors, sera avec nous.

Demain, il y aura forcément un peu de fébrilité à l’annonce des résultats pour les présidentielles, mais le fond de notre être sera dans la paix.

Conflits, dissensions, épreuves, agressions … ou au contraire déclarations d’amour, délicates attentions ne sont pas forcément des bons conseillers : le « merveilleux conseiller », c’est l’Esprit Saint, qui susurre à notre cœur « la paix soit avec vous ! »

P. Emmanuel d'Andigné 

14 mai 2012

Homélie du 15 avril 2012-la miséricorde ou "les" miséricordes ?


Homélie du 2ème dimanche de Pâques, dimanche dit "de la miséricorde" - Année B

Le Dimanche des Rameaux, je vous suggérais de convertir les oppositions au Christ ou l’indifférence au Christ.  Dans cette œuvre de conversion, qui est caractéristique du carême, on pourrait avoir l’impression que c’est la nature de l’homme qui obtient la conversion.

Le Dimanche de Pâques, on est bien obligés de constater que c’est l’œuvre de la grâce et non celle de la nature, car Jésus, étant mort, connaît le degré le plus fort de l’impuissance et de la faiblesse

Eh bien, cette rencontre entre nature et grâce, on pourrait la qualifier de « miséricordieuse ». La miséricorde, c’est la rencontre tendre et puissante entre la nature et la grâce.

Le mot miséricorde est un mot d’origine chrétienne, comme le mot charité, par exemple, bien que la réalité de la miséricorde ait été bien connue des juifs, mais sous la forme plurielle, le plus souvent (les miséricordes)

Rahamim, hasde (mots hébreux pour désigner la miséricorde) désignent au départ les entrailles de la mère, car rien n’est plus tendre et de plus puissant que les entrailles d’une mère pour un juif.

Le pluriel utilisé par les hébreux indique deux choses, il me semble : d’abord la profusion, l’inépuisabilité (je présente mes excuses à l’académie française) de l’amour divin, mais aussi -et c’est sans doute ce qui est le plus important- le fait que la miséricorde agit à tous les niveaux de l’histoire des hommes ou de l’histoire d’une personne.

Je m’explique : aujourd’hui, dans notre vocabulaire, le mot « miséricorde » désigne presque uniquement le pardon des péchés ; mais, il faut dire que la miséricorde agit avant, pendant et après le péché !

Après, ce n’est pas la peine d’insister beaucoup : la mentalité catholique l’a plutôt bien intégré ; ajoutons simplement que la miséricorde, la tendresse divine se dépose aussi bien sur la souffrance que sur la blessure spirituelle que nous nous infligeons à nous-mêmes par le péché. Cela veut donc dire que, lorsque le péché ou la souffrance (ou les deux) se déclarent, la miséricorde agit …

Mais elle agit aussi pendant ! Il est vrai que c’est plus difficilement perceptible …

Il s’agit de l’attente de Dieu, telle qu’elle resplendit dans la parabole du Fils prodigue : « son Père l’aperçut de loin », dit la parabole ; cela signifie donc clairement que le père chaque jour guettait son fils tandis qu’il péchait loin de son père. Dieu attend que celui qui s’égare loin de lui revienne à lui (s’égarer, d’ailleurs, ne signifie pas forcément pécher, mais aussi simplement s’éloigner de Dieu, ainsi que j’en ai eu la preuve en rencontrant une ancienne religieuse qui avait tout « plaqué » en 1947 et qui en 2002 est venue me voir, au crépuscule de sa vie, pour se réconcilier avec Dieu !

La miséricorde agit après, elle agit pendant, mais elle agit en fait aussi avant la souffrance ou avant le péché

En ce qui concerne ce que Dieu fait avant le péché –ou la miséricorde « prévenante », il faut se tourner vers Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, voici ce qu’elle dit :

« Je n’ai aucun mérite à ne pas m’être livré à l’amour des créatures, puisque je n’en ai été préservée que par la grande  miséricorde du bon Dieu ! Je reconnais que sans lui, j’aurai pu tomber aussi bas que sainte Madeleine … mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber…
Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d'un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d'aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s'empresse d'aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l'aimera moins que s'il eût été guéri par lui... mais s'il vient à connaître le danger auquel il vient d'échapper, ne l'aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c'est moi qui suis cette enfant, objet de l'amour prévoyant d'un Père qui n'a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. " (NHA 417) (Mt 9,13) Il veut que je l'aime parce qu'il m'a remis, non pas beaucoup, mais TOUT. (Lc 7,47)

Je reconnais que sans lui, j’aurai pu tomber aussi bas que sainte Madeleine … mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber… »

La création est déjà une œuvre de la miséricorde divine, l’éducation d’Israël est une œuvre de miséricorde, notre vie spirituelle est toute entière une œuvre de miséricorde, et pas seulement quand nous recevons le pardon. Le ministère des prêtres est un œuvre de miséricorde, et c’est ce qui rend cette vocation si belle

Voici ce qu’écrivait le Bienheureux Jean-Paul II, Le 17 août 2002, à Cracovie :
« Il faut faire résonner le message de l'amour Miséricordieux avec une nouvelle vigueur. Le monde a besoin de cet amour. L'heure est arrivée où le message de la Divine Miséricorde déverse dans les cœurs l'espérance, et celle-ci devient l’étincelle d'une nouvelle civilisation, de la civilisation de l'amour (…). Soyez témoin de la miséricorde. »

P. Emmanuel d’Andigné


Homélie du jour de Pâques-nous sommes des pauvres, n'st-ce pas ?


Homélie du dimanche 08 avril 2012, au matin

Souvenez-vous, dimanche dernier : nous écoutions la Passion du Christ. Nous y avons « contemplé » tous ces personnages, très hostiles au Christ ou au contraire enthousiastes à son endroit, avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel entre les deux ; et nous constations que tous ces personnages sont peu ou prou présents en nous, avec un profond appel à la conversion.

Mais la conversion est-elle seulement une œuvre de notre nature ? En tous les cas, il est clair que la résurrection, que nous fêtons aujourd’hui, est une œuvre de grâce, de pure grâce. Il faudra sans doute trouver l’équilibre entre nature et grâce dans l’œuvre de notre conversion !

A titre d’exemple, dans la liturgie du baptême, il y a un rite d’exorcisme –où Dieu chasse le mal du baptisé- et un rite de « renonciation à Satan », qui lui est pratiqué par les parents, le parrain et la marraine, car la lutte contre le mal est une victoire remportée conjointement par la nature et par la grâce …

En fait, nous sommes des pauvres, nous avons absolument besoin de la grâce, et c’est ce que nous rappelle la fête de Pâques.

La pauvreté est bien sûr celle du cœur (« heureux les pauvres de cœur »), car on peut être riche et avoir un cœur de pauvre (je pense à Louis de Marillac, puisque nous baptisons une petite Louise), ou être pauvre et avoir un cœur de riche –les pourvoyeurs de crédits le savent bien … toutes les combinaisons de ce problème sont possibles !

Voici ce qu’écrivait Madeleine Delbrêl : « Être pauvre ce n’est pas intéressant : tous les pauvres sont bien de cet avis. Ce qui est intéressant c’est de posséder le Royaume des Cieux, mais seuls les pauvres le possèdent.

Aussi ne pensez pas que notre joie soit de passer nos jours à vider nos mains, nos têtes, nos cœurs. Notre joie est de passer nos jours à creuser la place dans nos mains, nos têtes, nos cœurs, pour le royaume des Cieux qui passe. Car il est inouï de le savoir si proche, de savoir Dieu si près de nous, il est prodigieux de savoir son amour possible tellement en nous et sur nous. Et de ne pas lui ouvrir cette porte, unique et simple, de la pauvreté d’esprit... »

Aussi ai-je une recommandation pour les parents de Louise et pour tous les parents : enseignez la pauvreté à vos enfants. Pas celle du compte en banque, car je leur souhaite d’avoir de quoi vivre dignement, mais celle du cœur qui sait que tout bienfait vient de Dieu et en particulier la vie, vie terrestre et vie éternelle.

Les béatitudes, par conséquent, sont comme une charte éducative, elles sont comme une « boussole » qui vous permettra d’orienter efficacement votre rôle si difficile –et la première béatitude est celle de la pauvreté !

En pratique, je vous recommande aujourd’hui de pratiquer le bénédicité, peut-être de cette manière-là : « Seigneur, si vous n’aviez pas tout créé, nous n’aurions pas de nourriture et nous ‘aurions pas inventé la cuisine, merci, bénissez ce repas et ceux qui l’ont préparé, donnez du pain et de la joie  à ceux qui en manquent, amen, alleluia ! »

P. Emmanuel d’Andigné

Homélie de la Vigile de Pâques-baptêmes de trois enfants et d'un adulte

Mes Chers Amis,
vous avez devant vous une fiole d'huile (on l'appelle le saint-Chrême) et un cierge de baptême. Par le baptême, on devient tellement semblable au Christ (on est "configurés" à lui) que l'on devient un "petit christ", un chrétien, celui qui a reçu le "Chrisme", le "Chrême" ... tous ces mots signifient la même chose : recevoir de l'huile sur la tête, recevoir une "onction", non pas tellement d'huile, mais du Saint-Esprit, qui nous fait semblables au Christ.

J’attire votre attention sur le cierge de baptême, qui en fait est un cierge pascal en réduction ; le cierge a cette caractéristique qu’il est un symbole de mort et de vie, car la cire meurt pour que la flamme vive : autrement dit, dans votre baptême, il y a de la mort et de la vie ; nous devons « mourir au péché », c’est-à-dire faire mourir en nous ce qui de toutes façons va mourir avec le jour de notre mort, et développer ce qui vivra toujours dans le Ciel, essentiellement l’amour.

Dieu vous donne aujourd’hui une grâce de « mort au péché » et de « vie éternelle », mais il n’y a rien de magique, tout reste à faire, afin que vous puissiez ressusciter comme le Christ.

Le Christ est ressuscité, parce que toute sa vie durant, il a fait mourir la mort et le péché, et comme naturellement, le jour de sa mort s’est soldé par une victoire sur la mort. On ne ressuscite pas par  je ne sais quelle magie divine, on ressuscite si on « installe » la résurrection en nous par une vie qui plaise à Dieu !

P. Emmanuel d'Andigné

07 mai 2012

homélie du 06 avril 2012-Passion et politique


Homélie du Vendredi saint 2012- lecture "politique" de la passion

Il me semble que l’on peut faire une lecture « politique (au sens noble du terme) » de cette longue page d’Evangile. Pour ce faire, j’attire votre attention sur la vision du pouvoir politique que nous donne saint Jean.

Celui-ci souligne un paradoxe : à vue humaine, durant la Passion, on se débarrasse d’un agitateur public (Jésus), à vue divine, on est en train d’accomplir les Ecritures ! En effet Caïphe agit avec sa courte vue, humaine, mais il ne se rend pas compte qu’il est en train d’accomplir les Ecritures et il les accomplit  –et c’est sans doute ça le plus important- parce qu’il a reçu une charge, et que cette charge lui donne un charisme, une grâce, liée à son état de grand-prêtre :

Jn 11, 51 Ce qu'il disait-là ne venait pas de lui-même ; mais, comme il était grand prêtre cette année-là, il fut prophète en révélant que Jésus allait mourir pour la nation. Or, ce n'était pas seulement pour la nation, c'était afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.

Cela signifie que, quel que soit le président, pour revenir à notre pays , quel que soit le mode de scrutin, quel que soit le régime politique qui fait que quelqu’un est au pouvoir, légitimement, une grâce lui est donnée pour que, finalement, les Ecritures s’accomplissent … grâce à lui, ou malgré lui

Il faut citer également Rm 13, 1 : « Il faut que tout être humain soit soumis aux autorités qui sont au-dessus de lui, car il n'y a d'autorité qu'en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu »;

Cependant, bien entendu, plus il y aura de vocations politiques parmi les vrais disciples du Christ, plus les dirigeants approcheront leur courte vue  de la grande vue du Christ lui-même, pour que le Règne du Christ s’étende et que le règne de Satan s’éteigne !

Evidemment, les candidats ne respirent pas forcément l’Evangile, comme nous, d’ailleurs, voilà pourquoi Jésus a dit :

Mt 23, 02 « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. »

Soyons justes : il peut arriver que l’on dise et que l’on fasse ! Il suffit simplement de se dire que, lorsqu’un responsable politique dit et ne fait pas, il faut rechercher et pratiquer ce qu’il dit, quand même !

Au fond, la lecture de la Passion nous permet une hauteur de vue non seulement dans ce domaine de la politique, mais aussi dans le domaine plus large de la responsabilité, et bien d’autres domaines, ce qui est assez logique, puisqu’il s’agit finalement essentiellement d’amour, dans la Passion, mais aussi de vie et de mort, de bien et de mal, de souffrance et de réconfort.

La Passion est pleine d’enseignement pour le cœur et pour l’intelligence et nous pourrions demander à la très Sainte Vierge Marie de nous accompagner, pour nous apprendre comme retenir toutes ces choses et les converser en notre cœur au moment où nous fêterons joyeusement, mais du coup avec profondeur, la résurrection de Jésus et la nôtre …

P. Emmanuel d'Andigné