13 décembre 2007

homélies

09 décembre 2007 / catéchèse sur la messe - deuxième partie : la "liturgie de la parole"
la Messe est un trésor, notre plus grand trésor … Le Père Jean Grelon a expliqué la semaine dernière comment s’ouvre le coffre, il m’incombe aujourd’hui, de décrire une partie du contenu de ce trésor : la Liturgie de la Parole.

Dans mon coffre, il y a 7 éléments : la 1ère lecture, le psaume, la 2ème lecture, l’Evangile, l’homélie, le Credo et la Prière Universelle . Pour comprendre comment ces éléments fonctionnent, il faut, me semble-t-il, les regrouper en 2 familles : « DIEU NOUS PARLE » & « NOUS PARLONS A DIEU ». « DIEU NOUS PARLE » dans la 1ère lecture, la 2ème lecture et l’Evangile. « NOUS PARLONS A DIEU » dans le psaume, le Credo et la Prière Universelle.

La liturgie de la parole est en fait une conversation amoureuse entre Dieu et l’humanité

1ère famille : Dieu nous parle
Quelle merveille ! Dieu n’est pas seulement une cause de l’univers, il nous parle, c’est une personne qui nous parle … en effet, tous ces textes que nous entendons à la messe sont tirés de la Bible. « Parole du Seigneur », « Acclamons la Parole de Dieu », sont autant de signes liturgiques qui nous rappellent que c’est bien Dieu qui nous parle à travers ces textes.

Concrètement, je vous invite à faire deux actes de foi
1) Avant d’écouter les textes, vous dire : « Il va me parler … » ; et lorsque que se termine cette liturgie, cette messe, vous dire « Dieu m’a parlé ! »
2) Le deuxième effort est plus difficile … il s’agit de se dire : « Même pendant l’homélie, Dieu continue à me parler ! »

Rassurez-vous, les prêtres ne se prennent pas pour Dieu … mais ils sont les portes-parole de Dieu, comme Jean le Baptiste. Celui-ci nous rappelle deux choses qui sont bien utiles pour comprendre le mécanisme de la prédication : premièrement qu’il faut se convertir (et d’ailleurs merci aux enfants du caté qui nous proposent chaque semaine un effort, un point d’attention pour bien se préparer à Noël, au dos de la feuille paroissiale), et deuxièmement qu’il n’est pas le messie, qu’il annonce quelqu’un de plus grand que lui … n’est-ce pas précisément le cas des prédicateurs ?

La conversion peut-elle être produite par une prédication ? Je connais à ce sujet une histoire vraie qui est arrivée à un jeune prêtre du diocèse d’Autun : il avait préparé une homélie en deux parties ; il était assez content de ce qu’il avait fait … il commence à parler et s’aperçoit au milieu du discours qu’il a oublié une chose très importante, à savoir la transition entre ces deux parties ; panique à bord … il se demande comment s’en sortir … jusqu’au moment où, à court d’idées, il se lance : « j’ai terminé la première partie de mon homélie, je vais donc commencer la deuxième » … et furieux contre lui-même, rougissant, il continue et termine son homélie ; à la fin de la messe, une personne vient le voir : « merci mon Père, pour votre homélie ! » ; il esquisse un sourire, persuadé qu’il va se faire moquer de lui ; « oui, merci, mon Père, parce que, à un moment donné, vous avez parlé de première et deuxième partie, et à ce moment-là, j’ai compris que je devais mettre fin à une première partie de ma vie, me convertir et en commencer une deuxième ! »

L’Esprit Saint est donc la clé de toute la Liturgie de la parole, c’est lui qui a inspiré les Ecritures, c’est lui qui travaille dans le cœur des fidèles, c’est lui qui parle à travers le prêtre. Priez l’Esprit-Saint !!! c’est une troisième recommandation que je vous fait. Il vous aidera à avoir un
regard de foi sur le prêtre, ainsi que sur le voisin de gauche ou de droite, il ouvrira votre cœur et si le cœur de votre voisin n’est pas ouvert, à votre prière il l’ouvrira pour que la parole de Dieu fasse son chemin dans tous les cœurs.

2ème famille : nous parlons à Dieu
Emerveillement, là encore ! Nous pouvons parler au Créateur … il n’est pas trop grand, ou plutôt, si, il l’est, mais il veut bien qu’on lui parle et je crois même pouvoir dire qu’il aime qu’on lui parle.

Comment lui parlons- nous ? Evidemment par le Credo (qui est autant une déclaration d’amour qu’une déclaration de doctrine), évidemment par la Prière Universelle, mais aussi, d’une certaine manière par le psaume, et je voudrais m’attarder un peu plus sur lui … Son nom complet est « psaume responsorial », ce qui signifie qu’il est fait pour répondre à Dieu (qui vient de parler dans la première lecture). Mais alors, pourquoi un psaume, toujours après la première lecture ? Pourquoi pas un bau poème contemporain, un chant d’aujourd’hui ? Je vois deux raisons fondamentales à cela : la première est liée à la structure de la liturgie, la seconde dépend de la prière du Christ.
Il y a, en effet, pendant la liturgie de la Parole, ce que j’appellerais une « cascade de réponses à Dieu ». On entend d’abord une réponse inspirée certainement par Dieu, puisqu’elle se trouve dans la Bible, dans le « livre des psaumes » ; ensuite, c’est la réponse des Apôtres, le je crois en Dieu, l’héritage de foi que nous avons reçu d’eux et qui dépend, évidemment, de la première réponse ; enfin, c’est à notre tour, avec nos mots d’aujourd’hui, que nous donnons réponde à Dieu, dans la prière universelle. On peut dire, donc, que les psaumes sont bien « parole de Dieu », mais tels qu’ils apparaissent dans la liturgie, ils sont plutôt de l’ordre de la réponse à Dieu, inspirée par Dieu lui-même.

Cependant, quelles que soient les raisons liturgiques proprement dites, les psaumes sont surtout et par excellence la prière de Jésus !!! Il connaissait par cœur les psaumes, les récitait tous les jours : l’Eglise met un point d’honneur à prier comme lui, à l’imiter au plus près en tout, et en particulier dans l’art de la prière …

Je reviens à l’Esprit Saint et je termine avec lui : L’Esprit Saint est l’amour qui unit le Père au Fils et il est aussi celui qui unit Dieu à l’homme, il est l’amour entre l’homme et Dieu, il est le grand artisan de la Liturgie de la parole … demandons-lui, maintenant, dans le silence, de nous éclairer sur toutes choses et d’entretenir en nous l’amour de Dieu et du voisin.

P. Emmanuel d'Andigné

Homélies

Attention ! chaque dimanche de l'Avent, la prédication consiste en une catéchèse sur l'une des quatre étapes de la célébration d'une messe
02 décembre 2007 /1er Dimanche de l'Avent : L'ouverture de la célébration
En entrant dans l'église, peut-être avez-vous remarqué un changement dans le sanctuaire. Regardons bien ! L'autel qui se trouve devant vous est recouvert d'une grande nappe qui redescend par devant. Sur cette nappe ont été disposés plusieurs objets : une croix, un livre qui est le livre de la parole de Dieu, une patène et un calice avec le pain et le vin et enfin un quatrième objet que je laisse à votre imagination. Ce peut être un personnage qui le doigt pointé vous dit: "Allez maintenant annoncer ce que vous avez reçu", ou encore l'image de deux pieds rappelant cette parole de l'Écriture:
"Bienheureux les pieds de ceux qui partent porter la bonne nouvelle du Seigneur".
La présence de ces objets a pour but de. conduire notre réflexion pendant tout ce temps de l'Avent jusqu'à Noël. Ces objets sont des signes. L'équipe d'animation paroissiale a voulu, à travers la présence de ces objets, nous faire redécouvir ou découvrir ce que nous célébrons chaque dimanche à la messe.

Le premier objet est la Croix. Elle est placée bien en vue aussi sur le mur face à nous. Elle est le rappel du mystère pascal, celui de la mort et de la résurrection du Christ. Le second objet est le livre de la parole de Dieu. Jésus, mort et ressuscité, va nous parler et nous nourrir de sa parole. La patène avec l'hostie et le calice avec le vin qui deviendront, à la parole du prêtre, le corps et le sang du Christ, nous rappellent que Jésus vivant se veut notre nourriture dans notre vie de chaque jour. Ainsi la table de l'autel avec sa nappe, rappelle le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Enfin le quatrième objet symbolise notre envoi en mission. "Allez annoncer au monde les merveilles que vous avez reçues à la double table de la parole et de l'Eucharistie.
Quatre objets. Quatre thèmes de prédication : l'ouverture de la célébration, la liturgie de la parole, celle de l'Eucharistie, l'envoi en mission.

Lorsqu'il m'a été demandé de me charger de la première prédication, je me suis demandé comment j'allais m'y prendre. Et puis je me suis souvenu de la première destination du bâtiment dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui et qui a été construit juste avant la guerre de 1939. Sa destinée était celle d'une salle paroissiale, une salle qui pouvait servir à des spectacles, autrement dit un théâtre. Elle fut provisoirement une chapelle, la chapelle ND. de Lourdes, puis l'église de la paroisse Sainte Bernadette. La grande église projetée à cette époque ne fut jamais construite.

Un théâtre où se joue une histoire, un drame, un opéra, c'est un lieu avec des acteurs et des spectateurs. Le spectacle commence toujours par une annonce et une ouverture. Il y a des affiches, puis une fois entrés avec un billet dans la salle, on entend les trois coups ou on écoute une ouverture s'il s'agit d'un opéra. Tout ceci a pour but de nous inviter à être à l'heure si on ne veut pas manquer le début. Un théâtre, c'est une salle avec une scène placée suffisamment haut pour que tout le monde puisse bien voir. Les participants sont de deux sortes:
- d'abord les acteurs. Ils arrivent parfois du fond de la salle, si bien qu'avant de monter sur la scène on peut deviner à leur costume ce qui va se jouer devant nous.
- ensuite les spectateurs. Ils ont lu les affiches ou ont entendu parler de ce qui va être joué. Ils ont acheté leur billet et se préparent à entrer. Il arrive parfois que le théâtre ferme ses portes pour que les spectateurs ne soient pas gênés par ceux qui arrivent en retard et dans ce cas on entre à l'entracte.

Les spectateurs ne sont pas inactifs. Ils vont vivre ce qui va se passer sur la scène et manifester leurs sentiments de différentes manières, en particulier par des applaudissements. Voilà ce que vous êtes appelés à vivre chaque dimanche en participant à la liturgie de l'Eucharistie, en participant à la messe. La sonnerie qui annonce le spectacle, c'est la cloche de l'église qui sonne suffisamment longtemps à l'avance pour que nous puissions nous préparer et venir. Le billet d'entrée, c'est notre titre de baptisés. C'est ce titre qui nous donne le droit de recevoir la nourriture de l'Eucharistie. On peut rappeler cet état de baptisé en faisant le signe de la croix avec l'eau bénite en entrant dans l'église. Les acteurs sont au bas de l'église et vont monter en procession vers le sanctuaire où va se jouer une histoire, celle du mystère pascal.
Le personnage, l'acteur principal est le Christ. Il en sera question tout au long de la cérémonie. Il est rendu présent par la personne du prêtre, collaborateur de l'évêque et relié par lui au premier prêtre, le Christ Jésus lui-même.
Arrivés près du sanctuaire, le prêtre et ses assistants saluent l'autel où se trouvent des reliques de martyrs. C'est ce que nous avons fait il y a quelques instants. Tout est désormais en place pour la célébration. Le lever de rideau, c'est le geste du signe de la croix donné par le prêtre célébrant. Il nous introduit à la cérémonie par un souhait de bienvenue qui se fait au nom de la Sainte-Trinité. "La grâce de Jésus Notre-Seigneur, l'amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient toujours avec vous". Votre réponse: "Et avec votre esprit" indique votre adhésion à ce qui va se passer. Vous êtes spectateurs et en même temps acteurs avec celui qui parle et qui va rendre présent le Christ dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Et le prêtre poursuit en annonçant ce qui est particulier à chaque dimanche: "Aujourd'hui c'est le premier dimanche de l'Avent". Ainsi dans le jeu liturgique qui se passera sous nos yeux il va y avoir à la fois:
- un rappel de l'essentiel du mystère pascal : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang livré pour vous en rémission des péchés".

- et un rappel de la longue histoire du salut de l'humanité qui commence avec la création du monde et le péché de l'homme, et s'achève avec la venue du Christ, Roi de l'Univers.
Dans chaque messe il y a ce double aspect. L'un ne va pas sans l'autre.
L'ouverture de la célébration va se poursuivre avec la liturgie de la parole. Or on ne peut recevoir quelqu'un chez soi, sans préparer la maison, la rendre propre et accueillante. On pourra ensuite se réjouir de sa présence et partager avec cette personne la parole et le pain. C'est tout le sens de cette demande de purification de notre esprit et de notre cœur : "Seigneur prends pitié de nous. Nous avons péché contre toi". C'est tout le sens de notre joie de la rencontre avec le chant de louange qui vient ensuite, le "Gloire à Dieu". Notre célébration liturgique prend alors tout son sens, celui d'une rencontre avec le Christ qui vient nous visiter. Cette ouverture, ce lever de rideau, nous font entrer dans un spectacle que nous voulons beau. Il vous est demandé de ne pas rester silencieux mais d'y participer au moins de cœur.
Que la beauté de cette maison de Dieu, que la beauté de cette liturgie de la messe, nous donnent envie de rejoindre un jour, pour le louer éternellement, ce Dieu Père qui, en son fils Jésus, a fait de nous non seulement son peuple mais aussi ses enfants.
P. Jean Grelon

08 décembre 2007

Homélies

Homélie de la fête du Christ-Roi - 25 novembre 2007
ça ne vous a pas échappé, le mois de novembre commence par le 01 nov !Je formule donc une proposition : le mois de novembre sera appelé « mois de la sainteté » à la paroisse sainte-Bernadette (merci aux membres de l’équipe « coin-prière » d’avoir suggéré que chaque semaine de novembre permette de découvrir un saint nouveau sur la feuille paroissial)

Qu’est-ce qu’un saint ? N’est-ce pas celui qui couronne Jésus dans son cœur et dans sa vie ? La fête du Christ-Roi tombe bien pour clôturer le mois de novembre … Jésus semble nous dire : « vous voyez tous les saints qui m’ont vraiment intronisé comme Roi, faites de même, et vous aurez vous aussi une place dans les jours du mois de novembre, et en tous les cas sûrement le 1er jour de novembre, puisque celui-ci est dédié à tous les saints inconnus. »

Mais évidemment, le problème est de savoir ce que signifie « introniser Jésus » dans son cœur et dans sa vie … commençons tout simplement par dire qu’un être humain, c’est un royaume, c’est un monde, et ce monde, comme tous les autres, à besoin d’un gouvernement, d’une direction, d’un roi.

Je voudrais prendre un exemple, parmi les saints que nous connaissons bien. Tout le monde sait bien que Saint Augustin est un voyou repenti, qu’il était odieux et jouisseur, et qu’il est pourtant devenu une des plus grandes intelligences du christianisme, qu’il a brusquement et totalement et définitivement « intronisé » Jésus.

Mais je vous propose de pousser l’analyse un peu plus loin : avant d’avoir Jésus pour roi, Augustin avait en lui des petits chefs, des tyrans qui se disputaient en lui-même et le forçait à faire milles chose mauvaises et contradictoires …j’en ai épinglé pour vous simplement trois : dans le livre des confessions, au tout début, il raconte l’épisode du vol des poires, il a 16 ans, on l’écoute :

9. Le larcin est condamné par votre loi divine, Seigneur, et par cette loi écrite au coeur des hommes, que leur iniquité même n'efface pas. […] Eh bien! moi, j'ai voulu voler, et j'ai volé sans nécessité, sans besoin, par dégoût de la justice, par plénitude d'iniquité; car j'ai dérobé ce que j'avais meilleur, et en abondance. Et ce n'est pas de l'objet convoité par mon larcin, mais du larcin même et du péché que je voulais jouir. Dans le voisinage de nos vignes était un poirier chargé de fruits qui n'avaient aucun attrait de saveur ou de beauté. Nous allâmes, une troupe de jeunes vauriens, secouer et dépouiller cet arbre, vers le milieu de la nuit, ayant prolongé nos jeux jusqu'à cette heure, selon notre détestable habitude, et nous en rapportâmes de grandes charges, non pour en faire régal, si toutefois nous y goûtâmes, mais ne fût-ce que pour les jeter aux pourceaux: simple plaisir de faire ce qui était défendu. Voici ce coeur, ô Dieu! ce coeur que vous avez vu en pitié au fond de l'abîme. Le voici, ce coeur; qu'il vous dise ce qu'il allait chercher là, pour être gratuitement mauvais, sans autre sujet de malice que la malice même. […]

Ce que nous comprenons, c’est que le vice du vol, le plaisir de voler, l’emporte chez le jeune homme sur le fait que le vol lui rapporte quelque chose ; il aurait pu voler parce qu’il avait faim ou parce qu’il était pauvre (ou les deux), mais il volait par plaisir, par attirance pour ce qui est interdit. Autrement dit, Augustin à 16 ans était mené par le démon du vol, un petit tyran qui lui a intimé l’ordre de faire ce vol.

Mais par ailleurs nous savons bien que ce jeune homme avait plusieurs autres tyrans en lui : par exemple, un amour désordonné pour les jeunes filles, même si, à vrai dire, le mot d’amour est sans doute trop gentil : il faudrait dire attirance physique grossière …Voilà un deuxième tyran, voilà un deuxième petit chef en lui qui lui intimait l’ordre de mépriser le trésor inviolable d’un corps et d’un cœur, et de profaner ce temple de Dieu ; mais ce deuxième tyran intérieur de Saint Augustin, tout le monde le connaît bien.

Il y en a un troisième, peut-être moins connu, a pensée manichéenne : à un moment de son existence, St Augustin était manichéen, ce qui signifie qu’il considérait qu’il y a un Dieu du mal (Satan), et un Dieu du Bien (Dieu), se disputant la primauté sur la scène du monde, raison pour laquelle on constate que dans l’homme ces deux forces se mêlent et s’entrechoquent constamment, comme dans une guerre. Cette pensée avait des apparences chrétiennes, et même un vocabulaire chrétien, mais en réalité, ce n’était qu’apparence …on l’écoute :

10. Aussi, je rencontrai des hommes, au superbe délire, charnels et parleurs; leur bouche recélait un piége diabolique, une glu composée du mélange des syllabes de votre nom, et des noms de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Paraclet notre consolateur, l'Esprit-Saint. Ces noms résidaient toujours sur leurs lèvres, mais ce n'était qu'un son vainement articulé; leur coeur était vide du vrai.

Autrement dit, St Augustin faisait un péché intellectuel (c’est possible !), il se laissait embobiner par un autre « petit chef » intérieur, qui l’impressionnait par la simplicité de son discours et son vocabulaire racoleur…

C’est dans cet état confus que ce trouvait st Augustin, tiraillé par mille chefs intérieurs, de sorte qu’il ne savait plus où il en était …

La rencontre de St Ambroise, à Milan, les larmes et les prières de sa mère, la découverte des chrétiens de son temps, ont fait qu’il a découvert que pour régner sur un royaume (son cœur), un seul Roi suffisait, et que ce Roi était aussi doux qu’il était exigeant.
Mais il découvre aussi que, et c’est cela le plus beau, obéir à ce roi fait qu’on se trouve soi-même, lui obéir, c’est redevenir soi-même, car ce roi veut vraiment notre bonheur, il ne veut pas dominer par crainte de disparaître …

Introniser Jésus comme notre roi, c’est introniser un Dieu crucifié, c’est avoir un roi dont la couronne est faite d’épines, dont le trône est une croix et dont le sceptre est une branche d’hysope. Il a la puissance des vrais rois, il « tient » sa puissance, il la « retient », et la déploie quand il le faut (à la résurrection !) …

Introniser Jésus, cela veut dire, donc, détrôner les petits tyrans qu’il y a en nous, ne pas avoir plusieurs chefs à la fois, connaître une conversion pour devenir des saints ! La fête du Roi, c’est la fête du Royaume, c’est notre fête à nous aussi, que notre royaume intérieur soit en fête aussi !
P. Emmanuel d'Andigné

27 novembre 2007

Catéchèses du lundi

Le baptême – 19 novembre 2007

Introduction :
Je commence par vous rappeler qu’il existe 3 « familles » de sacrements : les sacrements de l’initiation (baptême, eucharistie, confirmation), les deux sacrements de guérison (pardon et onction des malades), les deux sacrements de communion (mariage et ordre). Par ailleurs, il existe une autre manière de « classer » les sacrements, et cette fois en deux familles : les sacrements « à caractère » (qui sont indélébiles et que l’on ne reçoit qu’une fois) et les autres … le baptême est un sacrement à caractère, et c’est le premier des sacrements de l’initiation.
Il est toujours bon de rappeler que l’Eucharistie constitue le « sommet » des 7 sacrements (l’expression est de Vatican II), et que par conséquent, en l’occurrence, le baptême est orienté tout entier vers l’Eucharistie (car ce sacrement nous fait revivre le mystère de Pâques, central dans la vie du Christ et central dans la vie chrétienne).

Définition du baptême : il y en a deux dans le CEC, le mieux est de les écouter en entier :
1213 : Le saint Baptême est le fondement de toute la vie chrétienne le porche de la vie dans l'Esprit ("vitæ spiritualis ianua") et la porte qui ouvre l'accès aux autres sacrements. Par le Baptême nous sommes libérés du péché et regénérés comme fils de Dieu, nous devenons membres du Christ et nous sommes incorporés à l'Eglise et faits participants à sa mission
1262 : Les différents effets du Baptême sont signifiés par les éléments sensibles du rite sacramentel. La plongée dans l'eau fait appel aux symbolismes de la mort et de la purification, mais aussi de la régénération et du renouvellement. Les deux effets principaux sont donc la purification des péchés et la nouvelle naissance dans l'Esprit Saint (cf. Ac 2,38 Jn 3,5).
On aura grandement intérêt à relire calmement ces deux définitions, en s’arrêtant sur chaque mot ou membre de phrase ; en continuant cette catéchèse, on reviendra, en fait, sur ces aspect soulignés par les deux définitions.

Qui a inventé le baptême ?
Jean-Baptiste a inventé le baptême d’eau (d’où le terme choisi pour ce geste particulier : « baptême » signifie « Plongeon »). Jésus, lui a inventé le baptême « dans l’eau et dans l’Esprit » . Le cœur est là : l’Esprit de Dieu, au jour du baptême, fait entrer le mystère de la Pâque en nous, de sorte que, configurés au Christ, nous lui ressemblons dans la souffrance, la mort et la résurrection. Le baptême fait en quelque sorte « entrer » la passion, la mort et la résurrection en nous.

Le baptême est donc un mystère de vie et de mort
L’eau de source, nous redit le catéchisme, est un symbole de vie, l’eau de mer, quant à elle, est un symbole de mort (dans l’Antiquité, en effet, la mer était encore plus dangereuse qu’aujourd’hui). Le Baptême comporte en effet une symbolique de vie et de mort à la fois : le baptême entraîne la mort du péché et du mal (c’est l’eau de mer), et dans le même temps, il donne la vie éternelle (c’est l’eau de source).
Le CEC retrace, vous verrez, les « histoires » où il est question d’eau dans l’Ancien Testament, ces « histoires » sont comme des « brouillons » du baptême, ou pour employer un vocabulaire technique des « préfigurations » du baptême. Après l’Ancien Testament, le Catéchisme étudie le sacrement tel qu’il est apparu à l’époque de Jésus puis tel qu’il est pratiqué dans l’Eglise.

Pourquoi Jésus se fait-il baptiser ?
« Pour s’anéantir », car c’était la seule voie possible pour sauver vraiment les hommes : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit entraîné dans la Vie avec Dieu. Il fallait que Dieu « descende » au milieu des hommes pour que l’homme puisse « monter » en Dieu.

Le baptême dans l’Eglise aujourd’hui
Il me semble qu’il est valable de lire, ce soir, en entier le commentaire que fait le Catéchisme sur chacun des signes du baptême, la liturgie est la meilleure source d’enseignement sur les mystères du christianisme :

1234 Le sens et la grâce du sacrement du Baptême apparaissent clairement dans les rites de sa célébration. C'est en suivant, avec une participation attentive, les gestes et les paroles de cette célébration que les fidèles sont initiés aux richesses que ce sacrement signifie et réalise en chaque nouveau baptisé.

1235 Le signe de la croix, au seuil de la célébration, marque l'empreinte du Christ sur celui qui va lui appartenir et signifie la grâce de la rédemption que le Christ nous a acquis par sa croix.

1236 L'annonce de la Parole de Dieu illumine de la vérité révélée les candidats et l'assemblée, et suscite la réponse de la foi, inséparable du Baptême. En effet, le Baptême est d'une façon particulière "le sacrement de la foi" puisqu'il est l'entrée sacramentelle dans la vie de foi.

1237 Puisque le Baptême signifie la libération du péché et de son instigateur, le diable, on prononce un (ou plusieurs) exorcisme(s) sur le candidat. Il est oint de l'huile des catéchumènes ou bien le célébrant lui impose la main, et il renonce explicitement à Satan. Ainsi préparé, il peut confesser la foi de l'Eglise à laquelle il sera "confié" par le Baptême (cf. Rm 6,17).

1238 L'eau baptismale est alors consacrée par une prière d'épiclèse ( soit au moment même, soit dans la nuit pascale). L'Eglise demande à Dieu que, par son Fils, la puissance du Saint-Esprit descende dans cette eau, afin que ceux qui y seront baptisés "naissent de l'eau et de l'Esprit" (Jn 3,5).

1239 Suit alors le rite essentiel du sacrement: le Baptême proprement dit, qui signifie et réalise la mort au péché et l'entrée dans la vie de la Très Sainte Trinité à travers la configuration au Mystère pascal du Christ. Le Baptême est accompli de la façon la plus significative par la triple immersion dans l'eau baptismale. Mais depuis l'antiquité il peut aussi être conféré en versant par trois fois l'eau sur la tête du candidat.

1240 Dans l'Eglise latine, cette triple infusion est accompagnée par les paroles du ministre: "N., je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit". Dans les liturgies orientales, le catéchumène étant tourné vers l'Orient, le prêtre dit: "Le serviteur de Dieu, N., est baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit". Et à l'invocation de chaque personne de la Très Sainte Trinité, il le plonge dans l'eau et le relève.

1241 L'onction du saint-chrême, huile parfumée consacrée par l'évêque, signifie le don de l'Esprit Saint au nouveau baptisé. Il est devenu un chrétien, c'est-à-dire "oint" de l'Esprit Saint, incorporé au Christ, qui est oint prêtre, prophète et roi (cf. OBP 62).

1242 Dans la liturgie des Eglises d'Orient, l'onction postbaptismale est le sacrement de la Chrismation (Confirmation). Dans la liturgie romaine, elle annonce une seconde onction de saint-chrême que donnera l'évêque: le sacrement de la Confirmation qui, pour ainsi dire, "confirme" et achève l'onction baptismale.

1243 Le vêtement blanc symbolise que le baptisé a "revêtu le Christ" (Ga 3,27): est ressuscité avec le Christ. Le cierge, allumé au cierge pascal, signifie que le Christ a illuminé le néophyte. Dans le Christ, les baptisés sont "la lumière du monde" (Mt 5,14 cf. Ph 2,15).
1244 La première communion eucharistique. Devenu enfant de Dieu, revêtu de la robe nuptiale, le néophyte est admis "au festin des noces de l'Agneau" et reçoit la nourriture de la vie nouvelle, le Corps et le Sang du Christ. Les Eglises orientales gardent une conscience vive de l'unité de l'initiation chrétienne en donnant la sainte Communion à tous les nouveaux baptisés et confirmés, même aux petits enfants, se souvenant de la parole du Seigneur: "Laissez venir à moi les petits enfants, ne les empêchez pas" (Mc 10,14). L'Eglise latine, qui réserve l'accès à la sainte Communion à ceux qui ont atteint l'âge de raison, exprime l'ouverture du Baptême sur l'Eucharistie en approchant de l'autel l'enfant nouveau baptisé pour la prière du Notre Père.

Une fois réalisé ce commentaire, il n’est pas sans intérêt de considérer ce même baptême sous l’angle oriental et sous l’angle occidental ; entre Orient et Occident, il y a ressemblances et différences, voyons lesquelles :

Ce qu’il y a de commun à l'Orient et l'Occident :
Tout d’abord, redisons que le baptême est un des principaux points d’appui de l’œcuménisme ! En effet, ce sacrement est commun à toutes les Eglises, nous reconnaissons, nous catholiques, le baptême de toutes les autres confessions.
Ensuite, quant à la nécessité du baptême, il y a évidemment un parfait accord entre l’Orient et l’Occident : le baptême est nécessaire au Salut (je cite le Catéchisme : « Le Seigneur lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut (cf. Jn 3,5). Aussi a-t-il commandé à ses disciples d'annoncer l'Evangile et de baptiser toutes les nations (cf. Mt 28,20) (cf. DS 1618 LG 14 AGd 5). Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l'Evangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement (cf. Mc 16,16). L'Eglise ne connaît pas d'autre moyen que le baptême pour assurer l'entrée dans la béatitude éternelle; » CEC 1257)
Enfin, sans que ce troisième point soit un point final, tous sont d’accord, évidemment, sur le fait que le baptême apporte (on devrait dire « confère », ce qui est plus fort) une grâce que l’on appelle « sanctifiante » (qui nous rend saints, qui installe en nous les conditions pour que nous devenions saints, après quoi il nous incombe de faire fructifier le don). Cette grâce a principalement deux effets : elle libère du péché et incorpore à l’Eglise.

Les différences :
Par sa pratique sacramentelle (quand on baptise un nouveau-né, il reçoit aussi l’Eucharistie et la confirmation !), l’ Orient veut montrer la primauté de la grâce de Dieu, il veut montrer qu’un sacrement dépend d’abord et surtout de Dieu, que c’est Dieu qui agit principalement dans le sacrement, quelle que soit la conscience du baptisé. L’ Occident, quant à lui, souligne que l’on devient chrétien autant qu’on l’est : c’est la raison pour laquelle il préfère que les trois sacrements de l’initiation soient administrés selon des étapes qui correspondent aux âges de la vie (baptiser tout petit, donner l’Eucharistie à 7 ou 8 ans, confirmer à 14 ou 16 ans …)

Les deux autres baptêmes
Il existe, si l’on peut dire ainsi, deux autres baptêmes : le baptême de sang et le baptême de désir. On reçoit le « baptême de sang » lorsque l’on confesse la foi chrétienne et que cet acte nous coûte la vie violemment, par l’effusion du sang. Par ailleurs, lorsque quelqu’un désire le baptême et meurt avant de voir son vœu exaucé, on dit qu’il reçoit un « baptême de désir ».

Ces deux « baptêmes » ne sont pas des sacrements mais ils en ont les effets, c’est-à-dire qu’on y reçoit la même grâce que si on avait été baptisé.

Conclusion :
Il me semble nécessaire et logique de terminer en disant que le baptême est un appel puissant à la sainteté : un saint, au fond, c’est un baptisé épanoui, qui a entendu Dieu le Père lui dire « tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » et qui lui répond, par toute sa vie : « tu es mon Père bien-aimé, en tout je veux mettre tout mon amour ».
P. Emmanuel d'Andigné

17 novembre 2007

Homélies

Homélie radiophonique - R. C. F. - 33ème dimanche du temps ordinaire C ( 18 novembre 2007)

D’emblée, il faut le redire : nous sommes aujourd’hui le 33ème dimanche du temps ordinaire, c’est-à-dire l’avant-dernier de l’année liturgique : cela signifie que les textes de ces dernières semaines évoquent une fin de temps, la fin des temps, on l’appelle vulgairement « la fin du monde ». La page d’Evangile que nous ouvrons aujourd’hui nous donne un éclairage sur cette fin et en fait aussi sur la fin de chacun d’entre nous.

On aurait préféré que Jésus se trompât lorsqu’il a parlé de guerres de soulèvement, d’épidémie, de tremblement de terre, car tout cela est en effet le pain quotidien de beaucoup de nos contemporains, …

Mais on comprend fort bien, en écoutant le Christ que toutes ces calamités ne sont pas le prélude immédiat de la fin de ce monde : à la fin de chaque millénaire, un vent de panique a soufflé sur l’humanité, de sorte qu’une catastrophe naturelle était interprété immédiatement comme une expression d’une colère divine avant la destruction de tout

Et on se souvient d’une forme moderne de crainte millénariste dans le fameux bug de l’an 2000, qui même s’il n’avait pas de couleur religieuse, avait quelque chose de très ressemblant à ce qu’évoque Jésus sur la fin du monde : cette fin nous fait peur sans doute par peur de l’inconnu

Il me semble que Jésus veut nous guérir de trois peurs : d’abord la peur de la fin de ce monde, ensuite de la peur de mourir et enfin de la peur de souffrir.

Le maître-mot de cet Evangile pourrait être « confiance ! »

Commençons par la peur de la fin du monde … A la différence de ses disciples, Jésus semble dominer cette fin des temps, il la regarde comme d’en haut, et il entraîne ses disciples à la même hauteur de vue

Et il le fait d’une façon bien à lui, qu’on rencontre à d’autres occasions dans l’Evangile : il parle dans le même passage de fin du monde et de chaque cheveu compté, un peu comme dans une scène de cinéma où au milieu d’une catastrophe planétaire, quelqu’un se soucie d’une déclaration d’amour ou d’un petit geste très symbolique

Souvenez-vous de la façon dont Jésus parle du jugement dernier dans l’évangile selon saint Matthieu (25) : il parle de verres d’eau, de visites aux prisonniers, de soins aux malades. L’amour a quelque chose de très puissant et de très simple à la fois, il n’a rien à craindre, sa puissance traverse la mort, l’amour ne craint pas la fin des temps

L’amour ne craint pas non plus la souffrance, c’est ce que Jésus voudrait nous dire : celui qui souffre avec Dieu pour Père recevra de lui l’inspiration et la vie, celui qui souffre avec Dieu souffrira, c’est vrai, Jésus ne veut pas mentir à ce sujet, mais il souffrira tout en étant plus puissant que tout et que tous :
Plus puissant que la persécution,
Plus puissant que les discours contradictoires,
Plus puissant que la mort, encore une fois

N’ayez pas peur ! On peut certainement tuer un être humain, mais on ne peut pas tuer l’amour en lui, si vraiment il en vit.
Préparons-nous, en effet, à notre fin personnelle et à la fin des temps. En cultivant l’amour, et surtout l’amour de Die, il chassera la crainte, et nous poussera à aimer tous les hommes.

P. Emmanuel d'Andigné

homélies

Homélie radiophonique - R. C. F. 32ème dimanche du temps ordinaire C - (11 novembre 2007)

« Priez aussi pour nous, frères, afin que la Parole du Seigneur poursuive sa course, et qu’on lui rende gloire, partout comme chez vous »

Je formule pour vous aussi ce souhait, auditeurs de RCF, ce souhait que Saint Paul exprimait déjà il y a deux mille ans, et qui résonne comme deuxième lecture de ce 32ème dimanche du temps ordinaire … car si les mots de l’Evangile, dont je vais me faire l’écho restent comme un lettre morte, alors nous aurons perdu notre temps, les uns et les autres …

Quel chemin dans nos cœurs la Parole de Dieu va-t-elle faire vraiment aujourd’hui ? Demandons-le à l’Esprit-Saint, aujourd’hui et chaque dimanche

Elle est étrange, n’est-ce pas, cette histoire ubuesque et terrible et improbable, de maris qui meurent les uns après les autres, dans le même foyer …

A première vue, aucun intérêt … cas d’école, questions de spécialistes, questions de gens qui connaissent leur religion par cœur et qui s’ennuient et alors inventent des problèmes, ils cuisinent (passez-moi l’expression) ce Jésus qu’on dit prophète … pour savoir ce qu’il a dans le ventre …

Une fois de plus, Jésus fait plus que s’en sortir : il fait faire un pas à ceux qui l’écoutent, il élève le débat et nous fait percevoir à quoi ressemble le ciel :

Les amours que nous auront connues ici-bas sont certainement très belles, elles sont nécessaires à tous ceux qui sont encore en pèlerinage sur la terre, mais au ciel, ce sera différent … au ciel, ce sera mieux encore ! Nous serons semblables aux anges, dit Jésus … eh bien les anges ne regardent pas l’apparence physique, ils ne regardent pas le rang dans la société, ils ne regardent pas la superficie de l’être, ils regardent à l’intérieur, ce sont des purs esprits, ils ne voient donc que ce qu’ils sont capables de voir, ils regardent à l’intérieur …

Au ciel, nous aimerons, d’une manière si complète, si parfaite, que l’amour que nous avons su, plus ou moins bien, montrer à notre conjoint, à tous nos congénères sera comme multiplié à l’infini …nous serons capables d’aimer un parfait inconnu avec une tendresse semblable et même supérieure à la tendresse conjugale : c’est pour cela que Jésus dit « qu’on ne se marie pas au ciel »

Il faut bien reconnaître que ici-bas, nous nous aimons bien mal, nous sommes maladroits en amour … nous serons élevés la-haut, à un degré d’amour tel que, comme les Anges, et même comme Dieu, nous aimerons tous les hommes d’une manière divine.

Jeunes époux, rassurez-vous ! Vous vous aimerez toujours, mais vous vous aimerez plus, bien plus encore, et votre amour de la terre est un entraînement à ce mystère de l’amour vécu au ciel.

Mais au fait, époux chrétiens, avez-vous lu l’encyclique « Dieu est Amour » ? Tout cela est expliqué, commenté, médité d’une manière très claire pour nous aider à lire l’Evangile d’aujourd’hui, avec l’intelligence et le cœur … Allez ! Tous à la librairie ou sur internet ! « Dieu est amour » !
P. Emmanuel d'Andigné

13 novembre 2007

Catéchèses

Catéchèse du 15 octobre 2007 – Les sacrements en général : redécouvrir un vrai trésor !

Nous commençons un autre exposé, qui découle du précédent : après qu’on a dit ce en quoi nous croyons, nous disons comment nous le célébrons. Cette deuxième partie est composée de deux sous-parties, d’importances inégales : la liturgie en général et les sacrements en particulier.
L’exposé d’aujourd’hui dépend étroitement du précédent : Sans croire en l’Eglise, l’exposé sur les sacrements s’écroule tout simplement, car les sacrements passent forcément par l’Eglise ; il s’agit de la manière dont Dieu entre en contact avec l’homme, à travers d’autres hommes, pour que Dieu adopte, nourrisse, sauve chaque être humain. Les sacrements sont les 7 portes qui permettent au ciel de descendre sur la terre.


Trois préliminaires bien utiles

I - La Trinité est à l’œuvre dans les sacrements
Le Père en est l’origine (il est à l’origine de tout !), le Fils l’acteur premier (à la fois homme et Dieu, qui meurt et ressuscite), l’Esprit l’ouvrier permanent (il prépare le terrain, facilite la réception, rend présent la grâce qui nous vient par le Christ).

II - Le lien entre la foi et les sacrements
Il faut croire pour y avoir accès et y avoir accès nourrit la foi … c’est sur ce balancement que réside l’équilibre de notre pratique des sacrements. Depuis, longtemps dans l’Eglise, on conserve cet adage : « lex orandi lex credendi (la loi de la prière est la loi de la foi ; autrement dit, à la façon dont l’Eglise prie, en écoutant ses prières, on sait ce en quoi l’Eglise croit)" : la foi est engagée dans les sacrements, on doit entrer dans la foi de l’Eglise pour avoir accès au sacrement. Le CEC dit, en d’autres termes, que "tous les sacrements sont des sacrements de la foi".

III - Qui, comment, où ?
Ces trois questions que l’on se pose spontanément à propos de chaque sacrement reçoivent une réponse très détaillée dans le Catéchisme, je vous renvoie à cette lecture …

Définition du sacrement
les sacrements sont de signes sensibles et efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Eglise, par lesquels nous est donnée la vie divine.


« Signes sensibles », cela signifie qu’il y a toujours quelque chose à voir ou à entendre, ou à sentir dans un sacrement (ce n’est jamais purement spirituel ou –pire !- intellectuel) : une grâce, nous est donnée, mais toujours avec un geste, une parole …

« Efficaces », cela signifie que les sacrements changent vraiment quelque chose, même s’il est bon de préciser que l’efficacité dépend de Dieu surtout (c’est la différence avec le sacramental –comme par exemple se signer en arrivant dans l’église ou bénir une médaille-, dont l’efficacité dépend surtout de la bonne volonté et de la foi de celui qui le reçoit).

« la grâce et la vie divine » sont bien le but principal de la réception des sacrements : le ciel descend sur la terre … et nous sommes faits pour le ciel ! Les sacrements nous habituent au ciel.

« institués par le Christ et confiée à l’Eglise » : cette partie de phrase fait allusion à la polémique de l’institution des sacrements, inaugurée par Luther au moment de la Réforme (XVIème siècle) ; celui-ci contestait que tous les sacrements ont été institués par Jésus lui-même. C’est l’occasion de nous rappeler une nouvelle fois notre foi en l’Eglise, qui effectivement prend la suite de Jésus et conserve bien ce qui a été institué par le Christ. Ce n’est pas l’Eglise qui a décidé que tel ou tel acte liturgique (le mariage, par exemple ou le pardon) était un sacrement, elle s’est contentée de reconnaître chacun d’eux au fur et à mesure du temps et s’est fixée, au bout d’un certain temps, sur les 7 sacrements que nous connaissons aujourd’hui.

723, voilà un chiffre qui résume bien la question des sacrements
7
, c’est le nombre de sacrements : ce chiffre est évidemment symbolique, même s’il faut bien dire que le symbole n’est pas le seul responsable de ce chiffre, celui-ci est une réalité.
2, ce sont les 2 catégories de sacrements : les sacrements « à caractère » (baptême confirmation et ordre) et les 4 autres qui eux n’impriment pas de « caractère » dans la personne, de sorte que l’on peut les recevoir plusieurs fois. En revanche, on ne peut-être baptisé qu’une fois, confirmé qu’une fois, ordonné prêtre qu’une fois.
3, ce sont les 3 familles de sacrements : l’initiation (baptême, confirmation, eucharistie), la guérison (pardon et onction des malades), la communion (ordre et mariage).

P. Emmanuel d'Andigné

10 novembre 2007

Homélies

Homélie du 32ème dimanche du temps ordinaire C - 10/11 novembre 2007
Sur votre feuille d’annonces qui paraît chaque semaine, une longue liste de personnes apparaît : c’est la prière pour les vivants et les défunts pour qui , « à l’intention de qui » on célèbre telle ou telle messe …

Il me semble que pour les anciens, la chose est assez claire, mais pour les jeunes générations, je n’en suis pas si sûr : au fond, à quoi cela sert-il de –je cite- « faire dire une messe pour quelqu’un » ? Quel effet cela a-t-il, réellement ?

Eh bien commençons par dire ce qu’une messe ne produit pas, ce à quoi elle ne sert pas ! Il me semble qu’il y a moins deux tentations qui se présentent à notre esprit quand nous pensons à ce que Dieu pourrait bien faire pour les défunts ou les vivants à l’intention de qui nous offrons une messe …la première tentation est celle de la magie et l’autre celle du commerce.

LA MAGIE
Avoir une conception « magique » de la messe, cela signifie « capter » une partie de l’énergie divine pour qu’elle se déverse sur quelqu’un qu’on aime, et donc faire descendre ce que l’on veut du ciel, par un moyen jugé plus efficace qu’une simple prière dite le soir en famille : à savoir la messe ! Dans cette conception, il y a du vrai et du faux mélangés, le vrai c’est que la messe est la forme de prière la plus élevée, c’est aussi que la messe a une efficacité ; mais le faux, c’est la captation d’énergie, c’est l’immédiateté du don divin, comme forcé par l’homme …

LE COMMERCE
Une fois écarté le caractère « magique » de la messe, il nous faut écarter également une conception « commerciale » de la messe pour les défunts ou les vivants. J’entends par « commerciale » une tentation qui consisterait à acheter quelque chose à Dieu même avec la meilleure intention du monde : « je te donne un messe, tu me donnes une grâce ». A vrai dire, je ne crois pas que cette conception soit très répandue aujourd’hui, mais nous avons tellement de choses à demander que l’idée pourrait nous traverser l’esprit, ce qui d’ailleurs s’est produit dans l’histoire, et on est à l’abri de rien … là encore, il y a un mélange de vrai et de faux ; le vrai, c’est que Dieu aime qu’on lui demande beaucoup de choses avec insistance, il veut nous le donner et veut qu’on le lui demande, car c’est le signe de la confiance, c’est le signe de notre dépendance par rapport à lui.

POURQUOI FAIRE DIRE UNE MESSE ?
Il est très utile de dire ce que la messe ne produit pas, mais il faut dire maintenant ce qu’elle produit : il est excellent, il est nécessaire de faire dire des messes pour les défunts et les vivants, et voici pourquoi :

De son passage sur la terre, les trois jours les plus importants que Jésus nous a offerts sont ceux que l’on appelle « Jeudi saint, vendredi saint, samedi saint et Pâques »

Durant ces trois jours, Jésus a en quelque sorte « installé » le salut ici-bas sur la terre, et tout homme qui se tourne vers lui (et qui se tourne en particulier vers sa passion, sa mort et sa résurrection) reçoit de lui le pardon des péchés et la vie éternelle.

Qu’est-ce que la messe ? Sinon le renouvellement non-sanglant du sacrifice de Jésus, c’est une semaine sainte en une heure, nous revivons le jeudi saint, réunis autour de la table eucharistique, au pied de la croix et à l’entrée du tombeau vide.

Et alors, à quoi sert de « faire dire une messe », comme on dit ? Eh bien cela sert à installer nos défunts et les vivants aussi pour qui nous prions autour de la table eucharistique, c’est une carton d’invitation au repas eucharistique ; c’est aussi mettre nos proches aux pieds de la croix, pour y trouver le pardon des péchés et la compagnie compatissante de celui qui a souffert aussi ; c’est enfin les installer au bord du tombeau vide pour les gratifier de la compagnie du Ressuscité.

C’est beau et nécessaire d’inviter ceux que nous aimons à ce sacrifice qui sauve le monde ! Je voudrais encourager les jeunes générations à découvrir ce trésor, car elles ont tendance à voir dans la messe, un acte uniquement individuel que l’on fait pour soi et par rapport à soi, de sorte qu’on y va ou pas selon l’humeur ou le point où l’on est de son adolescence : la messe est nécessaire au salut, elle est une obligation grave pour tous les chrétiens, et elle aussi un service rendu à l’humanité.
Avant de méditer en silence sur cette belle réalité, il reste un dernier détail à régler : on a pris l’habitude, dans l’Eglise, au moment où l’on demande une messe pour quelqu’un de verser une offrande …

LA MESSE A-T-ELLE UN PRIX ?
Je voudrais insister sur ce mot d’offrande : ce n’est pas le prix de la messe, la messe n’a pas de prix, la messe est gratuite. On a simplement trouvé ce subterfuge our faire vivre les paroisses et les prêtres, et c’est bien, c’est réaliste !

Ainsi donc, entre gratuité et réalisme, nous nous frayons un chemin, c’est pour nous et pour tous ceux qui nous sont proches, amen

P. Emmanuel d'Andigné

01 novembre 2007

Homélies

Homélie de la Toussaint 2007
20 000 personnes ont travaillé pendant deux ans, plusieurs centaines ont dépouillé, relu, résumé …le travail des 20 000 ! L’Evêque a senti, grâce à tout ce travail, les aspirations de tout son diocèse, et voilà qu’il s’apprête à nous donner 8 principes, 8 axes principaux, sur lesquels nous devrons bâtir l’avenir de l’Eglise d’Anjou (ces 8 axes ressemblent beaucoup au travail réalisé par les assemblées synodales)

Nous voilà partis pour 10 années de mission ! Mission à l’intérieur de l’Eglise, mission à l’extérieur de celle-ci : à l’intérieur, il s’agit pour nous d’apprendre à vivre ensemble en faisant grandir, la Foi, l’Espérance et l’Amour que nous avons reçus au baptême ; à l’extérieur, il s’agit de donner à l’Eglise un aspect nouveau, de rendre beau et attrayant le message intangible du Christ, ne pas garder pour nous ce trésor dont nous vivons.

J’attire votre attention sur le fait que la clôture du synode se passe à la Toussaint : le message est clair … c’est la sainteté de chacun de nous qui fera porter du fruit à ce qui n’est pour l’instant que du papier et de l’encre : à savoir la charte missionnaire …

J’ai fait il y a 7 ans maintenant la découverte des Mauges : cette région profondément chrétienne a fait mon étonnement … pourquoi un tel ancrage de la foi dans cette région spécialement ? J’ai pensé tout d’abord au génocide vendéen, car on sait bien qu’un peuple qui a subi une telle tragédie ne peut qu’avoir la « rage de vivre » ; mais en approfondissant, j’ai dû constater que justement, c’est une région déjà très chrétienne qui résista aux assauts des colonnes infernales, il fallait donc remonter plus loin … mes recherches me conduisirent alors à saint Laurent sur Sèvre.

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, est né en 1673 à Montfort sur Meu (à côté de Rennes), il est ordonné prêtre en 1700 tout rond, et après pas mal de difficultés, trouve sa voie dans les missions faites de village en village. Lorsqu’il meurt en 1716, il a fondé plusieurs communautés et congrégations, converti des villages entiers et on peut, encore aujourd’hui, le suivre à la trace en étudiant et en croisant deux cartes : la carte de ses missions et la carte de l’ancrage de la foi chrétienne dans ces mêmes régions encore aujourd’hui (c’est la même !)

Quand il arrivait pour une mission, Saint Louis-Marie faisait une catéchèse aux enfants, puis aux femmes, puis aux hommes ; il célébrait essentiellement deux sacrements : celui de l’Eucharistie, et celui du Pardon. Il installait, si cela s’avérait nécessaire, une croix ou une statue et passait au village suivant.

C’est une autre époque, c’est vrai … mais le fond reste valable. Je note d’ailleurs avec amusement que des réalités d’aujourd’hui ressemblent fort à ce que je viens d’évoquer : conférences pour les femmes, conférences pour les hommes, succès grandissant de la « prière des mères » … nous vivons à une autre époque, mais le fond de la question reste le même : la SAINTETE.

La charte missionnaire de notre Evêque peut avoir deux destinées : orner la bibliothèque des bons catholiques et des presbytères … ou alors porter des fruits dans une véritable mission et ceci non pas parce que le intuitions seraient géniales, non pas parce que les décisions seraient pertinentes (tout cela est vrai), mais simplement parce que nous aurons la simplicité et l’audace de nous dire que la sainteté n’est pas faite pour les autres mais pour nous et que lorsque ne serait-ce qu’une personne se lance vraiment dans la sainteté, cela a des conséquences géographiques et historiques … y compris si on n’entend pas du tout parler de nous, à aucun moment de notre existence, comme ce fut le cas d’une petite carmélite de rien du tout en Normandie …

La fête de la Toussaint nous permet d’honorer la sainteté souvent cachée de milliers de témoins du Christ, mais elle est aussi un appel à la sainteté pour tous ! Tous saints ! c’est le cri de la Toussaint ! Je demande avec vous à la Vierge Marie, de nous aider à avoir confiance en nous-mêmes, confiance dans le fait que Dieu « peut faire pour nous des merveilles, se pencher sur son humble servante (sur son humble serviteur), qu’il peut et veut élever les humbles… ». N’empêchons pas Dieu, par une fausse modestie, de faire des merveilles en nous et autour de nous : que Dieu dépose en nous le désir de la sainteté !
P. Emmanuel d'Andigné

30 octobre 2007

HOMELIES

HOMELIE DU 29ème DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE – C

27- 28 OCTOBRE 2007

« Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes », nous disait Ben Sirac le Sage. – « Dieu ne regarde pas l’apparence, comme font les hommes : il sonde les reins et les cœurs », précisait le verset précédant l’Evangile.

La parabole proposée par Jésus met en scène deux personnages bien différents l’un de l’autre : « l’un était pharisien et l’autre publicain. Ce sont des noms que l’on rencontre assez souvent dans l’Evangile. Il peut être utile d’en rappeler le sens.

- Qu’est-ce qu’un pharisien ?

Ceux dont parle l’Evangile sont les descendants d’une secte juive apparue au IIème siècle avant Jésus-Christ et qui constitua un important mouvement politique et religieux. En fait, au temps de Jésus, les pharisiens jouissent d’un grand prestige auprès du peuple, dont ils sont les chefs et les guides religieux.

Soucieux du salut de leur peuple, ils ont toujours vécu au milieu de lui, tout en se distinguant de la masse. Ils occupent volontiers les fonctions des synagogues : président, prédicateur, chantre, gardien des livres, juge au tribunal. A l’époque du Nouveau Testament, beaucoup étaient scribes ou docteurs de la loi. D’autres gagnaient leur vie de leurs mains.

- Qu’est-ce qu’un publicain ?

Au temps de Jésus, ce sont les agents de la perception de l’impôt. La Palestine dépendait alors de trois juridictions différentes, correspondant à trois districts douaniers. Il semblerait que Zachée relevait du procurateur romain, et Lévi, d’Hérode Antipas, palestinien.

Les publicains étaient détestés de leurs compatriotes parce que complices des injustices qu’entraînait l’institution. Ils étaient doublement honnis lorsque, comme Zachée, ils travaillaient pour la puissance occupante. Ils étaient placés dans la catégorie des pécheurs, au même rang que les prostituées. Leur fréquentation était donc compromettante.

- Quelle était l’attitude de Jésus à leur égard ?

Nous avons tous en mémoire les paroles très sévères du Christ à l’encontre des pharisiens. S’adressant aux foules et à ses disciples, il leur déclare : « les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : faites donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas… Ils mettent sur les épaules des autres de pesants fardeaux, alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour se faire remarquer des hommes. Ils aiment à occuper les premières places dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, à être salués sur les places publiques et à s’entendre appeler « Maîtres » par les hommes. »

A ces accusations d’hypocrisie, s’ajoute celle de négliger l’essentiel en se perdant dans les détails : « malheureux êtes-vous, guides aveugles, vous qui dites : « Si l’on jure par l’autel, cela ne compte pas, mais si l’on jure par l’offrande placée dessus, on est tenu. » « Vous versez la dime de la menthe et du fenouil, alors que vous négligez ce qu’il y a de plus grave dans la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité… » « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens, hypocrites, vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans, ils sont remplis d’ossements de morts et d’impuretés de toutes sortes… »

Et combien d’autres reproches de la même veine !

Après ce déluge de condamnations, on pourrait s’étonner de voir un pharisien, Nicodème, venir de nuit trouver Jésus. C’est un des notables juifs, il est membre du sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal suprême des juifs. Nicodème est intrigué par la parole de ce Jésus. Il le salue respectueusement : « Rabi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus voit son désir de chercher à s’éclairer. Il engage le dialogue et lui ouvre des horizons insoupçonnés. « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde – dit Jésus – pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Ce même Nicodème prendra discrètement la défense de Jésus, lors de son jugement, et il participera à son ensevelissement.

Un autre pharisien sera Saul, converti sur le chemin de Damas, et devenu le grand apôtre Paul.

Jésus s’est également tourné vers certains publicains : « comme il s’en allait – nous dit l’Evangile – il vit en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s’appelait Matthieu. Il lui dit : « suis-moi. » Il se leva et le suivit. » Ce qui suscite un grand étonnement des pharisiens : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? » Jésus répondra : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades… Je suis venu appeler, non pas les justes, mais les pécheurs. »

Zachée était l’un d’eux, un publicain, un pécheur, touché par l’appel de Jésus : « Il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. » « Eh bien, Seigneur – répond-il aussitôt – je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. »

La parabole n’a pas pour but de nous faire condamner les uns ou admirer les autres, mais de regarder en nous-mêmes.

Le risque de juger sur les apparences nous guette toujours, comme celui d’un certain pharisaïsme : agir en fonction de ce qui se voit, alors que Dieu regarde le cœur.

« Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli – disait Ben Sirac – et sa prière parvient jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées. »

Puissions-nous poursuivre notre prière, dans ces bonnes dispositions du cœur.

Amen.

Père Jean Rouillard

23 octobre 2007

Homélies

Homélie du 29ème dimanche du temps ordinaire C - 20/21 octobre 2007
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus fait l’éloge de la persévérance et nous invite à faire preuve de foi… pour illustrer ces deux enseignements d’aujourd’hui, je vais avoir recours à deux histoires : la première est inventée, c’est une parabole « scout », la seconde est une histoire vraie …

Voici ce que racontait BP (Baden Powel, le fondateur du scoutisme) : il était une fois deux grenouilles qui s’aventurèrent hors de leur milieu naturel, lorsque leurs pérégrinations les conduisirent aux abords d’une ferme. Intriguées par une jatte de crème, elles décident de s’y jeter et s’aperçoivent avec horreur qu’elles ne savent pas du tout nager dans cet étrange liquide épais … La première se dit : « je suis fichue, je vais mourir » ! Et en effet, elle coule et meurt … La seconde, elle, se débat, se répète sans cesse qu’elle va s’en sortir et tant et tant que, alors qu’elle allait se décourager, elle constate que –fait étrange- la crème durcit au fur et à mesure que ses pattes se débattent dedans, devient jaune et devient –en fait- du beurre !

Le scoutisme, fondé par un général de l’armée anglaise, a toujours été porteur de l’idée selon laquelle la vie est telle qu’on la veut, telle qu’on la construit … le scoutisme enseigne qu’il faut être volontaire et non pas se laisser mener par l’existence. « La seule véritable réussite c'est le bonheur, et le bonheur ne vient pas à ceux qui l'attendent assis ! » disait aussi Baden Powel …

Le scoutisme a cependant le défaut de sa qualité : il comporte un danger spirituel, que l’on a appelle le volontarisme ; on s’imagine que la volonté toute seule suffit à tout obtenir. Voilà pourquoi Jésus ajoute à son éloge de la volonté, une invitation à la foi, une invitation à une confiance totale en Dieu : c’est ce qui me pousse à vous raconter cette histoire vraie …

Nous sommes en 1980, à côté d’Auch, dans un monastère cistercien du nom de Boulaur. A cette date, la communauté était restée 27 ans sans la moindre « vocation » ! La déprime s’était installée sérieusement dans la communauté. Cette année-là, une visite de l’Abbé Général des cisterciens est prévue, et celui-ci rencontre évidemment l’abbesse. Celle-ci lui demande : « Mon Père, que pensez-vous de Claire de Castelbajac ? Et d’abord, la connaissez-vous ? Je serais curieuse que vous me disiez ce que vous pensez de cette jeune fille (Claire était décédée 5 ans plus tôt, en 1975, en odeur de sainteté) ». Réponse de l’Abbé (un peu exaspéré) : « Ma sœur, vous savez, à chaque fois que je visite un couvent, j’ai droit à des écrits d’une âme pieuse de la région, et cela me fatigue un peu, mais je veux bien prendre votre livre", fait-il, aimable … Le soir venu, l’Abbé se met à la lecture du petit livre, loin de s’imaginer que celui-ci lui vaudrait une nuit de lecture passionnante. Le lendemain, visiblement « secoué » par ce qu’il avait lu, il s’adresse à la communauté : « mes sœurs, puisque Claire semble vouloir devenir une amie de la communauté, je vous demande de prier pour recevoir cinq vocations chez vous". La Mère Abbesse, incrédule, lui répond alors : « Cinq ! Mais vous n’y pensez pas ! S’il y en avait deux, ce serait déjà miraculeux ! Mais puisque vous le dites, nous allons demander à Claire de nous envoyer cinq jeunes filles ! ». Et la communauté se met en prière. Dans les six mois qui ont suivi, cinq jeunes filles se présentèrent pour entrer dans la communauté, la première se prénommant … Claire ! Feu de paille ? Eh bien non ! Toutes sont aujourd’hui professes perpétuelles, et depuis, trente autres jeunes filles sont venues rejoindre la communauté !

Vendredi dernier, au téléphone, la supérieure de cette communauté me précisa : « ce fait extraordinaire est aussi le fruit de la persévérance de la prière des sœurs âgées ». Sans savoir quel genre d’homélie je préparais, la sœur a donc comme le Christ fait le lien entre la persévérance et la foi. Certes, nous devons faire preuve de volonté, mais, en dernier lieu, tout abandonner entre les mains de Dieu par une confiance totale. Cette histoire, ce n’est pas de la magie, mais c’est une aide du ciel à celui qui met les moyens pour y arriver (« aide-toi et le ciel t’aidera »).

En somme, nous ressortons de cet Evangile avec une double leçon : leçon de confiance en soi, leçon de confiance absolue en Dieu ... oui Seigneur nous croyons, fais grandir en nous la foi !
P. Emmanuel d'Andigné

15 octobre 2007

Homélies

Homélie du 28ème dimanche du temps ordinaire C - 13/14 octobre 2007
Le 07 octobre dernier, vous avez tous entendu parler de « L’affaire du Monet », ce tableau détérioré au musée d’Orsay … on qualifie ce peintre « d’impressionniste », car la technique qu’il utilisait consistait à simplement déposer un grand nombre de « touches » de peinture sur une toile pour donner l’impression d’une forme réelle, ce qui s’est avéré être une grande réussite artistique. D’une façon analogue, quelques touches distillées chaque dimanche par les textes de l’Ecriture dessinent peu à peu les contours du visage de Dieu. A quoi Dieu ressemble-t-il ?

Trois touches aujourd’hui nous sont données, je les contemple avec vous :
il aime guérir, il veut sauver (tous les hommes), il distingue le pécheur et le péché.

Il aime guérir.
Jésus, Fils de Dieu, Dieu lui-même veut et aime guérir. C’est manifeste dans tout l’Evangile, et c’est doublement nécessaire :
1) en soi, les hommes ont besoin d’être guéris, ils sont éprouvés par toutes sortes de maux, et Dieu se montre sensible à ces détresses.
2) La guérison est le signe du Règne, c’est le signe que Dieu désormais a commencé à régner sur le monde ; la fonction d’un miracle est avant tout d’être un signe d’une réalité plus grande, en l’occurrence le fait que Jésus est reconnu Fils de Dieu, chargé d’étendre le règne du Père.

Dieu nous apparaît donc plus humain que beaucoup d’humains, sensible à nos souffrances, contrairement à ce que la philosophie nous enseigne tout naturellement, à savoir que par définition Dieu est impassible (impassible signifie : qui ne peut pas souffrir à la manière d’un homme que la souffrance empêche d’être complètement heureux) ! Depuis que Dieu s’est fait homme, il expérimente en quelque sorte la souffrance, même si, à la différence de l’homme, cette souffrance n’entame en rien sa divinité.

Il veut sauver.
Vous l’avez entendu, lorsque Jésus a guéri les lépreux, il passe à la vitesse supérieure : « ta foi t’a sauvé », dit-il. Jésus est venu, certes, pour manifester aux hommes la tendresse de Dieu, mais il est venu aussi et surtout pour recréer (J’attire votre attention sur la ressemblance entre le début de la Genèse « au commencement Dieu créa le ciel et la terre » et le début de l’Evangile selon saint Jean « au commencement, était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu » : cette ressemblance n’est pas du tout fortuite, l’évangéliste veut nous dire que Jésus est venu pour re-créer l’humanité). Sauver, cela signifie donc « recommencer à créer ». Dieu avait créé, Dieu crée à nouveau, Il sauve sa créature de la dégradation, parce qu’il l’aime et aimer quelqu’un consiste à lui dire la vérité, à l’aider à sortir de ses prisons, intérieures et extérieures, à l’arracher au péché.
Le fait que nous ayons affaire à un Samaritain est symptomatique d’une nouveauté importante que Jésus est venu apporter dans le monde juif : c’est tous les hommes et non seulement les juifs qu’il est venu sauver. On relira avec profit Matthieu 28,16 !

Il distingue le pécheur et le péché.
C’est alors qu’apparaît une dimension très importante : la façon dont Dieu considère le péché. En guérissant les 10 lépreux, Jésus opère une distinction entre lèpre et lépreux : il enlève la lèpre tout en préservant l’homme touché par la lèpre ; il opère une distinction, pareillement, entre pécheur et péché, dans une même et unique logique de l’amour.

Et c’est par ce dernier point que nous sommes directement concernés : nous sommes sûrs que Dieu nous aime et n’aime pas notre péché, qu’il opère une distinction entre le mal et celui qui fait le mal. Et le pardon réalise cette merveille que notre être est parfaitement préservé et le péché détruit. Mais évidemment, cela fonctionne aussi dans l’autre sens … car nous sommes censés nous aussi faire cette distinction chez les autres, en aimant toujours les personnes tout en continuant à juger positivement ou négativement les actes qu’ils posent !

Que l’Esprit de Dieu nous aide dans cette tâche proprement divine par laquelle nous continueront à aimer même celui qui nous fait du mal, exactement à la manière du Christ.

P. Emmanuel d'Andigné

12 octobre 2007

Homélies

Homélie du 27ème dimanche du temps ordinaire C - 06/07 octobre 2007

Première partie : témoignage des délégués de la paroisse :
Le we dernier nous étions 3 paroissiens de Ste Bernadette à participer à la seconde et dernière session du synode. Au total ce sont 300 délégués qui sont venus de tout le diocèse chacun se prononçant en son propre nom mais en aucun cas comme représentant de tel groupe ou paroisse. Le synode est une grande consultation démocratique d’un diocèse dont le but est d’arriver à une CHARTE MISSIONNAIRE qui définit les priorités pour les 10 ans à venir. Nous avons donc fait l’étude approfondie des centaines de propositions remontées des plus de 2400 équipes synodales ; ces propositions ont été regroupées, travaillées en petits groupes, puis votées pour être conservées ou rejetées. Ensuite elles ont été à nouveau regroupées sous 10 orientations principales. Le week-end dernier nous avons chacun choisi une orientation à travailler de nouveau, affiner ou élaguer ; il y a parfois eu « perte de substance »mais globalement, le résultat est riche.

Pour qu’une orientation soit retenue, elle devait obtenir plus de 90% d’approbation ce qui fut le cas pour 9 orientations sur 10. Le consensus est un signe de la présence de l’Esprit. Toutes les grandes décisions de l’Eglise sont prises avec plus de 90% d’approbation.

Voici les thèmes des 10 orientations : miser sur les enfants et les jeunes, laisser la parole de Dieu éclairer nos chemins, vivre le dimanche en Eglise, les sacrements, devenir partenaires de la société, tisser un réseau de communautés proches et fraternelles, appeler, former et soutenir les acteurs de la mission, s’engager sur les chemins de la communion, déployer une communication simple et proche, mettre résolument des ressources financières au service de la mission...

Nous avons du accepter de nous laisser bousculer par des paroles ou des idées qui dérangent. Il y a eu des désaccords mais nous nous sommes surtout beaucoup rejoints et nos échanges étaient paisibles, fraternels et même joyeux ! Chacun portait la volonté de refuser la fatalité, de surmonter la déprime et de trouver ou d’amplifier de nouvelles voies.

C’est une très belle expérience d’avoir ainsi « ressenti » le diocèse d’Anjou grâce à toutes les remontées des équipes, d’avoir eu à travailler dur pour chercher l’unanimité signe de la communion. Bien sûr tout n’est pas parfait mais il reste que c’est un beau travail de coopération de tout un diocèse qui désire grandir dans la foi et en nombre !

Nous vous invitons à continuer à porter ce synode dans la prière tout le long du mois d’octobre pour que l’Esprit continue d’éclairer Mgr Brugues dans la rédaction finale de la charte missionnaire sur la base du document remis par l’assemblée synodale. Nous vous invitons à venir nombreux fêter la promulgation de cette charte missionnaire le jeudi 1er novembre de 15h à 18h au parc des expositions ; pour cela il est nécessaire de s’inscrire , des bulletins d’inscriptions sont à votre disposition au fond de l’église ainsi que des écharpes qui seront notre signe de reconnaissance !
Valérie Mayaud ; Patrick Métayer ; Hervé de Saint-Pierre

Seconde partie : lecture sprituelle de ce témoignage :
Vous avez entendu le témoignage de nos trois délégués, je voudrais souligner quelques mots que vous avez entendus, cela nous permettra de bien comprendre ce qui va se passer à partir du 01 novembre dans tout le diocèse :

Vous avez entendu les mots « démocratique, Assemblée, votes … ». Dans la conversation courante, ces mots impliquent que le peuple décide lorsqu’il vote de ce qui doit se passer : le soir du deuxième tour d’une élection présidentielle, on sait immédiatement qui est élu et qui ne l’est pas (le vote oblige, son effet est immédiat). Dans l’Eglise, il ne peut pas en être exactement ainsi, voici pourquoi et voici comment :

L’histoire de l’Eglise (on pense par exemple au concile de Jérusalem en 70), nous montre qu’il y a toujours eu des éléments de démocratie, en effet, pour faire avancer une question ou une nomination ; d’ailleurs, tout le monde sait bien que l’on vote pour élire un Pape, encore aujourd’hui, et que les conciles, dont le dernier remonte à 40 ans, n’avancent réellement que par des votes … Dans le cas précis d’un synode diocésain, la consultation est bien « démocratique », en ce sens qu’on interroge le peuple (« démos », en grec) le peuple des chrétiens, le peuple des prêtres, celui des diacres, … on veut entendre autant que possible la voix de chacun. Cependant, et c’est là que se trouve la limite de la « démocratie » dans l’Eglise, il appartient en dernier analyse au pasteur légitime, celui que Dieu a choisi pour mener cette portion du peuple de Dieu, de décider ce qui est bon, ce qu’il faut faire et comment il faut le faire. L’Eglise n’est pas une institution purement humaine, elle est de fondation divine, et ce n’est pas le jeu des majorités ou de la représentativité qui décide de l’avenir.

L’Esprit Saint (voilà un mot-clé pour comprendre le synode !) travaille par en-bas –si l’on peut dire et par en-haut, et celui qui a la charge pastorale tranche, pour le bien de tous. L’histoire de l’Eglise a montré (si c’était nécessaire) qu’il se peut qu’une seule voix porte la sagesse ou qu’une minorité puisse avoir raison. On se souvient par exemple de la crise de l’arianisme, au cours de laquelle une minorité d’évêques continuait à dire que Jésus était vraiment homme et vraiment Dieu … l’Esprit-Saint est donc le grand artisan d’un synode, et nous devons prier pour l’Evêque, afin qu’il lui soit docile.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le vote des 90% dont il est question dans le texte de nos délégués. Ce n’est pas « soviétique » ou « mauvais signe », comme je l’ai entendu la semaine passée, c’est le signe du consensus : voilà encore un mot qu’il est bon de préciser . Depuis toujours dans l’Eglise, on a admis le principe du « sensus fidei », principe qui consiste à dire ceci : le peuple chrétien, dans son ensemble, ne se trompe pas quant à la foi, il a « le sens de la foi » (sensus fidei). Cela signifie que lorsque l’on réunit un grand nombre de chrétiens (par les équipes synodales e par l’assemblée), et que cette réunion se fait en présence du Seigneur, ce qui ressortira de l’ensemble sera globalement conforme à la volonté de Dieu, avec évidemment « de la perte », c’est-à-dire des positions qui sont influencées par les opinions du moment ou par une idéologie. Le travail du Pasteur consiste à discerner si ce que l’ensemble des chrétiens a établi par le vote consensuel est une opinion passagère ou un travail de l’Esprit-Saint …

CHARTE MISSIONAIRE est évidemment le mot le plus important : ce document que l’évêque promulguera le 01 novembre ressemblera sans doute beaucoup à ce qui fut « voté » dimanche dernier, mais l’Evêque y ajoutera une « touche prophétique », résultat de ce que l’Esprit Saint lui aura soufflé. Ainsi donc, tenant compte avec réalisme de ce qu’est le diocèse d’Angers aujourd’hui, l’Evêque, au nom du Seigneur, indiquera à tout le diocèse dans quelle direction nous devons aller dans cet avenir proche (10 ans).

Que l’Esprit Saint nous souffle la manière dont nous allons pouvoir nous reposer sur ce texte et répandre l’Evangile là où nous sommes, par la charité et le témoignage. Prions les uns pour les autres afin que nous recevions ce texte avec joie et bon esprit !
P. Emmanuel d'Andigné

04 octobre 2007

Homélies


HOMELIE DU 26 ème DIMANCHE du Temps Ordinaire C 29-30 SEPTEMBRE 2007



La richesse, la pauvreté …voilà des notions bien relatives !
De même que l’on se trouve « vieux » par rapport à des plus jeunes, et « jeunes » par comparaison avec des plus vieux, on s’estime « pauvre »au regard des plus riches et plus difficilement « riche » en côtoyant des moins favorisés.
Les critères habituels du niveau de richesse, ce sont surtout l’ habitat, l’habillement, le train de vie, pour ce qui est de l’apparence , car les placements d’argent , les comptes en banque ne sont pas visibles.

Dans la parabole, l’homme est dit »riche » parce qu’il porte des vêtements de luxe et fait chaque jour des festins somptueux.
Pour les riches du livre du prophète Amos, il nous est donné d’autres précisions .Ils mènent une vie très confortable, bien tranquilles, couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau , les veaux les plus tendres. Cela est agrémenté par le son de la harpe et des instruments de musique. Et s’y ajoutent le vin en abondance et les parfums de luxe !

En face des ces riches nous voyons Lazare. Il est couché devant le portail , ce qui signifie qu’il n’ a pas de toit, qu’il n’est pas admis à entrer. Il est couvert de plaies.
La pauvreté engendre souvent la maladie par sous-alimentation , manque d’hygiène, contamination , le froid ou la chaleur excessive.
Dans la Bible les chiens sont considérés comme des animaux répugnants et méchants. Ils sont ici les seuls à s’intéresser au pauvre.

La sagesse populaire a toujours dit : « l’argent ne fait pas le bonheur ».
Les voyageurs, les touristes qui visitent des pays du globe très pauvres sont souvent frappés par la joie qui se reflète sur le visage de ces gens, la délicatesse de leur accueil, leur sens de l’hospitalité.
Par contre nous connaissons tous des compatriotes qui ne manquent de rien et se plaignent sans cesse, comme s’ils étaient les plus malheureux. Le désir de posséder toujours plus, le souci de gérer ses multiples richesses peut assombrir la vie de celui qui est trop attaché aux biens matériels.
Si l’argent ne fait pas le bonheur, le manque de tout engendre la misère et Jésus n’a pas dit « Bienheureux les miséreux »…

La pauvreté louée par le Christ est celle qui est consentie comme un détachement de tout ce qui est superflu, de manière à être plus libre pour partager avec celui qui est dans le besoin.
Concrètement la question se pose à chacun de nous .Nous sommes sollicités de multiples façons , même à l’église .Il suffit de donner à une œuvre de solidarité pour recevoir vingt appels à soutenir d’autres bonnes œuvres. Comment réagir devant tant de demandes pressantes ?
Il serait trop facile de répondre qu’on n’a pas confiance dans les organismes de bienfaisance, qu’on ne sait pas si l’argent donné sera bien utilisé. C’est à chacun de se renseigner. Bien sûr, il n’y a jamais de garantie absolue sur la meilleure utilisation de nos dons, mais certaines institutions font preuve de leur sérieux de façon suffisamment fiable.
Il appartient à chacun d’agir avec prudence, en fonction de sa situation personnelle, de ses responsabilités, de ses charges familiales ou autres. Il est bien certain qu’on ne peut subvenir à toute la misère du monde. Il n’y a pas à s’en culpabiliser.

Si chacun n’a qu’une infime possibilité d’aider son prochain, n’oublions pas que c’est la multitude de gouttes d’eau qui font les rivières et les océans. Et un bon moyen d’être efficace est de donner sa voix, lors des élections, aux candidats qui semblent le mieux disposés à agir dans le sens de l’aide au plus démunis.

Lorsqu’on parle de richesse, on ne pense trop souvent qu’aux biens matériels ou monétaires .Or les plus grandes richesses sont celles de l’esprit et du cœur : les capacités intellectuelles, artistiques, le dévouement, la sensibilité et, pour le chrétien, la foi, l’ouverture à l’au-delà.
La parabole nous parle d’un « grand abîme » qui est mis entre le Lazare et le riche.
Lazare est dans le bonheur avec Abraham et les justes, le riche souffre la torture dans la fournaise. Et il n’y a aucun moyen de passer de l’une à l’autre condition.

Le livre d’Amos et l’Evangile nous disent que la façon de mener sa vie a une sanction finale : ceux qui vivaient bien tranquilles dans l’opulence sans se tourmenter du désastre qui affectait leurs frères, seront des déportés et seront anéantis.
Comment prémunir d’un tel sort ceux qui prennent un mauvais chemin ?
Jésus répond : « Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent » S’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus »
En définitive, c’est à chacun d’écouter la voix de sa conscience.
Saint Paul n’écrivait pas autre chose à son disciple Timothée : « cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et dans l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi et tu obtiendras la vie éternelle, c’est à elle que tu as été appelé. »
Père Jean Rouillard

28 septembre 2007

Homélies

Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire C - 22/23 septembre

On se demande parfois : quelle est la volonté de Dieu ? Eh bien nous avons eu la réponse dans la deuxième lecture : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés … »

Cela signifie d’abord que tous ne le sont pas, cela signifie ensuite qu’il faut les sauver de quelque chose. Enfin, cela signifie que nous devons collaborer à cette volonté de Dieu, que nous sommes sûrs de faire la volonté de Dieu si nous avons en tête, je cite, « que tous les hommes soient sauvés ».

Que tous les hommes ne soient pas « tirés d’affaire » -pour prendre une expression qui n’est pas évangélique, que tous les hommes n’aient pas atteint le bonheur ou que tous les hommes n’aient pas acquis la connaissance de Dieu, l’amour de Dieu et du prochain, c’est une évidence, et pour les hommes du temps de Jésus et pour notre temps aussi …

En revanche, la question de savoir de quoi il faut être sauvés, n’était pas du tout évidente à l’époque de Jésus et peut-être encore moins aujourd’hui, en France … en effet, à l’époque du Christ, en Palestine et dans toute la région, la guerre, les ennemis, les disettes étaient monnaie courante … de sorte que les contemporains du Christ ont espéré que celui-ci venait renverser l’envahisseur donner du pain et la paix à Israël et avec Zacharie disaient volontiers « salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs ».

Ils furent déçus (d’autres furent émerveillés), lorsqu’ils constatèrent que Jésus déplaça le débat sur deux sujets principaux : la question de la beauté du cœur –qui implique la notion de péché, et la question de la vie –qui implique la réalité de la mort et de la résurrection.

Et nous alors ? De quoi avons-nous besoin d’être sauvés ?
Ce soir, nous allons rentrer chez nous, nous aurons de quoi manger, de quoi dormir, de quoi nous divertir avec les très hautes performances intellectuelles que l’on peut voir chaque jour à la télévision (…). La France est en paix, elle est simplement ici ou là gendarme du monde, la guerre est loin pour nous … et puis comme l’a écrit Maurice Druon : « j’ai pas tué, j’ai pas volé, mais j’ai cru Madelaine » … alors quoi ? De quoi serions-nous sauvés ?

Eh bien la réponse est la même aujourd’hui qu’elle l’était au temps du Christ : Dieu veut ennoblir notre cœur, Il veut le sauver de la vulgarité et de la laideur, du péché et Dieu qui a voulu la vie veut redonner la vie à ceux qui l’ont perdue ou qui vont la perdre, c’est –à-dire tous les hommes.

C’est Dieu qui sauve, mais nous, nous devons préparer le terrain, afin que tous les hommes puissent travailler à la noblesse de leur cœur, en s’attachant au bien, en éliminant tout ce qui déplaît à Dieu, à l’intérieur et autour de nous. C’est finalement une sorte de conversion permanente, or celui qui se convertit sauve au moins une personne et sans doute d’autres avec lui (on connaît ce récit de la conversion de Matthieu qui révèle qu’après celle-ci, beaucoup de publicains et de pécheurs venaient à Jésus).

L’objectif, nous le connaissons : que tous soient sauvés. La question est comment ? Jésus donne aujourd’hui deux axes à celui qui veut se sauver et participer au salut des autres : ce qu’on pourrait appeler l’éloge de l’habileté, mais aussi le test des pauvres.

l’éloge de l’habileté.
La parabole du gérant malhonnête illustre une parole du Christ que nous devrions apprendre par cœur : « soyez habiles comme des serpents et candides comme des colombes ». Nous autres, catholiques, nous avons peur de l’argent, nous croyons qu’en ayant ou qu’en maniant beaucoup d’argent, nous nous mettons du mauvais côté … « faites-vous des amis avec l’argent trompeur », nous dit Jésus.

En lançant le Synode, notre évêque a chargé une commission spéciale de réfléchir à cette question : quelles nouvelles sources de financement pourrions-nous trouver pour le diocèse ? Cette excellente question contribue fort heureusement à nous décomplexer sur la question de l’argent, afin d’en faire un outil efficace au service de notre mission d’Evangélisation.
Et la paroisse ? Pourquoi ne se poserait-elle pas la même question ? Je vous la pose ! Nous y répondrons tranquillement.

Il est vrai que l’argent, comme le pouvoir, par exemple, a une sérieuse tendance à être maître plutôt que serviteur … mais si nous le tenons « en laisse », l’argent est un excellent serviteur, il peut donner un sérieux coup de pouce à l’évangélisation (Internet, télévision, radio …). Jésus fait donc aujourd’hui l’éloge de l’habileté, mais il nous demande, et je termine par là, de faire sur nous-même ce que j’appellerai « le test des pauvres ».

Le test des pauvres.
« On juge la qualité d’une communauté chrétienne à l’attention qu’elle apporte aux pauvres », disait Jean-Paul II. Cette attention à ceux qui sont dans le besoin (matériel, psychologique, spirituel) se situe à plusieurs niveaux : personnel, paroissial, et même universel. Régulièrement, à chacun de ces niveaux, il faut se poser la question de savoir quelle attention nous portons aux pauvres.

Le psaume d’aujourd’hui, et en général tous les psaumes sont un cri, et Dieu nous a révélé qu’il entendait toujours le cri du pauvre. Il nous faut donc savoir que nous soyons riches ou pauvres être du côté des pauvres, nous aurons alors la certitude d’être du côté de Dieu.

Le service ou le rejet du pauvre est un signe très sûr, un « test » de l’action réelle de Dieu dans un cœur ou dans une communauté chrétienne.
P. Emmanuel d'Andigné

Catéchèses du lundi - questions/réponses

Questions relatives à la catéchèse du lundi 16 septembre (l'Eglise)

1) Peut-on dire que le Motu Proprio va favoriser une Eglise "une" ?
Oui, sans hésiter ! C'est dans ce but, justement, que le Pape Benoït XVI a pris cette courageuse décision, qui va contribuer à apaiser les relations encore difficiles entre des catholiques traditionnalistes et le Saint-Siège. Certains de nos frères avaient ainsi quitté l'Eglise pour des questions de rite ou en raison de leurs craintes vis-à-vis du Concile Vatican II, ils vont de plus en plus comprendre qu'il y a de la place pour tout le monde dans la Maison du Père et pour eux en l'occurrence. Cependant, l'unité est une oeuvre à laquelle tous doivent participer : cela signifie que, après ce geste du Saint-Père, ceux de nos frères qui sont attachés à la forme ancienne du rite romain doivent aussi à leur tour faire un pas pour l'unité ; cela signifie entre autres recevoir humblement le dernier Concile comme un don de l'Esprit Saint et considérer avec respect et intelligence la forme nouvelle du rite romain (dite "de Paul VI") . Le chemin vers l'unité est toujours difficile, mais c'est le seul possible, car c'est la volonté de Dieu, et on s'oppose à Dieu quand on maintient des divisions même au nom de grands principes. Je termine par une suggestion : je vous invite à lire, dans ce blog (voir au mois d'août), deux documents très courts. Le Motu proprio lui-même (dont tout le monde parle mais que personne n'a lu), mais aussi la lettre du Pape aux Evêques, qui est très belle et très instructive.

2) la recherche de la vérité engendre différents courants à partir de l'Evangile depuis le Christ : ces différentes "interprétations" ou courants de pensée sont-ils de simples reflets de la faiblesse de l'homme à comprendre, ou/et une richesse qui permet de progresser vers une Eglise Une ?
On ne peut jamais dire que la division qui existe entre les chrétiens peut être en quelque manière une bonne chose, même quand on a l'espérance que la diversité qui en jaillit devienne une source de richesse ! La division est toujour mauvaise et gravement contraire à la volonté de Dieu. Cependant, à l'heure d'aujourd'hui, lorsque, concrètement, je discute avec un orthodoxe, par exemple, je peux en effet m'enrichir de son point de vue, car sa tradition religieuse a insisté sur des points que moi, catholique, j'ai tendance à négliger, en raison de l'histoire de l'Occident. Nous devons donc, même si c'est très difficile, à la fois lutter cçontre les divisions et reconnaître par ailleurs qu'un frère chrétien d'une autre confession peut m'apporter une richesse.
P. Emmanuel d'Andigné

Catéchèses

Catéchèse du lundi 16 septembre "Je crois l'Eglise, une sainte, catholique et apostolique"
Introduction
J’ai connu il y a quelques années une étudiante, très engagée dans le scoutisme, et très active dans sa paroisse. Tout ou presque dans la religion lui « allait », mais quelque chose la chiffonnait : « pourquoi faudrait-il passer par un prêtre pour recevoir le pardon de ses péchés ? »En réalité, son problème n’était pas la question de se reconnaître pécheur, ni même de douter que Dieu puisse pardonner ses péchés, mais sa question était : l’Eglise peut-être véritablement faire le lien entre Dieu et les hommes ?
L’Eglise est un mystère de médiation, elle est médiatrice des grâces de Dieu, Dieu veut que sa grâce passe par des hommes dans cet ensemble qu’on appelle « l’Eglise ». Cet état de choses est difficile à accepter, car ce que nos yeux nous montrent est très imparfait : chrétiens et prêtres sont tous évidemment très imparfaits. Lorsque nous étudierons la question des sacrements, nous verrons que ceux-ci reposent entièrement sur le fait que le don de Dieu passe par des êtres humains, passe par l'Eglise.
Je voudrais ajouter, avant de poursuivre l'exposé, que croire aimer et espérer sont inséparables les uns des autres : dire « je crois en l'Eglise » ou bien dire « j'aime l'Eglise » ou bien encore « je place mon espérance dans l'Eglise » est fondamentalement une seule et même chose. Celui qui n’aime pas l’Eglise ne pourra jamais dire en toute vérité le dimanche à la messe « je crois en l'Eglise, une sainte catholique et apostolique ». Tout ce qui e qui va suivre dépend de cela …

Tout ceci nous amène à contempler ce que j'appellerais volontiers les deux paradoxes de l’Eglise :


1) elle est à la fois humaine & divine … comme le Christ, doit-on dire ! … (« n’est-il pas le fils du charpentier ? », se disaient les contemporains de Jésus, qui eux aussi auraient sans doute préféré que le Christ soit plus simple à comprendre, seulement humain ou seulement divin) ; on dit parfois que l’Eglise est « le Christ continué », c’est assez vrai ! Le catéchisme de l'Eglise catholique utilise une belle image : elle compare l'Eglise à la Lune et le soleil au Christ …ce qui signifie qu’elle reflète vraiment et fidèlement le mystère du Christ tout en n’étant pas elle-même Dieu. L'Eglise n'est pas le Christ, mais elle reflète vraiment sa lumière. Dans le « je crois en Dieu » en latin, on fait une distinction entre Credo in Deum et credo Ecclesiam (je crois en Dieu et je crois l’Eglise –on enlève le « en ») ; dans le texte français, on utilise la même expression pour désigner la foi en Dieu et la foi en l'Eglise, ce qui prête à confusion. En fin de compte, le texte latin est plus clair ! Dans certaines langues, la traduction suit plus fidèlement le texte latin et aide mieux à comprendre la différence qu’il y a entre croire en Dieu et croire l’Eglise. On pourra se reporter au beau texte de saint Bernard dans le CEC : « Il appartient en propre à l'Eglise d'être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l'action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu'en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin; ce qui est visible, à l'invisible; ce qui relève de l'action, à la contemplation; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons » CEC n°771.

2) elle est « féminine » et « masculine » à la fois

Masculine.
Lorsque les évêques du monde entier se sont réunis à Rome pour le concile Vatican II, un grand nombre d'entre eux ont désiré que l'on redécouvre que l'Eglise était avant tout « le peuple de Dieu ». Le peuple de Dieu, et non pas simplement une sorte de pyramide au sommet de laquelle se trouverait le Pape et à la base laquelle on trouverait « les simples laïcs ». On connaît le mot célèbre de saint Augustin : «avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque ». À vrai dire, cette idée n'est pas neuve, elle s'enracine dans l'histoire d'Israël qui avait déjà conscience à cette époque d'être « le peuple de Dieu ». Par ailleurs, il faut bien reconnaître que avant le concile Vatican II, il existait dans l'Eglise catholique assez peu de réflexion sur le mystère de l’Eglise : on avait donc assez peu réfléchi sur ce que l'on appelle le « sacerdoce baptismal », c'est-à-dire la capacité de tous les baptisés de remplir une véritable charge et de ne pas tout reposer sur les seuls prêtres ou évêques. Dans tout cet ensemble de choses, nous restons dans une conception de l’Eglise que je qualifierais plutôt de « masculine », en ce sens qu’on considère cette question surtout sous l’angle de l’organisation, la place de la hiérarchie... Il nous reste donc à découvrir ce que des auteurs ont appelé « la féminité de l’Eglise ».
Féminine.
Au moment du concile Vatican II, on se demandait s'il fallait écrire un document spécial sur la Vierge Marie (son culte, son importance, sa place...) ou alors s'il fallait plutôt parler d’elle en complément du discours sur l’Eglise. C'est cette deuxième possibilité qui fut choisie : aux sept chapitres qui traitent du mystère de l’Eglise dans le concile, on ajouta un huitième, consacré à Marie modèle est mère de l’Eglise. Lorsque vous lirez ce qui concerne l’Eglise dans le catéchisme de l’Eglise catholique, vous constaterez que d’une façon semblable à celle utilisée par le concile Vatican II, la méditation sur la vierge Marie conclut en beauté l'exposé sur l’Eglise. Marie révèle à l’Eglise ce qu'elle est, les femmes dans l’Eglise révèlent à l'ensemble de l’Eglise ce qu'est l’Eglise : une vierge, une mère, une épouse qui met au monde le Christ, sans que cette fécondité repose sur un homme ou sur des hommes, mais uniquement sur l'Esprit de Dieu. L’Eglise a ceci de « féminin » qu'elle met au monde le Christ dans un mystère de fécondité. Je vous suggère de découvrir les quelques livres de Lucienne Sallé, l'une des premières femmes à avoir travaillé au Vatican et qui fut chargée par le Pape Jean-Paul II de réfléchir à la question et à la place de la femme aujourd'hui dans l’Eglise et dans le monde. (« Femme au Vatican », « femme pour l'aimer »...).

3) Approfondissons le mystère … les 4 « notes » de l’Eglise :

On dit de l’Eglise qu'elle est une, sainte, catholique, apostolique. Ces quatre caractéristiques sont traditionnellement appelées les « notes » de l’Eglise. Voyons ce que signifient ces quatre termes.
L’Eglise est Une par son fondateur, tout d’abord. Jésus, en effet, est l'unique Sauveur et il n'a fondé qu’une seule Eglise pour répandre le salut dans le monde. L’Eglise est une aussi dans sa finalité, qui est d’annoncer le seul et unique Jésus-Christ pour que tous les hommes soient sauvés par lui. J'ai pu constater avec joie l'année dernière que la question de l'unité de l’Eglise avait à vos yeux une grande importance, nous devons donc travailler à ce que l'unique Eglise que Jésus a fondée redevienne une, c'est certainement la volonté de Dieu.
L’Église est sainte par son contact permanent avec le Christ, elle ne fait qu’un avec son époux. Elle est certes composée de pécheurs, mais il n'en demeure pas moins que Dieu réside en elle, que Dieu la sanctifie en permanence, malgré la faiblesse des pécheurs qui la constituent. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la démarche de repentance désirée est mise en oeuvre par le Pape Jean-Paul II en l'an 2000 : cette repentance concernait les fils de l’Eglise et les fautes qu'ils ont commises à l'égard des peuples ou des autres confessions chrétiennes, mais une lecture attentive de tous les textes vous montrera que jamais le Pape ne remet en question (évidemment) la sainteté de l’Eglise ! Par ailleurs, on dit que les membres de l’Eglise sont « saints », car de la même façon que l’Eglise dans son ensemble, le contact permanent avec Dieu les rend saints. L’expression « communion des saints », signifie donc deux choses : le fait de communier aux choses saintes et le fait d'être en lien avec tous les autres saints de l’Eglise ici-bas et au ciel…
L’Eglise est catholique : ce mot de catholique à deux sens. Le premier sens est le plus connu, c’est celui d’« universel ». Cela signifie que la religion catholique a pour vocation de se répandre dans le monde entier et a pour caractéristique de convenir à tous les peuples et à toutes les cultures de tous les temps. Cependant, ce même mot de catholique (qui mot à mot veut dire « total » ou « complet ») signifie que dans l’Eglise catholique on trouve la plénitude des moyens de salut : il y a vraiment tout ce qu'il faut dans cette Eglise pour être sauvé, rien ne manque dans l’Eglise pour acquérir le salut.
L’Église, enfin, est appelée « apostolique » pour signifier le lien avec les apôtres (apostoloï, en grec). À l'époque de la rédaction du credo, il était indispensable de certifier que cette église dite catholique avait bien pour socle permanent les apôtres, les douze apôtres. En outre, dire que l’Eglise est apostolique signifie qu'elle garde fidèlement l'enseignement des apôtres et qu'elle ne veut pas s'en écarter. Enfin, on peut dire que d'une certaine manière, elle est toujours enseignée par les apôtres, elle est enseignée siècle après siècle par les successeurs légitimes des apôtres que sont les évêques.

4) et du coup , quelles relations l’Eglise catholique peut-elle entretenir avec les autres religions ?
Dire que l'on croit en la sainte Eglise catholique ne signifie pas que l'on méprise les autres religions ou les autres confessions chrétiennes ! Il s'agit simplement d'être très sûrs de cette Eglise et d'être très attachés à elle tout en disant ceci : Il y a des recherches authentiques de la vérité chez tous les hommes, il y a dans toutes les religions d'excellentes choses que nous devons et pouvons reconnaître, mais un certains nombre d’erreurs sont mêlées à ces belles choses, de sorte qu’on ne peut pas adhérer à ces autres religions. Les membres des autres Eglises ou religions sont considérés comme des frères au même titre que tous les hommes à qui nous devons le respect et l'attention. Par ailleurs, il y a dans toutes les religions ce que l'on appelle des « pierres d’attente évangéliques », ce qui veut dire que dans une religion il y a un certain nombre d'éléments qui font que les croyants de cet religion pourront un jour adhérer au Christ, croire en lui, être sauvés par Lui, car ces bons éléments préparent le cœur des croyants à recevoir la lumière de la vérité (« Je suis, dit Jésus, le chemin, la vérité et la vie »).
P. Emmanuel d'Andigné