14 novembre 2011

Homélie du 02 octobre 2011-Ecouter et croire Jésus, c'est tout un

Homélie du 27ème dimanche du Temps ordinaire - Année A

Avez-vous entendu parler du gâteau de la Toussaint ? Il s’agit de rechristianiser cette fête, en faisant confectionner par un professionnel qui le commercialise normalement, un gâteau fait uniquement à cette période, chaque part de gâteau achetée donnant droit à un petit feuillet qui donne le sens de cette fête et raconte la vie d’un saint.

Ce n’est plus pour contrer Haloween, Haloween est déjà mort … mais c’est  une proposition positive  sur la sainteté, qui non seulement fait plaisir à Dieu, mais fait du bien aux hommes. Il y a un aspect culturel (savez-vous ce qu’est la Toussaint ?) et un aspect spirituel (Dieu peut et veut déposer sa sainteté en chacun de nous, pour nous faire du bien à nous et pour que l’humanité soit transformée et redonnée au Créateur aussi belle que celui-ci l’a conçue …)

Trois choses sur l’Evangile

Tout d’abord l’introduction de Jésus : il dit « Ecoutez ». Il est rare que Jésus lui-même dise cela au début d’une parabole. Cela ne signifie pas nécessairement que cette parabole surpasse les autres, mais qu’il faut l’écouter, au sens de croire. En effet, derrière ce mot, il y a le « credo » des juifs (le « sh’ma Israël »), écouter et croire n’étant en réalité qu’un seul et même acte. En disant d’écouter, Jésus nous dit « croyez ce que je vais vous dire, il y a là des déclarations aussi importantes que celles de Dieu à travers son serviteur Moïse.

Une véritable communication suppose l’écoute, il n’y a rien de pire que de ne pas sentir écouté. Nous avons tendance, n’est-ce pas, à entendre ce que nous voulons, à écouter ce qui nous plaît et non le reste : c’est embêtant pour la foi chrétienne, car il faut recevoir Dieu tel qu’il est et entendre ce qu’il veut dire et non ce que nous voulons entendre. Ainsi, nous ne fabriquerons pas un Dieu à notre mesure, en le « raccourcissant », mais nous allons nous « hisser à la mesure de Dieu », définition possible de la sainteté !!!

Ecoutez cette parabole …

Ce n’est pas par hasard que Jésus parle de la vigne … le vin est considéré par les juifs comme la plus noble des boissons ; il a été choisi avec le pain (la plus noble des nourritures) pour être la boisson par excellence, à la fois don de Dieu par la nature, la pluie et résultat du travail des hommes. Dans l’offertoire catholique, on retrouve des éléments essentiels du repas d’entrée en Shabbat : « Tu es béni, Seigneur, notre Dieu, roi de l’Univers, toi qui fais sortir le pain de la terre… le vin de la terre » dit la formule juive.

Le juste, le saint, est comme un bon vin : résultat d’un vrai travail de l’homme
-          Recherche des vertus
-          Qualité de vie spirituelle
-          Sens du service
-          Fidélité à Dieu et aux hommes

Et d’une vraie grâce de Dieu
-          Car Dieu est le seul saint au sens plénier du terme

Une paroisse, c’est une vigne, mais ce qu’une vigne : ce qui compte, c’est le vin. Je faisais hier du vélo dans les vignes du layon … un magnifique paysage s’est présenté à nous, et notamment les vignes elles-mêmes, mais ce qui compte, c’est le vin !  C’est-à-dire l’épanouissement de la grâce du baptême, la perfection chrétienne, dont la réputation se propage comme le fumet incomparable d’un coteau du layon !

Le curé d’Ars disait, d’ailleurs, qu’un chrétien qui vient de communier est comme une bouteille de cognac et que le recueillement après avoir communié est comme un bouchon qui retarde l’évaporation et l’oxydation du contenu de la bouteille.

Mais il ne faut pas s’attarder trop longtemps sur l’image, car dans une image qui symbolise quelque chose de spirituel, il y a, disait saint Thomas, plus de dissemblance que de ressemblance entre l’image et la réalité spirituelle …

Je termine, donc, en évoquant la question de la justice, puisque cette parabole évoque le jugement dernier, et si l’Eglise nous le fait entendre, c’est parce que nous nous rapprochons de la fin de l’année liturgique, occasion de méditer sur la fin de nos jours et sur la fin des temps.

Il y a pourrait-on dire deux justices : une justice transcendante, œuvre de Dieu, qui sanctionne, au sens complet du terme, chacune de nos vies … mais il y a aussi une Justice immanente, en ce sens que le mal contient en lui-même le principe de sa destruction ; ou pour le dire autrement : celui qui fait le mal reçoit sur la tête le coup qu’il donne (comme dit le psaume 7) et je crois bien que Jésus se sert de la justice immanente (qui a quelque chose de très convaincant) pour nous permettre de nous préparer intelligemment à la justice transcendante dont nous feront l’objet.

Comme l’a bien dit Benoît dans Spe salvi, ce moment sera un moment de joie pour les pauvres, les justes, les humbles, car il seront rétablis dans leur dignité et dans leur valeur : que Dieu nous donne d’être de ceux-là !

P. Emmanuel d'Andigné

13 novembre 2011

Homélie du 25 septembre 2011-la vigne du Seigneur

Homélie du 26ème dimanche du temps de l’Église- année A

Jésus aime bien nous faire réfléchir sur notre propre existence à travers ses paraboles. Il sait bien à qui il s’adresse, il sait bien là où cela fait mal lorsque l’on a quelque chose à se reprocher et lorsque l’on veut bien en prendre conscience.

Comme dimanche dernier (les ouvriers embauchés à la vigne), on se trouve à nouveau dans une vigne. Lorsque l’on parle de vigne dans les paraboles, il faut comprendre le peuple de Dieu, et l’enseignement de Jésus prend alors une autre valeur.

Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens. Donc, des gens cultivés, bien sous tous rapports, habitués à réfléchir, à étudier et qui connaissent sur le bout des doigts leur domaine. Des gens influents, leur parole est reconnue et on les écoute.

Le problème, c’est qu’ils ne sont pas forcément cohérents avec eux-mêmes.

Ils parlent, ils parlent, ils savent tout, ils donnent des conseils aux autres, mais quand il s’agit d’eux ils n’agissent pas.

« Oui, oui Seigneur, je vais travailler à ta vigne ». Mais en fait, ils n’y vont pas.

De l’autre côté, ceux qui ne vont pas à la vigne : les pécheurs, les publicains, les prostituées et autres gens de mauvaise compagnie. Une chose est sûre : ils ont plus de choses à se reprocher que les premiers, cela est entendu.

Mais ce qui change tout, c’est que Jean-Baptiste les a touchés en plein cœur. Ils l’ont écouté, ils se sont convertis et c’est pour cela qu’ils entreront dans le Royaume.

Autrement dit, les chefs des prêtres ne se sont pas convertis. Eux qui suivaient scrupuleusement la loi de Moïse, pourquoi auraient-ils eu besoin de se convertir ?

Un certain confort intellectuel faisait qu’ils ne se remettaient pas en cause. Ils avaient la connaissance (et donc un certain pouvoir devant le peuple). Jean-Baptiste et Jésus les dérangeaient avec leur obsession de conversion. « Nous ? Non, on n’en a pas besoin ! ».

De leur côté, les publicains et les prostituées étaient conscients de leurs manquements de toute sorte, et ils étaient donc plus aptes à se convertir et à offrir leur cœur à la miséricorde de Dieu. Jésus nous dit que beaucoup d’entre eux finissent par changer de cap et par aller à la vigne.

Le manque de cohérence n’est toujours pas réglé aujourd’hui. Nous sommes nombreux à ne pas mettre en pratique ce que nous proclamons. Nos actes sont-ils toujours conformes à ce que nous croyons ?

Nous sommes le second fils, aucun doute là-dessus.

Nous sommes aussi le premier fils. Malgré des erreurs, des manquements d’amour, des moments de paresse, nous finissons tout de même par aller à la vigne. Nous retrouvons notre relation avec Dieu. Nous retrouvons le chemin d’amour que le Seigneur nous propose.

Jésus ne condamne personne. Il déclare seulement que les publicains et les prostituées précèderont les chefs des prêtres et les anciens dans le Royaume, ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne gagneront pas au bout du compte le Royaume.

Personne n’est définitivement condamné, personne n’est à jamais rejeté, car le Seigneur nous laisse libre de lui dire oui jusqu’au bout.

Nous devons perpétuellement gérer nos propres contradictions. Nous voulons le suivre et nous ne sommes pas à la hauteur. On n’y arrive pas, on trébuche, on fait des faux pas.

Mais qu’importe ! Il ne nous jugera pas en chemin, il est patient. Il respecte notre liberté.

Il ne nous attend pas pour nous donner une sanction, mais il attend de nous que nous lui fassions confiance. Il est toujours prêt à nous ouvrir les bras et à nous pardonner.

Jésus nous attend à la vigne.

Alors, quels actes de justice posons-nous, quels services rendons-nous dans la mission qui nous est confiée dans la communauté, dans l’Église ?

Avons-nous les yeux, les oreilles et le cœur ouverts lorsque nous rencontrons notre prochain ? Ou bien restons-nous sur nos jugements, sur nos certitudes ?

Quels efforts faisons-nous pour notre propre formation pour mieux servir nos frères ?

Des pauvres espèrent un geste de notre part. Des malades comptent sur nous pour les visiter. Des paroisses recherchent des bénévoles.

C’est la rentrée, le travail ne nous manquera pas à la vigne du Seigneur.

Ainsi soit-il.

Jean-Paul Rousseau, diacre

Homélie du 18 septembre 2011-la comparaison tue !

Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Bien souvent, on bute sur la difficulté de l’injustice de cette parabole : d’abord, personne n’est lésé, dans cette affaire, car ceux à qui on avait promis un salaire le reçoivent tous ! Ensuite, il ne faut pas oublier que Jésus parle à des juifs : c’est eux, les ouvriers de la première heure, de même, le frère aîné de la parabole du Fils Prodigue, c’est eux … Les Juifs sont ceux qui ont connu le Dieu unique en premier : ils revendiquent donc un certain avantage, ils sont conscients d’être le peuple élu.

Jésus, d’ailleurs, ne conteste pas qu’il a pour eux une tendresse particulière, puisque, au début de sa prédication, il s’est occupé presque exclusivement des juifs, en refusant à une femme phénicienne (libanaise dirait-on aujourd’hui) des soins, finissant par céder, d’abord parce que souvent les hommes cèdent aux femmes (pour avoir la paix) et ensuite, parce que les libanais sont des redoutables négociateurs, et Jésus aime l’audace …

Ainsi donc, comme les juifs à l’époque, nous sommes prévenus, que si quelqu’un découvre le Christ demain matin et débarque à la paroisse dimanche prochain, il sera aussi bien « payé » que ceux d’entre nous qui le servent fidèlement depuis des années …

Ce n’est pas injuste, c’est juste paternel … Dieu est un père ! Dans le film « qui a envie d’être aimé », on voit deux frères, l’un qui a réussi et qui est sérieux, et l’autre qui ne fait que des bêtises, et claque l’argent de toute sa famille ; et à chaque fois que le fils terrible ou prodigue revient chez son père, son père l’accueille, alors que son frère et sa sœur, eux,  plus réalistes, plus réglo’, plus justes (selon la justice des hommes) refusent cette faiblesse du père qui semble ne pas rendre service à celui qui ne calcule rien et fait des bêtises qu’on est obligés de réparer. Ce n’est pas injuste, c’est paternel … les pères sont comme ça, et les mères aussi …

J’ai eu l’occasion, durant les JMJ, de dire aux jeunes à propos de l’oraison qu’il était possible qu’ils soient favorisés plus qu’une vieille carmélite qui pratique l’oraison depuis des années et qui parvient difficilement aux quatrièmes demeures !
Cependant, il faut ajouter deux choses : Isaïe et la jalousie !

Isaïe : « Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme pervers, ses pensées ! Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon ».

Cela veut dire que Dieu vient de nous appeler à la conversion, nous, qui sommes ici sagement dans une église et ceux qui, à l’extérieur, rendent en ce moment-même un culte à l’argent, à la télévision, au pouvoir, au plaisir, à la paresse, plutôt qu’à Dieu.

Nous,  parce que nous avons besoin de conversion, nous qui avons sur nos mains la souillure de nos péchés, et qui le savons, puisque nous savons ce qu’est un péché … et tous ceux qui se détournent de Dieu, à cause des idoles, qui sont finalement les mêmes que toutes les idoles de tous les temps

Conclusion : Dieu n’est pas simplement faible comme un père, il est aussi vrai comme un pèr et parfois rude comme un père …

Mais ce serait une erreur, je crois, que de ne regarder que Dieu dans cette parabole : il faut regarder les ouvriers, aussi … En fait, leur erreur, c’est de se comparer les uns aux autres … la jalousie est un cancer qui détruit l’amour, et qui empêche les chrétiens d’évangéliser

Question : qu’est-ce qui est le plus important ? Alpha, le gâteau de la Toussaint, l’évangélisation des boîtes aux lettres ? Les trois mon capitaine !

Dans Alpha, qu’est-ce qui est le plus important ? Le topo’ ? La prière ? La nourriture ? Les trois mon capitaine !

Il ne faut jamais se comparer, à personne, chacun de vous est incomparable (et tant mieux). Au fond, que chacun fasse de son mieux, en cultivant la beauté et la profondeur de sa relation avec Dieu, sans regarder dans l’assiette spirituelle des autres, et même (on en est capable !!!), en passant plus de temps à se réjouir du bien que les autres font, qu’à regarder ce que nous n’arrivons pas à faire …

Je voudrais finir avec un détail important qui figure dans la deuxième lecture :
« Pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j'arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c'est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. »

Saint Paul a goûté la douceur du Ciel, il a fait l’expérience que connaître Dieu et l’aimer, c’est bon, c’est désirable et donc, finalement, sa vie consiste à découvrir un morceau du Ciel à ceux qui regardent plus la terre que le Ciel.

La paix, tout le monde y croit, la justice, tout le monde la cherche, le respect des autres, c’est important pour tout le monde … mais le Ciel, seuls ceux qui le connaissent –un peu-  peuvent le faire goûter à ceux qui l’ignorent : c’est ce qu’il a de spécifique de la foi, c’est ce qui est original dans le monde d’aujourd’hui, c’est donc très urgent, car le Ciel est notre avenir, et ce sera notre bonheur définitif : nous devons vivre le plus longtemps possible, afin que le Ciel descende sur la terre, définition orientale de la « liturgie (entendez la messe) »…

P. Emmanuel d'Andigné

12 novembre 2011

Homélie du 11 septembre 2011-youcat !

Homélie du 24ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Je continue à vous faire profiter des trésors récoltés aux jmj, car bien entendu, ils ne sont pas réservés à la jeunesse, ils ont été livrés à la jeunesse, pour qu’elle réveille la foi endormie dans les cinq continents.

Dans nos sacs du pèlerin figurait un livre jaune surnommé « youcat » (youth catechism) : pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière …

Dans les années 80, Jean-Paul II avait demandé à un certain Joseph Ratzinger de travailler à une présentation moderne et fidèle de l’ensemble de la doctrine catholique ; il était entouré de spécialistes du monde entier, pour que le langage convienne au plus grand nombre possible de personnes … ce travail avait abouti au bien connu Catéchisme de l’Eglise Catholique, paru en 1992.

Et puis, en 2005, le tout jeune Benoît XVI, élu depuis 4 mois seulement, a tenu à ce que sorte en librairie un résumé de ce catéchisme appelé « compendium » (résumé en latin) : plusieurs centaines de questions et de réponses brèves aux questions essentielles sur la foi. Le saint-Père était bien conscient que peu de personnes feraient l’effort de lire entièrement l’ouvrage précédent.

Le youcat, distribué aux jmj, est le fruit de la rencontre entre un archevêque et un groupe de jeunes : l’archevêque (Mgr Schönborn) a dit aux jeunes : « moi, je connais l’enseignement de l’Eglise, vous, vous connaissez les questions de la jeunesse, faisons ensemble un livre qui, à la fois respecte les questions des jeunes et reste fidèle à l’enseignement du Christ par l’Eglise. »

Eh bien cet outil, qui a la même structure que le catéchisme ou le compendium (à savoir les quatre grandes parties de l’enseignement de l’Eglise … la foi, les sacrements, la morale et la prière) comporte 527 questions et 527 réponses, simples, claires, brèves et je suis certain que ça peut servir à des gens qui sont jeunes depuis très longtemps …

Regardez le n° 524 du Youcat

Dans l’Evangile, aujourd’hui, Jésus nous donne une parabole qui parle d’elle-même, n’est-ce pas, et ce numéro du youcat en est une simple paraphrase, pour le cas où le lecteur n’ait pas connaissance de la parabole.

Je crois inutile d’ajouter un commentaire, je crois qu’il suffit d’ajouter deux choses, l’une qui complète l’enseignement de Jésus par Jésus lui-même, et l’autre, davantage pratique …

Premièrement, donc, je remarque avec vous que, lorsque Jésus enseigne la prière-cadre, le modèle de toute prière, le Notre Père, il ne commente qu’une seule phrase : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi … » et voici son commentaire : « Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes »

Aucune autre phrase du Notre Père ne fait l’objet du commentaire de Jésus, c’est dire l’importance qu’il accorde à ce sujet …

Par ailleurs, deuxièmement, au plan pratique, cela signifie que, lorsque quelqu’un va se confesser et qu’il y a un pardon qu’il n’arrive pas à donner, eh bien, le pardon sacramentel n’agit pas. Il n’y a rien de magique dans la religion chrétienne ! Si l’homme ne s’avance pas, Dieu n’agit pas non plus … même si les formes du sacrement sont parfaitement respectées.

Claudel, c’est vrai a été « saisi » par Dieu sans s’y attendre vraiment, mais il s’était avancé tout de même, il avait fait le pas d’entrer dans une église !

Il y a donc comme une sorte de jeu amoureux, où Dieu, naturellement, a l’initiative, il se déclare, et puis il attend une réponse de l’homme, et si celle-ci ne vient pas, alors Dieu n’agit pas, généralement.

Dans l’introduction du youcat, le saint Père s’adresse aux jeunes, mais vous allez voir comme cela convient en réalité à tout le monde, voici ce qu’il dit : « Quand Israël fut au plus bas dans son histoire, Dieu n'a pas appelé à son secours les puissants et les grands de ce monde, mais un jeune homme du nom de Jérémie. Jérémie ne se sentait pas à la hauteur : Ah ! Seigneur Dieu, vraiment, je ne sais pas parler, car je suis un enfant (Jr 1, 6). Mais Dieu resta inflexible : Ne dis pas : Je suis un enfant ! Car vers tous ceux à qui je t'enverrai, tu iras, et tout ce que je t'ordonnerai, tu le diras (Jr 1, 7).

Je vous bénis et je prie chaque jour pour vous tous. Fin de citation

Et quand à moi, je vous invite à la lecture, et je vous encourage à ne pas avoir peur de vous-mêmes, à vous lancer simplement et joyeusement dans la nouvelle évangélisation !

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 04 septembre 2011-les quatre notes de l'Eglise

Homélie du 23ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

A la manière d’un écho, je voudrais vous faire profiter du bon vent de Madrid, en en faisant une lecture spirituelle, à partir des textes du jour, au gré de ce que Dieu dit à l’Eglise de dimanche en dimanche.

Tout d’abord, pour assainir le terrain, sachez que les fameuses manifestations d’opposition aux jmj, dont tout le monde me parle depuis un semaine … eh bien, pour ma part, je ne les ai pas vues ; nous avons appris la chose par les journaux et la radio et je pose simplement une question :

A votre avis, combien y a-t-il de mouches dans l’église en ce moment ? 10 ? 14 ?

Il y a la même proportion (je parle d’arithmétique, je ne méprise personne) entre le nombre de mouches aujourd’hui dans l’église et le nombre que vous êtes vous ici … qu’entre le nombre de manifestants anti jmj et les 2000000 de jeunes présents à Madrid !

Je vais donc me concentrer plutôt sur le véritable évènement : la jeunesse du monde entier qui fait l’expérience de l’Eglise.

A propos de l’Eglise, je vous raconte volontiers une expérience particulière faite à Madrid : ayant besoin d’une sieste, je me suis extrait du groupe quelques temps et j’en ai profité pour faire quelques courses pour le week-end avec le Pape … une fois réveillé, je me suis retrouvé seul dans les moyens de transports, et j’ai ressenti très fortement et très clairement mon incapacité à évangéliser une fois seul, tout prêtre que je suis … j’avais besoin de l’Eglise, ma famille, pour porter la bonne nouvelle ! Je faisais, en creux et dans ma chair, l’expérience de la nécessité de l’Eglise !

Jésus dit dans l’Evangile « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié … » C’est la définition de l’Eglise : celle qui est chargée de lier et de délier ce que Dieu veut lier et délier.

La jeunesse présente à Madrid a eu l’occasion d’expérimenter ce que l’on appelle les quatre notes de l’Eglise. Ça n’a rien à voir avec les notes de musique : on dit, en latin, que l’Eglise est connue (nota est) pour être « une, sainte, catholique et apostolique »

A vrai dire, pour ce qui est de la première « note », l’unité, les jeunes ont peut-être senti que tous ces gens si différents sont unis par une même foi ; ceux qui ont prié avec la communauté de Taizé ont fait l’expérience plus forte encore de la prière commune avec d’autres confessions chrétiennes ; et le Saint-Père, quant à lui, rencontre toujours des responsables de tous bords, afin de réaliser son beau ministère dit « de communion ».

La seconde note, la sainteté, ils l’ont expérimenté par la célébration de deux sacrements, surtout : l’Eucharistie et la pénitence. L’Eglise peut sanctifier par les sacrements, parce qu’elle est sainte, en vertu de son contact permanent avec Dieu. Il y avait, chaque jour, en plein cœur de Madrid, dans un parc (le Ritiro) une impressionnante file de plusieurs centaines de confessionnaux blancs, où des centaines de prêtres confessaient toute la journée (il y avait en tout aux jmj environ 14 000 prêtres présents) ; et lorsque nous avons fait escale à côté de Dax sur le chemin du retour, des jeunes du diocèse se sont confessés matin et soir, le soir, jusqu’à 2h du matin … L’Eglise est sainte, même si tous ses membres sont pécheurs, et elle sanctifie !

Ce sont évidemment les deux autres notes (la catholicité et l’apostolicité) qui sont les plus évidentes aux jmj …

Catholique –vous le savez- signifie « total » : on trouve dans l’Eglise catholique la totalité des moyens de salut ; mais il s’agit aussi de la totalité de l’humanité, d’où son caractère universel, ce sont les deux sens du mot « catholique ».

Quant à l’apostolicité, Ils l’ont palpée à travers le ministère du pape (« Esta es la juventud del papa » ou « Benedicto ! », scandaient-ils) : il est successeur de Pierre et comme les autres évêques, il a la charge d’enseigner comme les Apôtres (il y a eu trois catéchèses assurées par les évêques du monde entier). Les jeunes ont pu écouter les évêques comme on a toujours écouté les apôtres et leurs successeurs. L’Eglise est fondée sur les douze apôtres, et encore maintenant elle tient par le ministère de leurs successeurs les évêques : l’Eglise est apostolique

Je termine en revenant sur l’origine du mot « église » : Ecclesia en grec signifie « assemblée convoquée » ; cela vient de kaléo, en grec, qui veut dire appeler. Nous avons fait à Madrid l’expérience de l’Eglise, qui n’est pas seulement un rassemblement, mais surtout un appel, lancé à tous les hommes de bonne volonté ; c’est ni plus ni moins l’évangélisation qui fait l’Eglise, l’Eglise est un acte d’évangélisation.

Boîte aux lettres, gâteau de la toussaint, alpha … constituent ensemble un appel à l’assemblée dominicale, qui est le lieu normal où l’Eglise prend conscience de ce qu’elle est :

« Je viens ici pour rencontrer des milliers de jeunes du monde entier, intéressés par le Christ ou en recherche de la vérité qui donne un sens authentique à leur existence. Je viens comme Successeur de Pierre pour les confirmer tous dans leur foi, en vivant quelques jours d’intense activité pastorale pour annoncer que Jésus-Christ est le Chemin, la Vérité et la Vie. »

Disait Benoît XVI à  l’aéroport de Barajas, le 18 août dernier

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 28 août 2011-retour des JMJ

Homélie du 22ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

En 1997, des conseillers de Jean-Paul II lui ont dit : « très Saint-Père, vous feriez mieux de ne pas aller en France aux JMJ, ça va être un échec … en plus, il y a des manifestations qui se préparent contre vous et l’accueil risque d’être froid, il y  aura sans doute peu de monde … ». vous connaissez la suite de l’histoire !!! « Passe derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » …
Pareillement, en 2005, à la mort de Jean-Paul II, certains disaient : « Jean-Paul II est mort, les jmj sont mortes … » Eh bien le cadavre se porte à merveille, j’en suis témoin ! « Passe derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » …

La toute première prière de la messe d’aujourd’hui demandait : « Enracine en nos cœurs l’amour de ton nom

Lors de l’une des catéchèses des évêques, Mgr Barbarin nous a dit que le thème des jmj (« enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi ») lui faisait penser au premier de tous les psaumes :

Heureux est l’homme
qui n’entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
ne siège pas avec ceux qui ricanent,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre
planté près du ruisseau,
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt

Il faut du temps pour qu’un arbre plante ses racines dans la terre, on souhaite à la jeunesse de ne pas se déraciner, juste après avoir pris racine en Dieu aux JMJ ; or nous savons bien, nous qui sommes plus âgés, que l’enracinement, en fait, prend toute une vie, avec l’arrachage des mauvaises herbes, toujours prêtes à repousser … et voilà pourquoi nous sommes tous responsables de l’enracinement de la jeunesse dans le Christ.

Je vois pour cela deux moyens simples et efficaces, à la portée de chacun d’entre nous, même les enfants

Par la prière, d’abord, bien sûr, car c’est le premier et le plus grand service que nous avons à leur rendre : prier pour eux !

Mais nous avons aussi une belle arme qui est celle de l’interrogation : demandez-leur ce qu’ils ont vécu ! Les premières questions concerneront la foule, l’ambiance, l’épreuve du soleil ou de la pluie (et ce n’est pas négligeable, nous ne sommes pas des statues de marbre ou de bois, nous avons besoin de sensations).

Et puis on peut leur poser d’autres questions, plus profondes : as-tu appris quelque chose là-bas que tu ne connaissais pas avant de venir ? Ton regard sur l’Eglise, sur le Christ est-il le même ou a-t-il changé ?

Voici ce que Benoît XVI a dit à la fin de la messe dimanche dernier :
« Chers Jeunes, vous allez maintenant revenir chez vous. Vos amis chercheront à savoir ce qui a changé en vous après avoir été dans cette noble ville avec le Pape et des centaines de milliers de jeunes. Que leur répondrez-vous ? Je vous invite à leur donner un témoignage audacieux de la vie chrétienne, vous serez alors le ferment de nouveaux chrétiens, afin que le l’Eglise naisse avec vigueur dans leur cœur. J’ai beaucoup pensé, ces jours-ci, a continué le Pape, à ces jeunes qui attendent votre retour, transmettez-leur mon affection,  en particulier aux plus défavorisés, ainsi qu’à vos familles, et aux communautés de vie chrétienne auxquelles vous appartenez »

Voilà qui est fait …

J’ai un vieux souvenir et un autre très récent, qui se rejoignent tous deux concernant ce type d’évènement : le premier souvenir remonte à 1989, le second à cet Eté.

A Compostelle, en 1989, peu de gens participaient aux jmj, mais tout le monde avait un avis dessus (…). Des observateurs frileux de ces jmj naissantes avaient dit : « les jeunes applaudissent le Pape lorsque son discours est clair, net et exigeant, mais ensuite, ils font le contraire de ce qu’il dit »

Et de même, j’ai rencontré la semaine dernière un adulte qui était là pendant toutes les jmj, et qui me disait : « quand j’interroge les jeunes, là, maintenant, eh bien, je m’aperçois que les choses ne sont pas très claires pour eux, qu’ils ont des doutes, etc … »

Je ne nie pas qu’il puisse y avoir un décalage entre l’enthousiasme et la réalité des actes, mais je fais simplement deux remarques :

La première, c’est que chacun de nous constate en lui-même ce décalage entre ce que nous voudrions être et ce que nous sommes en réalité, et c’est justement cet espace entre le voulu et le vécu que se trouve le dynamisme spirituel, et la jouissance d’avoir progressé quand on a grignoté un peu d’espace vers la perfection évangélique.

Notez que Blondel y voyait une preuve de l’existence de Dieu : en effet, l’homme a toujours une aspiration plus haute que la condition qui est la sienne, son désir grandit à l’infini, et c’est dans cet espace (il parle de « hiatus ») que la raison peut poser l’existence de Dieu

La seconde chose, c’est que l’on juge un arbre à ses fruits, comme dit Jésus et non quand il est en train de pousser. J’en veux pour preuve cette très juste déclaration du Cardinal Rylko qui s’est exprimé à la fin de la messe de clôture dimanche dernier devant ces 2 millions de jeunes, évoquant 25 années de jmj :  « combien de vies transformées, combien de décisions de vocation, choisies et accomplies, combien de fruits de sainteté !… »

On ne juge pas les jmj sur le moment, ni en elles-mêmes, ni dans notre itinéraire personnel. Il ne faut rien juger sur le moment … il faut « cultiver son jardin », comme disait Candide, en remerciant Dieu pour les temps de grâce, les moments où il a donné de la « pluie » à notre terre assoiffée -notre âme- et entretenir les dons de Dieu.

Ainsi, nous pourrons gagner quelques mm de racine, aujourd’hui, et dimanche prochain, et ne pas craindre les moments de sécheresse, car « ils ne nous empêcheront pas de porter du fruit ».

P. Emmanuel d'Andigné