16 octobre 2012

Homélie du 07 octobre 2012- "Amen", ce très beau mot


Homélie du 27ème dimanche du Temps ordinaire - Année B

Petite histoire de la répudiation :
Entre 1900 et 1250 avant JC (pendant 600 ans !), un mari pouvait répudier sa femme du jour au lendemain, « sans autre forme de procès », comme dirait Monsieur de la Fontaine.

1250 : avec Moïse, Israël fait un gros progrès : on exige que soit rédigé un acte de répudiation (de la femme par l’homme, bien sûr… pas le contraire !)

A l’époque du Christ, celui-ci supprime la répudiation, purement et simplement, ce qui nous fait assez plaisir, d’autant plus que Jésus conçoit intellectuellement la répudiation dans les deux sens, et non pas seulement du côté masculin …

Commentaire de l’Evangile :
J’en ai fait l’expérience cette semaine : il n’y a pas un évangile aujourd’hui, il y en a deux ! Le premier est difficile à avaler, à notre époque, tant sont nombreux les cas que nous connaissons d’échec en matière conjugale.

Or, la deuxième partie éclaire la première, je vais donc commencer par la deuxième, si vous voulez bien patienter un peu …

Il y a un tout petit mot très important dans la deuxième partie : « Amen. » Amen est un mot qui signifie « solidité », « inébranlable », « in déplaçable ».  Amen est un mot liturgique juif qui finalement veut dire : Dieu est la « chose » la plus solide qui soit, le fondement  absolu, le repère qui ne bougera jamais, la seule chose qui soit absolument sûre.

On compare Dieu souvent à un rocher, ce qui exprime la même réalité ;  c’est la raison pour laquelle Jésus dit qu’il faut bâtir sur le roc, et non sur le sable : le roc est cette pierre solide et unique qui représente Dieu, le sable représente les multiples dieux qui ne peuvent fournir une base solide à quoi que ce soit.

Par ce simple mot, Jésus indique, juste après avoir affirmé l’indissolubilité du mariage, qu’il faut reposer cette union et cette indissolubilité sur Dieu, sans quoi, l’homme laissé à ses propres forces est beaucoup plus fragile.

Conclusion : Dieu ne se contente pas de donner des exigences, il donne surtout sa grâce, lui-même, pour conférer persévérance et solidité aux époux. Cela veut dire que, en attendant de savoir comment il faut faire - au plan individuel ou au plan ecclésial- quand le mariage au vinaigre, il faut de toutes façons donner à la jeunesse et à ceux qui sont ensemble dans la concorde et dans la paix l’enseignement de Jésus qui leur dit : que votre roc soit Dieu, appuyez-vous sur Dieu, revenez à Dieu, que Dieu soit lui-même la solidité et la paix de votre union, et non pas simplement vos deux bons caractères, la chance ou l’absence de trop gros problèmes dans votre famille.

« Amen » indique aussi que les époux ont entre eux –c’est capital- un lien qui est le même que celui qui unit le Père et le Fils dans la Trinité : c’est ce qui explique la netteté du discours de Jésus ; le mariage a pour vocation de signifier à sa manière la Trinité, à savoir la distinction des personnes et l’unité indissoluble, l’amour, la fécondité …

La Trinité montre aux époux la beauté de ce qu’ils sont : ils ressemblent spécialement à Dieu par leur communion, leur différence et leur unité.

Mais il faut ajouter autre chose : on ne peut pas lire cet Evangile seulement avec cet éclairage immédiat, il est toujours profitable d’éclairer un passage par un autre passage, ainsi que les Pères avaient coutume de procéder. Nous allons donc nous demander dans quel autre passage de l’Evangile il est question d’adultère.

En Jean, 8,11, Jésus a prononcé cette phrase si célèbre : « moi non plus je ne te condamne pas », dit-il à la femme adultère. Cela signifie que Jésus distingue fortement les principes, sur lesquels il se montre intransigeant, pour notre bien, et les personnes, pour lesquelles il a une infinie tendresse. Notons au passage que, à ceux qui se jugent impeccables, il déclare : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », rappelant aux époux fidèles d’aujourd’hui qu’ils doivent purifier encore cet attachement qu’ils n’ont pas sali gravement.

Jésus a dit aussi : « je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver (Jn 12) ». Il a dit aussi « venez à moi, vous tous qui peinez … et je vous procurerai le repos (Mt 11) »

Jésus est ferme sur le principe, mais doux avec les personnes : « Mt 11, 29 Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Dans une église, celui qui a souffre ou a souffert quant à l’amour ou quant à tout autre chose d’ailleurs trouve le repos et le regard tendre et aimant du Christ. « Retrouve ton repos mon âme car Le Seigneur t'a fait du bien, Il a sauvé mon âme de la mort gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas » dit le psaume 114.

L’Eglise, aujourd’hui, ne fait que continuer fidèlement à être la présence moderne de Jésus dans le monde … inébranlable sur les principes, précise sur les circonstances du mariage -afin d’établir s’il y a eu ou non mariage en cas d’échec- et mettant en place des structures d’écoute et d’accompagnement dont les affiches ornent le fond des églises, mais curieusement pas celui des mairies.

Cependant, les structures ne suffisent pas, et rien ne remplacera les fantassins, je veux dire chaque chrétien, qui doit se faire le proche de tous et spécialement de ceux qui ont eu à souffrir.

P. Emmanuel d'Andigné

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