16 juin 2011

Lettre pastorale Mgr Emmanuel Delmas 1er juin 2011

EMMANUEL DELMAS
Evêque d’Angers

Le 1er juin 2011




    Aux ministres ordonnés ; aux personnes consacrées ;
    Aux laïcs en mission ecclésiale ; à tous les fidèles laïcs
    du doyenné « Angers Centre ».

Chers amis,

          Au retour de ma semaine de visite pastorale, je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour le bon accueil qui m’a été réservé et pour le programme qui a été soigneusement préparé pour cette semaine de rencontres. Je veux dire merci à toutes les personnes qui ont donné de leur temps et travaillé pour me présenter leur mission ou engagement. Merci aussi pour les moments de convivialité, en particulier les repas auxquels j’ai été invité dans vos presbytères, dans des familles. Je sais qu’une visite pastorale engendre du travail et demande une grande attention, une organisation sans faille, afin que tout se passe bien. Je reviens heureux de cette visite et tiens à vous l’exprimer vivement tout d’abord.

          Au début de cette semaine, la présentation des grands projets de la municipalité, soulignant le souci de mettre en œuvre une proximité avec, en particulier, une présence des élus au sein de chaque quartier de la ville me confirme qu’il y a bien, sur le plan municipal, un terrain commun avec le travail des paroisses. Même si l’objet est différent, il me semble que ce projet commun favorise les échanges entre les élus d’une part et les chrétiens de vos paroisses.

          La rencontre avec les « équipes d’animation paroissiale » a été une opportunité, pour moi, de mesurer à la fois la richesse et la diversité de vos paroisses. Toutes n’ont pas le même visage, la même personnalité, c’est bien évident. Vous avez tous à coeur, en effet, de prendre des initiatives missionnaires au sein de chacune de vos paroisses. Je m’en suis réjoui et vous encourage à intensifier votre travail. Parmi ces initiatives, je note les « après midi soleil » à Saint Laud, les « tables ouvertes » à Saint-Joseph, les « groupes Alpha » à Sainte Madeleine et Saint léonard ainsi qu’à Sainte Bernadette, la messe à l’adresse des étudiants à la paroisse Cathédrale-Notre-Dame.

          J’ai été heureux de célébrer dans chacune des paroisses. Chacun donne de l’importance à la liturgie célébrée lors des eucharisties dominicales. Je me réjouis du beau service rendu par les chorales paroissiales, par les servants d’autel également. J’ai eu aussi la joie de rencontrer chacun des curés personnellement et d’échanger avec les diacres et leurs épouses.

          Je mets dans cette lettre quelques réalités en lumière. Elles n’épuisent pas tout ce qui est vécu et réalisé chez vous, c’est bien clair.

          I - La mission de l’Eglise auprès des enfants et des jeunes vivant sur votre doyenné.

          Je souligne la présence de l’Eglise catholique auprès des enfants et des jeunes de ce doyenné. Cette présence se réalise d’une part, grâce aux établissements scolaires de l’enseignement catholique du premier degré comme du second degré, et d’autre part, dans les aumôneries des collèges et lycées de l’enseignement public. Ces écoles, ces aumôneries sont des lieux où l’Evangile est annoncé aux jeunes eux-mêmes, à leurs familles également et aux enseignants, pour ceux qui travaillent dans l’enseignement catholique.

          J’aborde maintenant chacun de ces points pour eux-mêmes et vous fais entendre quelques appels pour vous encourager dans cette mission confiée.

          1. La mission des directeurs des écoles catholiques.

          Je sais la conscience qu’ils ont de leur responsabilité pastorale. Je sais leurs difficultés. Je sais aussi leurs joies d’être les ouvriers de l’annonce de l’Evangile. Je les encourage bien entendu dans cette volonté affirmée par chacun d’entre eux de promouvoir la culture chrétienne pour tous les enfants scolarisés et de proposer une catéchèse pour ceux qui en ont exprimé la demande. J’en viens maintenant à faire une proposition :
  •  Je suggère que chaque école puisse être en lien avec une des paroisses proches et qu’elles puissent ainsi bénéficier des propositions spirituelles de cette paroisse, en particulier pour des temps de célébrations. La mise en œuvre de cette proposition répondrait à l’une des attentions portées par le projet pastoral de l’enseignement catholique de notre diocèse qui est de créer des liens entre les paroisses du diocèse et la vie en réseau des écoles de l’enseignement catholique. Cette attention fait d’ailleurs l’objet d’un chantier du comité diocésain de l’enseignement catholique.

          2. La mission des aumôneries dans les collèges et lycées publics et celle des collèges et lycées de
    l’enseignement catholique.

          Lors de notre rencontre, les responsables m’ont confié leurs difficultés, constatant que leurs moyens humains diminuent. Ils déplorent que la présence d’un prêtre pour rencontrer les jeunes, préparer et célébrer les sacrements, devienne plus difficile. Ils font l’expérience d’un manque de culture chrétienne de ces jeunes. Ils notent l’absence de rattachement à une communauté paroissiale. Ceci me permet de faire la suggestion suivante à l’adresse des pasteurs des paroisses, des animateurs en pastorale scolaire et des responsables des aumôneries de l’enseignement public.

  • J’encourage la mise en place d’une organisation des célébrations de la réconciliation dans les paroisses du centre ville qui permettent d’accueillir les jeunes présents dans les collèges et lycées, aussi bien de l’enseignement catholique que de l’enseignement public présents sur le doyenné.    
  • De façon plus large, j’encourage une organisation de célébrations eucharistiques dans les paroisses qui permette d’accueillir des élèves scolarisés dans les établissements du doyenné.
          3. La mission des catéchistes.

          Un autre lieu essentiel où les enfants entendent l’Evangile et s’initient à la vie de l’Eglise est la catéchèse. La rencontre avec les catéchistes présents dans les paroisses du doyenné a été un moment important de cette semaine pastorale où j’ai noté la belle générosité des catéchistes oeuvrant dans les paroisses, leur inventivité également qui s’exprime dans de belles propositions, telles les écoles de prière et la mise en place de l’éveil à la foi. En même temps, j’ai entendu les questions qui m’étaient posées : l’absence de catéchèse en CE1, l’ « absence » des parents des enfants catéchisés, comment répondre à l’attente de certains enfants qui veulent aller plus loin que ce qui est proposé ? Comment faire pour atteindre les enfants des écoles publiques ? J’ai entendu aussi une demande de formation chez les catéchistes.

          Tout ceci m’incite à vous faire les propositions suivantes :
  • J’encourage chaque curé à veiller à la formation des catéchistes présents sur sa paroisse en travaillant « la charte de la catéchèse de la province ecclésiastique de Rennes » publiée en 2009. Elle donne de nombreux éléments très concrets et intéressants à mettre en œuvre. Elle soutiendra, j’en suis convaincu, les catéchistes dans leur mission et nourrira la catéchèse dans les paroisses.
  • La famille est la première communauté chrétienne de l’enfant. Les parents croyants et pratiquants sont les premiers catéchètes de leurs enfants. Les catéchistes en sont bien convaincus. Si je le dis ici, c’est pour les encourager à ne pas hésiter à se tourner vers leur curé.
  • Une attention particulière doit être portée aux parents éloignés de l’Eglise. Beaucoup peuvent redécouvrir la foi par la catéchèse donnée à leurs enfants. J’invite les catéchistes en lien avec les curés de leur paroisse à se fonder sur cette espérance et à ne pas hésiter à faire des propositions de rencontre qui leur soit adaptée. Dans ce domaine plus qu’en tout autre, il est important de ne jamais oublier que la grâce de Dieu est à l’œuvre avant nous et travaille à nos côtés. Il est sans doute opportun de trouver les moyens appropriés d’une catéchèse qui soit ajustée aux questionnements des parents.
  • Les catéchistes ont besoin d’avoir du temps pour leur ressourcement personnel et leur formation. Pour ce faire, les curés sont les premiers responsables de cette formation ; ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur les membres du Service de la « formation permanente » et bien sûr compter sur l’office diocésain de la catéchèse.
  • Chaque personne est unique aux yeux de Dieu et appelle une pédagogie appropriée. J’ai souligné à l’instant l’attention qui devait être portée aux parents éloignés de la foi. Il convient, de même, de prendre en compte l’attente des enfants qui demandent à aller plus loin dans leur formation chrétienne. J’encourage les curés à proposer des lieux où une catéchèse plus approfondie soit assurée en lien avec l’office diocésain de la catéchèse. Une telle proposition peut se réaliser au niveau du doyenné.
          II - La mission des aumôneries dans les maisons de retraite.

          L’attention aux personnes présentes dans les foyers logements ou maisons de retraite est aussi bien présente dans la vie des paroisses. J’en ai été le témoin, tout particulièrement lors de ma rencontre avec les bénévoles travaillant dans les équipes d’aumônerie de maisons de retraite sous la responsabilité du diacre permanent. Je suis heureux également de la présence des prêtres qui témoignent, avec la célébration des sacrements, de la place indispensable du sacerdoce ministériel auprès des résidents de ces établissements.

          Je souligne ce que j’ai eu l’occasion de dire, lors de ma rencontre, aux membres des équipes d’aumôneries.

  • Le service rendu est à considérer dans toute sa profondeur : avec leur présence, c’est la présence aimante et agissante du Christ qui se donne à voir. Il est présent dans ce regard respectueux porté sur les personnes âgées, dans cette attention à leur vie chrétienne, dans l’espérance manifestée par leur sollicitude vis-à-vis de personnes qui sont au soir de leur vie.
  • D’où l’importance des temps de partage et de réflexion qui sont autant de lieux de renouvellement, de ressourcement. Je les encourage à approfondir leur responsabilité et d’en voir la dimension sacramentelle. Pour les aider, le diacre responsable saura s’appuyer sur le soutien que lui apporteront les services diocésains.


         III - La vie consacrée.

          L’importance de la vie consacrée ne m’est pas étrangère dans notre diocèse et j’ai été heureux de pouvoir rencontrer les communautés religieuses présentes sur le doyenné. Elles ont été fondées pour permettre à l’Eglise de répondre à des besoins de la société de l’époque où elles sont nées. Cette rencontre m’invite à faire entendre un appel aux communautés chrétiennes de votre doyenné :

  • Lors de l’année qui vient qui est une année de la vie consacrée, j’encourage les baptisés à développer une plus grande connaissance des congrégations religieuses présentes sur le territoire de leur paroisse. Ils approfondiront ainsi l’importance de la vie consacrée pour la vie de l’Eglise diocésaine.

          IV - La vie en doyenné

          J’en viens à parler de la vie en doyenné et de l’importance que je donne à celle-ci. Souvenez vous ! Avant ma visite, je vous ai adressé une lettre où vous exprimais être particulièrement attentif à la façon dont se vivait, chez vous, la vie en doyenné. Les rencontres vécues me montrent bien évidemment que vous faîtes partie d’un même doyenné. Cependant, je me demande si le doyenné est suffisamment mis en valeur ? Avez-vous eu le temps nécessaire pour mesurer l’aide qu’il apporte à la vie et à la mission de vos paroisses ? En même temps, je comprends aisément que cette question se pose davantage pour un doyenné tel que le vôtre, un doyenné de centre ville où chaque paroisse est suffisamment riche et où elle pourrait se suffire à elle seule.

          Cependant, je redis ce que j’ai eu l’occasion de souligner lors de la création des doyennés dans le diocèse et que j’ai écrit dans la charte des doyens : le doyenné n’est pas là seulement pour les paroisses qui en éprouveraient le besoin. N’a-t-il pas une finalité plus profonde ? Celle d’être le lieu d’une communion privilégiée entre des paroisses appartenant à un même secteur. Un lieu où peut se vivre un partage d’expériences, un lieu d’enrichissement réciproque, un lieu d’entraide également. En fait, un lieu suffisamment important où il est possible de vivre une expérience d’Eglise qui ne dispense pas de la vie en diocèse bien entendu, mais qui ouvre à plus grand que la seule vie paroissiale. Le doyenné vient enrichir les fruits missionnaires vécus au sein de chaque paroisse.

          Au retour de ma visite, il m’est apparu que vous pouvez progresser sur cette question de la vie en doyenné et je vous fais les suggestions suivantes. Ce sont là des propositions qui aident à vivre une entraide, à faire l’expérience d’un enrichissement mutuel. Il ne s’agit en aucun cas de vouloir aller vers une seule grande paroisse avec des unités satellites tout autour, ce qui n’est pas souhaitable, bien entendu.

  • Les rencontres des curés, ou des curés avec leur EAP, permettent de prendre conscience de l’ampleur de la mission, en mettant en lumière des besoins qui ne sont pas traités lors de la pastorale ordinaire. Pourquoi alors ne pas attendre du doyenné qu’il réponde à ces besoins nouveaux ? Ex : il est souhaité une attention à des enfants qui souhaitent une catéchèse approfondie ; le doyenné peut être le lieu d’une mise en œuvre de cette proposition supplémentaire. Autre exemple : une attention doit être portée aux parents éloignés de l’Eglise ; le doyenné n’est il pas le lieu où pourrait se déployer une proposition dans leur direction ?
  • Vous vivez déjà des « temps forts » au sein de votre doyenné. Je vous encourage à les penser en mettant en œuvre une action commune qui aidera à une plus grande connaissance mutuelle et permettra un enrichissement de tous.

          Quelques mots de conclusion.

          Au terme de cette rapide synthèse de ma visite pastorale, je rends grâce pour tout ce dont j’ai été témoin durant cette semaine passée avec vous. J’ai pris le temps d’une vraie visite et je vous remercie encore du bon accueil reçu. J’ai bien conscience, en même temps, de ne pas avoir fait le tour de tout ce qui existe.

          Je vous encourage à approfondir votre mission. Il est nécessaire que vous gardiez des moments de gratuité où vous puissiez « relire » votre apostolat, prendre conscience des questions que vous vous posez dans ce service de l’évangélisation, vous réjouir des fruits que vous percevez. Vous ferez alors l’expérience que la mission est plus grande que vous vous l’imaginiez et que vous ne parvenez pas à répondre à la demande. D’autres appels se font entendre et demandent à « votre charité de se faire inventive ».

          Cette visite pastorale aidera, je le souhaite, vos paroisses, vos aumôneries, vos écoles, à donner un souffle nouveau pour que vous soyez, « à temps et à contretemps », des témoins de l’Evangile.

Homélie du 22 mai 2011-Jésus n'est pas un chemin mais le chemin

Homélie du 5ème dimanche de Pâques - Année A

« Petites querelles entre juifs … » c’est ainsi que l’on pourrait résumer la première lecture ! En dépit du décalage de mentalité et de contexte avec les juifs d’alors, comment ne pas penser à nos querelles à nous ? Cela ne fonctionne-t-il pas de la même façon ?

C’est le signe que la révélation divine (en l’occurrence les Actes des Apôtres) se déroule sur terre, pas sur un vaisseau spatial (et tant mieux).  Dieu se révèle progressivement, avec les lourdeurs et les erreurs des hommes. C’est pour cela qu’on trouve des passages extrêmement violents ou surprenants dans l’Ecriture, et que c’est tout de même certainement la parole de Dieu.

Dieu se révèle dans l’Ecriture, la Tradition et le Magistère, et donc, de la même façon que dans l’Ecriture, il y a des aspects qui sont marqués par leur époque dans les textes de la tradition et du magistère : Dieu s’y révèle fort bien tout de même.

Jésus déclare : je suis le Chemin, la vérité et la Vie. Dimanche dernier, nous avons eu l’occasion de redire que Jésus est La porte, vrai Dieu et vrai homme, seul être capable de conduire l’homme à Dieu et Dieu à l’homme, d’ailleurs avant tout … Jésus ajoute aujourd’hui la notion de Chemin.

Ceci m’inspire deux choses : l’une d’entre elles est à la mode, l’autre ne l’est pas du tout …

Ce qui n’est pas à la mode :
Il n’y a pas d’autres chemins que Jésus pour aller à Dieu
Jésus ne dit pas je suis un chemin, il dit qu’il est « le » chemin, avec l’article défini. On n’est pas sauvé parce qu’on est un brave type, un bouddhiste honnête, un musulman droit, un juif généreux, un chrétien dévoué, ou un athée qui a le cœur sur la main … on est sauvé par Jésus-Christ, il est le chemin, parce qu’il est mort et ressuscité (le salut vient de là), parce que notre vie valide notre appartenance à Jésus-Christ, dans la mesure où nous aurons fait mourir en nous le péché, qui est à la source de la mort éternelle …et non simplement parce que nous serions inscrits sur les registres de catholicité. « Personne ne va vers le Père sans passer par lui »(je ne fais que citer l’Evangile !)

La deuxième chose est plus dans l’air du temps, et tant mieux !
« Jésus est le Chemin », cela signifie que personne d’entre nous n’est arrivé au bout de ce chemin ; bien malin celui qui peut dire qu’il est plus avancé que son voisin sur la route qui mène à Dieu ! Il y en a certains qui croient être très éloignés du Christ et qui en sont proches
et l’inverse est vrai …

Mais ce qui compte, c’est d’avancer, sans savoir où on en est exactement, cette évaluation en effet appartient à Dieu et à l’Eglise.

Connaissez-vous le livre « je veux voir Dieu »(du père marie-Eugène de l’Enfant-Jésus) ?
Il se propose de faire un apprentissage de l’oraison, dans une récapitulation de toute l’école carmélitaine, au cours d’un itinéraire qui va de la décision de vivre sérieusement sa foi (la conversion) à l’apostolat pour faire connaître et aimer celui qu’on a appris à connaître intimement dans la prière.

Avec des prêtres, nous lisons JVVD régulièrement ensemble, et nous étudions les illusions qui guettent ceux qui progressent dans la vie de prière (et celles qui tombent sur les personnes qui vivent superficiellement leur foi aussi !)

On peut résumer, je crois, ainsi les dangers de cette manière : nous marchons sur une ligne de crête, et à tout moment, on peut basculer dans le désespoir ou au contraire la vanité : in medio stat virtus

Et la conclusion, à chacune de nos rencontres est d’une platitude extrême : en fait, il faut continuer à faire oraison, qu’on ait l’impression de progresser ou non, il faut continuer, « écrire chaque jour sa page d’écriture », dirait Bernanos, « à chaque jour suffit sa peine », dit la sagesse populaire, humblement, « sur le métier remettre son ouvrage » disait Montaigne et se dire qu’on est sur le chemin, qu’il ne faut pas lâcher la main de Dieu, et ne pas s’écarter du chemin.

La Vierge Marie est présente à chacun de nos pas. Parfois, nous lui tendons la main, mais quand nous omettons de le faire, elle pose ses mains sur nos épaules et continue à nous accompagner.

En fait, on ne peut pas faire l’économie de Marie : c’est le choix de Dieu ; il a voulu passer par elle pour se frayer un chemin jusqu’à nous, et nous allons passer par elle pour nous frayer un chemin jusqu’à lui !

Heureux sommes-nous de savoir tout cela, amen !

P. Emmanuel d'Andigné

homélie du 15 mai 2011-que signifie "je suis la Porte" ?

Homélie du 4ème dimanche de Pâques - Année A

Questions pour l’homélie des enfants

Jésus dit : « je suis la porte », qu’est-ce que cela veut dire ?

Jésus est vraiment Dieu (2ème personne de la Sainte Trinité) : Il est du côté de Dieu.

Jésus est vraiment homme (fils de Marie), il est donc du côté de l’homme aussi et par conséquent la seule porte possible pour entrer dans la maison de Dieu.

La communion, c’est recevoir la porte du ciel en soi (un peu comme dans la série « Stargate » …). La différence, c’est que Stargate est une série, une fiction, avec des éléments de vérité (la « courbure » de l’espace, par exemple), tandis que Jésus est réellement la porte du Ciel.

Un exemple :
Thomas et Elodie sont frère et sœur. Ce jour-là, Elodie accompagne ses parents pour faire des courses en ville. Profitant de l’absence de ses parents, Thomas se livre à des expériences scientifiques, sachant bien que la chose serait plus compliquée en présence de ses parents … Au beau milieu d’une grande découverte scientifique, un vas lui échappe qui n’est autre que celui en porcelaine rapporté par ses parents de leur voyage de noce !!! En rentrant chez eux, les parents voient que Thomas fait une drôle de tête … une tempête s’ensuit, Thomas est privé de dessert, après un dîner plutôt orageux … Le lendemain, à la sortie de la messe, Etienne invite Thomas à prendre le goûter, mais celui-ci lui dit que c’est peut-être compromis, qu’il va voir ce qu’il peut faire … à la fin du déjeuner, Thomas a une idée : et s’il demandait à Elodie de « négocier » la chose ? Celle-ci accepte, elle s’approche de la chambre de ses parents, frappe doucement et demande à parler avec eux ; bien entendu, ils acceptent, et après quelques minutes de discussion, Elodie suggère à ses parents que Thomas puisse aller au goûter d’Etienne : « eh bien, s’il ne casse rien là-bas, il peut y aller ! » lâche son père …

Dans ma petite histoire, nous sommes tous Thomas ; Marie est Elodie ; la porte est Jésus ; Dieu est le Père ; Dieu est la mère aussi (l’Esprit Saint). Marie n’est pas exactement « la » porte du Ciel, mais elle a fini par le devenir, tant elle était proche de son Fils qui est « la » porte par excellence, de manière incréée. Et ainsi, elle intercède pour nous, trouvant les mots et les moments qui sont les bons pour intervenir.

Pourquoi parle-t-il de cela aux pharisiens ?
Les pharisiens étaient un groupe de juif qui connaissaient bien les 613 commandements du judaïsme ; ils ont simplement oublié deux choses :

1)      il n’y a pas de commandement sans amour (et pas davantage d’amour sans commandement « vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » !)

2)      Pour aller au Ciel, il faut que Ciel vienne d’abord à nous ; Il ne suffit pas de respecter les commandements, il faut passer par Jésus : "Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous" (1 Timothée 2.5-6).

Pourquoi Jésus dit-il que avant lui, « ce sont tous les voleurs et des bandits » ?
Parce que c’est vrai !!! Il y a beaucoup de voleurs et de bandits ; il y a des gens qui fondent des Eglises n’importe comment, il y en a qui fondent des sectes, ils se servent de la religion pour s’enrichir ou avoir du pouvoir …

Habituez-vous à la voix de Jésus, dans la bonne vieille église catholique : au moins, vous êtes sûrs d’aller dans la bonne direction ! Avec Marie, porte du Ciel, priez-la en ce beau mois de Mai …

homélie des adultes

Jésus dit : « je suis la porte », qu’est-ce que cela veut dire ?
En tous les cas, je remarque avec vous qu’il y a  d’autres phrases similaires dans l’Evangile :

Je suis le Bon Berger (Jn 10,14)
Je suis le chemin, la vérité et la vie (Jn 14,6)
Je suis le pain de vie (Jn 6,35)
Avant qu’Abraham n’ait existé, moi, je suis (Jn 8,56)

JE SUIS signifie clairement que Jésus est Dieu (2ème personne de la Ste Trinité) :
Il est du côté de Dieu

Mais le fait de se déclarer berger, chemin, vérité, la vie … montre que Jésus est vraiment homme (fils de Marie) ; un battant de la porte est du côté de Dieu, l’autre du côté de l’homme : il est donc la seule porte possible pour entrer dans la maison de Dieu.

C’est la raison pour laquelle Saint Pierre dit : "Il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés" (Saint Pierre, dans Actes 4.12).

C’est aussi la raison pour laquelle le successeur de Pierre, avec les autres évêques lors du Concile Vatican II, a déclaré : « C’est vers les fidèles catholiques que le saint Concile tourne en premier lieu sa pensée. Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, il enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés. LG 14

La conclusion de tous ces textes est que l’Evangélisation est une urgence particulièrement importante !

La communion consiste à recevoir la porte du ciel en soi, Jésus, et pourtant, il n’y a pas si longtemps, nous chantions : « Porte du Ciel, reine de l’univers, ô Marie, nous te saluons »

L’origine de cette appellation de marie « porte du Ciel » se trouve dans les litanies de la Sainte Vierge ; on la trouve sur le fronton de certaines églises (comme le Sacré-Cœur de Cholet) : Janua coeli …

Le Père Emidio nous l’a fort bien expliqué hier (vendredi) : Il n’y a bien sûr que du créé en Marie, mais son accueil de la grâce est si parfait, qu’elle devient une interface (pour prendre un terme moderne) entre la terre et le ciel ; et ce qui est incréé en Jésus (il est la porte du Ciel) est créé en Marie (elle est aussi porte du Ciel)

Marie est la porte créée du Ciel. Jésus est la porte incréée du Ciel. Tournons-nous volontiers vers elle en beau mois de Mai !

P. Emmanuel d'Andigné

Homélies du 1er et du 8 mai 2011

Pas d'homélie écrite pour ces deux jours ; se reporter à l'Esprit Saint et à l'intercession du Bienheureux Jean-Paul II ...

P. Emmanuel d'Andigné

Homélie du 24 avril 2011-nous sommes témoins du ressuscité

Homélie du Jour de Pâques – Année A

Ac 10, 34a.37-43  /  Ps 117  /  Col 3, 1-4 ou 1 Co 5, 6b-8  /  Séquence  /  Jn 20, 1-9

Celui que nous acclamions dimanche dernier, ce Roi non pas venu pour asseoir sa puissance, mais ce Roi venu nous sauver par l’amour infini de son Père, ce Roi mort par amour pour nous est aujourd’hui ressuscité.

« Le jour que fit le Seigneur est un jour de joie. Alléluia. » Le jour, c’est la vie, la lumière, l’envoi, la marche, l’espérance. Pâques c’est le Jour, la fête du Jour éternel, du Jour qui ne finira pas.

Sommes-nous bien conscients de ce qui se passe aujourd’hui. Ou bien reléguons-nous la résurrection au rang des vœux pieux, des belles histoires qui font rêver les enfants.

Eh bien non ! Nous croyons que le Christ est vraiment ressuscité et nous en sommes les témoins aujourd’hui.

Saint Jean nous trace le portrait de trois personnages dans cette page d’évangile.

Marie-Madeleine qui s’inquiète légitimement, car le tombeau est vide et le corps du Seigneur n’y est plus.

Pierre ensuite qui court au tombeau avec l’autre disciple. Pierre ne dit rien, car lui non plus ne comprend pas ce qui se passe.

L’autre disciple, par contre, voit et croit. Mais pour le moment il garde cela dans son cœur.

Il ne dit rien à Pierre, comme pour le laisser libre dans sa démarche de foi, dans le doute des premières heures après tout ce qu’il a vécu auprès du Seigneur, sans oublier son reniement au pire moment. Ce doute qu’il dépassera ensuite pour engager totalement sa personne au service de celui qu’il avait renié.

L’autre disciple voit et croit, mais c’est la même démarche que celle de Pierre. Cependant, le plus jeune devance l’autre. D’abord sur le terrain (il marche plus vite) et ensuite dans la foi (il croira avant Pierre). Mais c’est toujours le même chemin de foi.

C’est l’Amour que Dieu a pour nous qui, si nous le voulons bien, nous conduit à la foi au Christ.

Quelle que soit notre histoire, nos situations personnelles, notre disponibilité intérieure, c’est l’Amour de Dieu qui nous fait grandir dans la foi, qui nous engage auprès de Jésus ressuscité et qui nous entraîne sur le chemin que nous prenons pour le suivre.

Marie-Madeleine, Pierre et l’autre disciple sont devant un mystère, devant un fait sans aucun repère historique : personne n’a vu sortir Jésus de son tombeau, personne ne sait où il est allé.

Seule la foi peut nous permettre d’aller au-delà des apparences et de croire.

Si notre foi était assez grande, la seule lecture des prophètes dans l’Ancien Testament devrait nous suffire pour croire en la résurrection. Tout y est dit.

Mais voilà, tout comme les disciples nous avons besoin de cheminer pour rejoindre Jésus là où il est : dans sa Parole, dans le pain et le vin consacrés au cours de l’eucharistie, avant de proclamer « Oui, il est vraiment ressuscité ».

Notre démarche de foi est autant individuelle que communautaire. Marie-Madeleine cherche. Elle entraîne Pierre et l’autre disciple. L’un n’y comprend rien, l’autre croit. Et l’on sent bien que leur démarche est aussi communautaire, car nous sommes tous membres du corps du Christ et Dieu nous met en relation les uns avec les autres.

La résurrection est le point de convergence de tout ce qui a été annoncé dans les Écritures. La résurrection de Jésus est le sommet de toute l’histoire du Salut, une lumière qui vient nous révéler cette histoire, une lumière pour nous sortir de nos ténèbres.

Il fallait bien que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Si la résurrection est un point de convergence, un point de rassemblement pour tous les croyants, c’est aussi un point de ressourcement de notre foi, un point de départ pour un envoi en mission : la mission d’annoncer à nos frères le mystère pascal que nous avons vécu cette semaine et la mission de participer à la transformation du monde en nous mettant au service de Jésus, au service de l’Amour.

Et pour tout cela, puisque Dieu est au fond de notre cœur, notre cœur est toujours capable de s’ouvrir un peu plus et de se donner si nous laissons tomber nos armes dérisoires (la colère, la jalousie, l’orgueil, …).

Par contre, armons-nous de la confiance et de l’amour que le Seigneur nous propose.

Nous sommes appelés à la lumière, à la vie, à la vérité (en actes et pas seulement en paroles), au témoignage pour la joie de ceux que nous sommes amenés à rencontrer, et osons le dire pour notre propre bonheur. Alors n’hésitons pas un seul instant. Ainsi soit-il.

Jean-Paul Rousseau, diacre

Homélie du samedi 23 avril 2011-que signifie "amen" ?

Homélie du Samedi saint, pour la Vigile de Pâques - Année A

« je suis tout ouïe » : voilà une expression étrange ! L’homme se transforme-t-il en une énorme oreille ? Cette exagération est une façon de dire que nous sommes vraiment attentifs et à ce moment précis nous sommes plus qu’écoute, vraiment concentrés …

Jésus est, vis-à-vis de son Père tout « oui » ! », il ne sait pas lui dire non … c’est la raison pour laquelle un des surnoms de Jésus dans la Bible (Ap 3,14) est « Amen » (« Ainsi parle le témoin fidèle et véridique, celui qui est « Amen », celui qui est le commencement de la création de Dieu »). Tout se passe comme si Jésus ne prononçait qu’une seule parole, éternellement : « Amen ! » Dans l’icône de la trinité de Roublev, la tête penchée du Christ voudrait exprimer ce mystère.

Moralement, c’est intéressant de savoir que Jésus est soumis à son Père, mais ce n’est sans doute pas le plus intéressant : on surnomme Jésus l’Amen pour une autre raison. Amen est un très beau mot qui signifie « solidité, fiabilité, certitude … », et il a donné en hébreu un autre mot « hemeth », qui veut dire « vérité »

Etre dans la vérité signifie : pouvoir se reposer sur quelqu’un. Jésus a dit, sur la croix « en tes mains, je remets mon esprit » … Jésus est la vérité au sens hébreu du terme, parce qu’il se repose entièrement sur le Père, il n’est que repos sur son Père, il ne sait que se fier à son Père, jamais il ne se repose sur qui que ce soit d’autre que son Père …

Hier soir, j’ai essayé de vous dire -mal sans doute- que la vie spirituelle consiste à faire un « creux » en nous, de la place en nous, afin que Jésus vienne combattre en nous, parce que lui seul peut vaincre Satan, le mal, le péché et la mort ; eh bien évidemment, pour ce qui est de la vérité (se reposer sur Dieu), il faut nous laisser  guider par le psaume, afin d’imiter le Christ et même laisser Jésus dire en : « mon âme se repose en paix sur Dieu seul » dit le refrain de Taizé sur la base d’un psaume. C’est lui, Jésus, qui est l’amen en nous, c’est lui qui repose notre être sur le Père « mon âme est en moi comme un petit enfant, comme un petit enfant contre sa mère (Ps 131) ».

La foi en Dieu, dire Amen à Dieu, se reposer sur Dieu, c’est un don qui nous vient par le Christ, qui n’est qu’Amen. La foi est un accueil, humble, de l’action de Dieu, qui en nous se repose sur lui-même.

Ce n’est pas que Jésus a la foi, car Jésus n’a pas la foi, il a la vision ! Mais c’est que la foi dépose un coin de Ciel dans le cœur de l’homme : ce qui se passe dans la Trinité se dépose doucement (ou brusquement) en nous.

Seul l’homme a la foi. Ni Dieu ni l’animal n’ont la foi ; la foi est une caractéristique de l’homme, il fallait donc que Dieu intervienne dans l’histoire et son intervention la plus importante, la plus éclatante est la résurrection (ça tombe que je vous en parle ce soir !!!) …

Jésus était mort et il est vivant : voilà l’évènement historique sur lequel repose tout l’édifice notre foi. Jésus, le Fils de Dieu est lui-même cette solidité, cet Amen, cette vérité sur laquelle nous nous reposons !

Etre dans la vérité ne signifie pas « tout savoir sur tout », comme un objet que l’on possède ; on ne possède pas la vérité, on la connaît, on la sert, on l’a identifié avec précision ; nous connaissons la vérité, mais nous la possédons pas … on ne possède pas Dieu !

Le Christ est ressuscité, voilà le rocher sur lequel nous nous reposons.

P. Emmanuel d'Andigné