08 mars 2007

Homélies

Homélie du 04 mars - 2ème dimanche de carême année c

Que retiendrions-nous si nous avions à résumer en trois mots les textes ce 2ème dimanche de carême. « Regarder le ciel ».
Dieu fait une promesse à Abraham et celui-ci est inquiet. Comment Dieu va-il pouvoir réaliser sa promesse à partir d’un couple stérile ? Et Dieu de lui répondre qu’il doit s’arracher à une interprétation trop humaine de sa situation pour rejoindre par la foi, le regard de Dieu sur les événements.
C’est une démarche de foi qui est admirablement suggérée dans le rituel de la première alliance. Le cadre de l’obscurité qui l’entoure, souligne que c’est une démarche qui n’est pas donnée. Relisons la première lecture. Le soleil s’est couché, des « ténèbres épaisses » enveloppent la terre, un « sommeil mystérieux s’empare d’Abraham, une sombre et profonde frayeur le saisit ». L’impuissance du patriarche - et la nôtre - à percevoir l’action mystérieuse de Dieu qui prépare dans le secret son dessein de salut est ici insinuée.
Pourtant, avec celui qui, comme Abraham, obéit à sa Parole, Dieu conclut une alliance, mais c’est de nuit ; il accomplit pour lui sa promesse, mais au moment où il ne l’attend plus. C’est pourquoi le Psalmiste nous exhorte à la patience et à la persévérance, les yeux fixés sur le Dieu fidèle. Si nous « recherchons sa face », nous en sommes sûrs : « nous verrons les bontés du Seigneur sur la terre des vivants ». Seulement tout est au futur et c’est là que tout se complique car il va falloir persévérer.
Est-il facile de se comporter comme des « citoyens des cieux » dans un monde qui « ne tend que vers les choses de la terre » ? Est-il aisé de regarder le ciel quand presque tout sur la terre nous fait oublier que nous sommes de passage ? Autant de questions qui arrachaient déjà des larmes à l’apôtre Paul et qui demeure plus que jamais des questions d’actualité dans un monde hypermoderne où Dieu, la foi et toutes les questions qui s’y apparentent sont reléguées au second plan. La question reste actuelle dans un monde où les préoccupations terrestres sont de véritables freins aux possibles et naturels élans aériens de l’Esprit. « Beaucoup de gens dit saint Paul, vivent en ennemis de la croix du Christ »
Ne pensons pas trop vite à notre entourage : ne sommes-nous pas nous aussi contaminés par la mentalité hédoniste dont saint Paul dénonce le caractère idolâtrique ?
Le Carême est un temps de grâce au cours duquel le Seigneur multiplie ses efforts pour nous ouvrir les yeux sur nos compromissions avec les exigences évangéliques. Il nous invite avec fermeté et douceur, par la voix de son Apôtre, à redresser la tête : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre.
Dans la foi nous sommes invités à monter avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne pour y contempler Jésus en prière, parfaitement uni au Père dans l’Esprit. Dans la foi nous sommes invités à entendre le Père nous redire « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ». Dans la foi nous sommes invités à pénétrer dans la nuée, car nous avons besoin de lire l’histoire du monde et la nôtre à la lumière de cette gloire divine pour en comprendre le sens.
Certes, une telle attitude pourrait apparaître comme une fuite hors du réel, vers un monde illusoire où tout se réaliserait selon notre désir. Peut-être était-ce un tel rêve que nourrissait saint Pierre lorsque, sorti de cette même torpeur qui avait saisi Abraham, il crut bon de proposer à Jésus de s’installer en ce lieu béni : « Maître il est heureux que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie ». Si nous voulons le rejoindre dans la gloire cependant, comme il nous y appelle, il nous faut certes regarder vers les hauteurs pour échapper aux séductions d’ici-bas, mais tout en continuant notre pèlerinage et en mettant nos pas dans ceux de Notre-Seigneur, qui s’est rendu du Thabor au Golgotha. Nous entendrons alors et toujours le Seigneur nous dire « Celui-ci est mon Fils, lui que j’ai choisi pour vous ouvrir le chemin et vous conduire jusqu’à moi : écoutez-le ». Tout à l’heure, il répondra à nos appels et dans le pain et le vin il descendra. Accueillons-le avec grand appétit, exposons-nous ainsi à la gloire de Dieu qui est bien réellement présent en son Eucharistie, afin d’être capables de garder nos yeux tournés vers Lui.

Père Joseph Kinda

01 mars 2007

Catéchèses

Catéchèse du 26 février 2007
l’exposé

Le Credo nous dit : « Il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie »

Tâchons de répondre à la question suivante : que signifient ces deux affirmations ? Quelles en sont les conséquences pour nous ?

Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge Marie sans le concours d’un homme, nous le savons bien : c’est l’Esprit-Saint qui est en quelque sorte « descendu » en elle et qui a provoqué la conception de Jésus. Après une grossesse parfaitement ordinaire (en dépit d’un début extraordinaire !), Jésus est né de Marie, il est vraiment son fils, de la même façon que nous sommes tous fils de notre mère. Voilà pour le fait même de la conception et de la naissance de Jésus. Ces deux affirmations ont l’avantage de nous faire préciser quatre réalités fondamentales de notre foi, et qui ont (c’est un hasard) la particularité d’être « abonnées » au chiffre 2 ! Nous allons voir comment :

Il y a deux grands types d’hérésies concernant le Christ (l’hérésie est une doctrine fausse, une erreur sur la foi). Ces deux hérésies sont toujours prêtes à resurgir, même aujourd’hui, et il est bon de les connaître. Le premier type consiste à prétendre que Jésus est seulement un homme, mais qu’il n’est pas Dieu (l’exemple le plus fameux est l’arianisme, nous en avons déjà parlé). Le deuxième type d’hérésie consiste à prétendre le contraire, qu’il est seulement Dieu et qu’il a fait semblant d’être un homme pendant 33 ans (le docétisme). Parfois, on a même fait un mélange des deux en prétendant que le Christ était comme un composé de divinité et d’humanité (Nestorianisme).
Bien au contraire, la foi chrétienne a toujours dit que Jésus était pleinement homme et pleinement Dieu, il faut tenir les deux ensemble, même si c’est fort difficile à penser pour nos esprits limités.

On peut dire (c’est notre deuxième « couple » d’affirmations), par conséquent que Jésus a deux natures : la nature humaine (il est né de Marie, il est vraiment homme), la nature divine (il a été en Marie « conçu du Saint-Esprit », il est pleinement Dieu et éternellement Fils de Dieu).

Troisièmement, nous devons constater que en Jésus, il y a deux volontés : une volonté divine, puisqu’il est Dieu, et une volonté humaine, puisqu’il est vraiment homme. Ceci est pour nous important, car cela veut dire que, depuis Jésus, il y a comme une complicité, une connivence entre la volonté de Dieu et la nôtre. Tout le travail de notre vie chrétienne consiste donc à imiter Jésus au plus près, de façon à ce que notre volonté devienne de plus en plus proche de la sienne, « que ta volonté soit faite », dit-on dans le Notre Père !

Enfin, et c’est notre dernier tandem, il y a deux missions divines. Je m’explique : le Père a envoyé en mission sur la terre l’Esprit et le Fils, afin de révéler aux hommes qui il était et ce qu’il voulait de nous. La mission de l’Esprit est évidemment invisible, tandis que la mission du Fil a été visible. La mission invisible, celle de l’Esprit, a consisté, par exemple, à inspirer les textes de l’Ecriture, à inspirer les prophètes, à donner naissance sur la terre au Fils de Dieu, à faire comprendre à l’Eglise la marche qu’elle devait suivre pour faire la volonté de Dieu. La mission visible, celle de Jésus, a consisté à donner un visage humain à Dieu, à guérir, enseigner, mourir et ressusciter pour obtenir au genre humain le pardon des péchés et la vie éternelle.
Terminons en évoquant Marie, mère de Jésus et donc « mère de Dieu ». Marie est le modèle de l’Eglise, et elle est même la fine pointe de l’Eglise, puisque, comme elle et grâce à elle, l’Eglise est à la fois Vierge et Mère. Elle enfante des élus, elle « met au monde » le Christ (sans l’Eglise, comment le Christ pourrait-il aujourd’hui se manifester au monde ?), et elle réalise tout cela « sans le concours d’une homme », c’est-à-dire surtout grâce à Dieu, sans qu’un être humain soit à l’origine du bien qu’elle fait. Les hommes qui composent l’Eglise se comportent, en principe, comme des instruments de Dieu, conscients que l’Esprit « couvre de son ombre » l’Eglise et que toute conception est Son œuvre à Lui et non celle d’un humain. Je recommande la lecture des livres de Lucienne Sallé, qui a beaucoup réfléchi sur la « féminité de l’Eglise », car la présence des femmes dans l’Eglise devrait nous rappeler la dimension de fécondité et d’accueil de la Grâce, tandis que les hommes, eux, continueront à apporter à l’Eglise leur grâce propre, qui est plutôt une grâce d’organisation et d’efficacité qui elle aussi est importante et nécessaire à l’Eglise.
P. Emmanuel d'Andigné

17 février 2007

Homélies

Homélie du 7ème dimanche du temps ordinaire C - 18 février 2007

Comment se fait-il que la Parole du Christ soit si forte ?
Pourquoi son enseignement n’a-t-il pas pris une ride depuis 2000 ans ?

Il y a, selon moi, au moins deux explications à ce phénomène : la première est que Jésus est Dieu, et que par conséquent sa Parole, la Parole de Dieu, est éternelle et ne peut pas subir l’injure du temps.

Et la seconde explication est plus à taille humaine, et en cela, nous pouvons imiter Jésus efficacement : la force de la parole du Christ vient de ce que sa vie traduit en actes les paroles qu’il prononce ; sa vie est un message.

« Aimez vos ennemis » … il l’a fait ! « Faites du bien à ceux qui vous font du mal » … il l’a fait ! « A celui qui te frappe sur la joue droite, présente aussi l’autre » … il l’a fait ! « Vous serez les Fils du Très-Haut » … il est le Fils du Très-Haut ! Je pourrais reprendre ainsi chaque phrase de l’Evangile. Finalement, Jésus fait son propre portrait, lorsqu’il donne la charte du parfait disciple !

Nous fêtons aujourd’hui sainte Bernadette … c’est-à-dire que nous invoquons sa présence, du ciel, elle nous bénit, et nous voulons aujourd’hui nous nourrir de son message. Or il se trouve que sa vie aussi est un message. C’est peut-être cela la sainteté !

Comme on ne peut pas tout dire, je choisis aujourd’hui simplement une chose, un détail de sa vie, lorsqu’elle fut religieuse à Nevers, chez les Filles de la Charité : au couvent comme ailleurs, elle est appelée « la voyante », beaucoup de gens viennent la voir, les sœurs elles-mêmes sont intriguées et lui posent mille questions. Or nous savons que la maîtresse des novices, avec un mélange de volonté éducative et de jalousie, s’est montrée très dure avec elle, ne lui « passant » absolument rien, lui faisant sentir avec excès qu’elle était une religieuse comme les autres. On ne peut qu’admirer dans cette attitude le souci de la faire progresser dans la vie religieuse, sans égard pour « la voyante », mais on ne peut pas s’empêcher de subodorer une grande jalousie, de la part de celle qui était à la fois sa supérieure et son inférieure en bien des domaines …

Cependant, le plus intéressant, ce n’est pas tellement la jalousie qui l’a entourée, c’est plutôt sa réaction à cette jalousie, de sorte que ce détail de sa vie nous fournit un enseignement à deux volets sur ce fléau qui altère notre vie spirituelle et qu’on appelle « jalousie ». Le premier volet, c’est le contre-exemple de la jalousie, le second, c’est la manière dont on domine celle des autres.

Commençons par la jalousie :
C’est toujours avec bonheur que j’entends en confession quelqu’un qui reconnaît qu’il a été jaloux : mon bonheur vient de ce que celui qui confesse un tel péché lutte contre une racine très tenace de tous les péchés qui est l’orgueil. Etre jaloux, en effet, c’est refuser les faveurs de Dieu pour mon frère que voici, tandis que moi, je n’en bénéficie pas : si j’avais été Dieu, j’aurais réparti les choses plus équitablement …

Mais l’humanité forme un corps, l’Eglise aussi, et nous sommes les membres les uns des autres. Réjouissons-nous donc de tous les dons qui sont faits à d’autres ! Réjouissons-nous des dons qui nous sont faits et nous serons infiniment plus heureux (et d’ailleurs, n’est-il pas vrai que remarquer ce que je n’ai pas, m’empêche parfois de regarder ce que j’ai !).

Mais lorsque nous aurons lancé la bataille contre ce péché, il nous restera le second volet : la gestion de la jalousie des autres

A aucun moment, au cours des apparitions, après celles-ci ou pendant les 13 années passées au couvent, Bernadette (Sœur Marie Bernard) n’a tiré orgueil de sa « position » de voyante. Et c’est la raison pour laquelle elle accepta si docilement d’être ainsi rabaissée : au fond, il lui semblait retrouver sa position initiale de pauvre fille ignorante qu’on a eu l’impression d’oublier juste après les apparitions … Le secret de sainte Bernadette est d’être moins préoccupée d’elle-même que de faire partie du corps de la communauté, en rendant le service qu’elle peut (vous remarquerez que c’est en allant chercher du bois pour la famille qu’elle eut sa première apparition). Nous sommes en général
trop préoccupés de nous-mêmes …

« Aimez vos ennemis …Tendez l’autre joue … » Jésus nous demande des choses difficiles ! Et le remède à la jalousie, c’est-à-dire se réjouir de ce que les autres reçoivent, se réjouir qu’ils aient quelque chose qu’on a pas forcément, ce remède est difficile lui aussi ! Et pourtant, les saints l’ont vécu, se connaissant entre eux, se motivant les uns les autres sans se jalouser. Eh bien nous aussi, avec la grâce de Dieu ! Il nous faut demander cette force à Dieu, de faire ce qui est impossible pour l’homme, mais pas pour Dieu.

Remercions notre sainte Patronne pour son exemple, et soyons bien conscients que la sainteté est faite pour nous aussi !
P. Emmanuel d'Andigné

10 février 2007

Homélies

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire année C (11 février)

« Malheureux vous, les riches »
Serait-ce donc mauvais d’être riche ?

« Malheureux vous qui êtes repus »
Serait-ce donc mauvais d’avoir tout ce qu’il faut pour manger ?

« Malheureux vous qui riez »
Serait-ce donc mauvais de rire ?

« Malheureux êtes-vous si l’on dit du bien de vous … »
Serait-il donc mauvais d’avoir bonne réputation ?

« Heureux les pauvres … heureux ceux qui pleurent … heureux ceux qui sont haïs … »

Tout le monde conviendra que les larmes, la pauvreté, le rejet par les autres
sont des choses peu enviables ! Pour nous aider à comprendre cet Evangile, j’appelle à mon secours St François d’Assise.
Il fait froid, frère Léon et frère François s’achemine difficilement vers un monastère. Frère Léon récrimine contre le temps et déclare que vraiment, leur situation est déplorable, qu’ils sont loin de la joie parfaite. Alors frère François reprend en l’amplifiant l’hymne à l’amour de Saint Paul ( « j’aurais beau parler toutes les langues de la terre … »), puis explique que même si nous étions au sommet de toutes les joies qui sont à la portée des hommes, cela ne serait pas encore la joie parfaite. Mais il ne s’arrête pas là, il imagine la pire des situations : être rejetés par d’autres franciscains après cette route exécrable jusqu’au monastère ; et pire encore, que les frères finissent pas sortir pour les rouer de coups, et voilà ce qui serait, selon frère François, « la joie parfaite » !!!

La joie la plus profonde n’est pas dans la douceur du climat, elle n’est pas plus dans la reconnaissance des autres ou dans le bien-être matériel, car ces choses disparaîtront … la joie parfaite vient de Dieu, elle consiste à le connaître et à l’aimer, à y trouver une présence vraiment constante une fidélité à toute épreuve, une tendresse sans mesure, un pardon toujours prêt à fondre sur le pécheur. Et c’est qui explique la conclusion de St François : « Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités … ». Celui qui en est là possède une joie qui ne passe pas !

Et alors nous revenons à l’Evangile : le bonheur n’est pas dans les évènements, il n’est pas dans les sentiments, et encore moins dans notre condition matérielle. Il se trouve en Dieu, déjà ici-bas, et en plénitude dans la vie éternelle. La question est, et ce sera ma seule question pour aujourd’hui : comment cette joie peut-elle envahir notre cœur ? Comment allons-nous l’acquérir, pour nous profiter à nous
et pour profiter à tous les malheureux qui ne connaissent pas Dieu ?
Eh bien nous avons le moyen très simple et très beau de la prière.

Pour entrer dans le Carême, nous reproduirons la belle expérience des 24h d’adoration d’entrée dans l’Avent. Chaque premier vendredi du mois, et désormais chaque troisième vendredi aussi, grâce aux ursulines, nous avons des méditations très précieuses, qui nous aident à plonger dans la prière d’adoration.
Je pourrai continuer la liste longtemps …

La prière d’adoration suspend le vol du temps, maintient dans le temps cet acte d’adoration que nous faisons brièvement à chaque messe. La prière d’adoration
nous familiarise avec le Christ, et installe en nous pour longtemps le secret de la joie parfaite, un bonheur durable qui nous est enseigné par celui qui a vécu ce qu’il a enseigné, et c’est pour cela qu’il est convaincant. Nous nous tenons aux pieds de sa croix, comme à chaque messe, et son être est déjà pour nous un enseignement, elle nous donne une amitié qui fait vraiment notre bonheur.

Je voudrais que la prière soit la respiration de cette paroisse, et devienne finalement une source de vraie joie pour chacun de nous. Le monde dans lequel nous vivons a besoin, tout autant que nous, de joie et de joie parfaite. Allons-nous garder notre joie pour nous ? Profitons des moments de prière que nous offre la paroisse et que nous offrent les circonstances de la vie. Et nous serons, comme dit l’Ecriture, « comme des arbres plantés près d’un ruisseau »
P. Emmanuel d’Andigné

Homélies

Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire année C

Dimanche dernier, le Christ exposait les thèmes majeurs de sa mission, dans la synagogue de Nazareth. Aujourd’hui c’est au milieu de la foule qu’il se trouve, annonçant la Bonne Nouvelle. D'abord sur la rive, entouré de toutes parts par la foule composée de curieux (mais aussi des femmes et des hommes qui attendaient beaucoup de Lui), ensuite à quelques mètres du rivage, dans la barque de Simon. Ce deuxième cadre d'action est le plus significatif. Pour les premiers chrétiens, la « barque de Pierre » symbolise l'Église. De la barque de Pierre, comme du haut d'une chaire, Jésus enseignait la foule; debout au milieu de l'Église, le Ressuscité continue d'enseigner les hommes. Appelés par Jésus en plein cœur de son enseignement, Pierre et ses compagnons se rappelleront, après la résurrection, que leur mission est d'être à leur tour des prédicateurs de la Parole de Dieu, du Christ ressuscité. Cette mission demeure la même pour les personnes qui, à la suite des Apôtres, accomplissent un service pastoral dans l'Église d'aujourd'hui. Ce miracle de la pêche miraculeuse, le Seigneur Jésus voulait l’accomplir afin que Simon-Pierre comprenne enfin ce que lui, le Maître, attendait de son disciple. Il fallait trouver Simon en train d'exécuter son propre métier, son œuvre humaine, afin que, par elle, appuyée sur ce fondement qu'il pouvait parfaitement comprendre, il saisisse réellement tout ce que le Seigneur Jésus attendait de lui. La réaction que Simon-Pierre eut après ce miracle en est la preuve. Jésus commande à Simon d'avancer au large et de jeter le filet. La pêche miraculeuse, qui prouve la puissance de Jésus, a pour but de donner à Simon l'assurance et le courage dont il aura besoin pour remplir sa mission: « Désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » Jésus continue d'être à l'œuvre par le ministère des Apôtres. Ils peuvent compter sur sa présence.
La pêche qu'organise Jésus ne se passe pas le long d'un tranquille rivage. C'est en prenant le large, loin des frontières de La Palestine et du monde culturel judaïque, que les Apôtres ont annoncé La Bonne Nouvelle aux nations païennes et ont amené à Jésus un grand nombre de nouveaux disciples. Jésus continue d'envoyer son Église au large. C'est là que, missionnaires des temps modernes, nous avons à faire entendre La Bonne Nouvelle de Jésus, au risque même de ne pas toujours être entendus. Il serait tentant pour nous, de remplir la mission tout près du rivage, là où les risques de tempête sont nuls et les défis absents. Ce serait nous replier sur nous-mêmes. L’exemple des circonstances de lieu où Pierre a été invité à avancer au large doit nous stimuler. Il invite les pasteurs à sortir de leurs bureaux si « douillets » où les fidèles les rejoignent pour aller vers les fidèles qu’une laïcité presque synonyme de refus de Dieu, pousse à se renfermer et à vivre dans la peur d’affirmer leurs convictions. Il invite vous les fidèles à témoigner de votre joie de croire, à sortir de toute tristesse et de toute peur qu’un monde sans repère solide finit par installer dans les consciences. Le Seigneur nous invite tous à avancer au large. Même là où nous avons déjà et peut-être même lamentablement échoué il nous donne l’ordre de recommencer. Comme Pierre ayons confiance et recommençons. Même si le monde moderne a pris ses distances de l'Église, un peu comme la mer se retire à marée basse, ce n'est pas une raison de laisser la barque sur le rivage et les voiles de l'Évangile enroulées. C'est au large que le Seigneur continue de nous envoyer, car la vie y bat son plein. Nous pouvons compter sur la présence indéfectible du Christ qui travaille avec nous comme il a jadis dirigé les manœuvres dans la barque de Pierre. Comme Simon-Pierre et les autres disciples, suivons le Seigneur Jésus ! Laissons-nous guider par l'Esprit ! Faisons confiance à notre Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie : qui d'autre qu'elle pourra nous enseigner la foi et l'obéissance aux paroles de son Divin Fils ? Amen
P. Joseph Kinda

02 février 2007

Catéchèses du lundi

Catéchèse du 15 janvier 2007
l'exposé

Aujourd’hui, notre thème est : "Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu né du Père avant tous les siècles, il est Dieu né de Dieu, lumière né de la lumière"

Introduction
c’est le cœur de la catéchèse. On se souvient en effet que le kérygme, toute première annonce des premiers chrétiens, s’est concentré sur la personne de Jésus. On se souvient également que les Evêques de France ont signé un document important « allez au cœur de la foi » qui propose comme point de départ pour penser la catéchèse le mystère pascal (la veillée pascale, exactement). Je vous invite à lire les n°422 à 455 du CEC . Nous allons aujourd’hui décliner quelques titres essentiels : Jésus, Christ, fils de Dieu, Seigneur … comme si on dessinait un tableau … peu à peu, le visage du Christ se dessinera sous nos yeux.

JESUS est un nom qui signifie « le Seigneur sauve ». Ce prénom existait bien avant le Christ (on pourra vérifier le « prénom » -si l’on peut dire- de celui qui a écrit le « livre de l’Ecclésiastique » et on pourra également lire Luc 3). En soi, ce n’est pas donc pas encore une indication, à l’époque, de la divinité de Jésus, Les choses ont évidemment changé après la résurrection …

Avec le mot CHRIST (« celui qui a reçu l’onction d’huile »), les choses se clarifient, elles se précisent : Israël attendait un Sauveur, un Messie, et était habitué à l’onction d’huile (rois, prêtres et prophètes -dans une moindre mesure- étaient au moment de leur établissement en tant que tels oints d’une corne d’huile). A ce sujet, Il faut noter deux surprises pour les juifs d’alors :
- que le messie Jésus n’est pas un chef politique.
- que le messie Jésus réunit en sa personne royauté, sacerdoce et prophétie
(nous disons cela au baptême « tu participes à sa dignité de prêtre, prophète et roi »). Il faut peut-être ajouter une troisième surprise : l’onction chrétienne n’est pas réalisée par l’huile, mais par l’Esprit-Saint (cela nous concerne aussi dans le baptême !).

Avec l’expression FILS DE DIEU, on semble revenir en arrière : cette expression, en effet, dans la Bible est utilisée pour des anges, des hommes, etc … là encore, la surprise vient ce que Jésus et ses apôtres utilisent l’expression au sens propre ! De même que je suis le fils de mon père, de même, Jésus est depuis toujours le Fils de Dieu : la révolution est là, plus que dans le titre lui-même. Ce qui est intéressant, c’est que aujourd’hui, nous avons tendance à revenir en arrière : « eh bien … tous les enfants sont des enfants de Dieu ! » … cependant le problème n’est pas là : certes, Dieu est propriétaire de sa tendresse paternelle, il peut entourer qu’il veut d’amour, et c’est certainement sa volonté. Mais la question est celle du Salut : Dieu sauve ses enfants du péché et de la mort, de sorte qu’ils sont pleinement fils et non pas simplement fils sur un registre (cf. le sondage qui révélait récemment que 50 % des catholiques ne croient pas en Dieu !!!). Jésus est donc FILS de DIEU par nature, depuis toute éternité, et celui qui est baptisé en son nom devient FILS de DIEU par adoption, pour l’éternité. Il faut insister, aussi sur le mot « Unique », car ce caractère unique se transmet à tous les baptisés : Dieu nous aime comme si nous étions uniques, chacun.

SEIGNEUR est la dernière touche de notre tableau : cette expression signifie clairement que Jésus est Dieu, même si techniquement, elle signifie « maître ». Elle traduit l’expression juive « adonaï » (litt « mon maître »), qu’on appelle TETRAGRAMME (mot de quatre lettres). Le tétragramme ne se prononce pas, car le nom du Seigneur est imprononçable : prononcer un nom, c’est connaître, cerner quelqu’un, de même que donner un nom à un enfant, c’est en faire son enfant. C’est la raison pour laquelle on ne prononce pas le nom divin dans le judaïsme (c’est une source d’enseignement pour nous !), et c’est la raison pour laquelle il nous est interdit à nous aussi catholiques de jurer (2ème commandement). Cette profession de foi en la seigneurie de Dieu est systématiquement répétée à toutes les prières charnières de la messe ( « par Jésus, le Christ, notre Seigneur, par Jésus-Christ, ton Fils, … »).

Conclusion
Dans le Je crois en Dieu, à bien y réfléchir, on répète plusieurs fois la même chose concernant Jésus, à la fois pour des raisons historiques (expressions judaïsantes, demandes de précision ), mais aussi pour insister et préciser, dans un désir d’orthodoxie et de libéralité spirituelle.
P. Emmanuel d'Andigné